LONDONDERRY

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Située au pied de la colline de Holywell, sur les deux rives de l'embouchure de la Foyle, Derry a connu un destin agité, à l'image de l'Irlande du Nord, dont elle est la deuxième ville (agglomération : 90 700 hab. au recensement de 2001 ; district  : 107 300 hab. en 2006) après Belfast. En 546, saint Columba lui donne son nom : Dairé Columkille (la Chênaie de Columba). C'est un centre monastique florissant malgré les incursions vikings. Derry devient très tôt l'enjeu de la lutte féroce que se livrent les Irlandais et les Anglais au xviie siècle. Après la défaite et la « fuite des comtes », elle est confisquée aux Irlandais et donnée, en 1613, à la Cité de Londres qui la rebaptise Londonderry, l'enclôt de murs et la peuple de colons. Lors des guerres qui opposent les Stuarts au Parlement, elle prend fait et cause pour ce dernier, repoussant une première attaque en 1649, et résistant héroïquement à un terrible siège de cent cinq jours qui prend fin le 28 juillet 1689. Ce passé ressuscite quand on visite Derry : les vieux murs sont là, qui tinrent contre les batteries de Jacques II, et la colonne de Walker, ce pasteur protestant qui fut l'âme de la résistance, et jusqu'à une grosse pièce du siège, encore sur son affût, Roaring Meg.

Ville sainte de l'orangisme ulstérien, d'autant plus âprement disputée qu'elle est peuplée d'une majorité de catholiques nationalistes, Derry a été brutalement coupée, par la partition de 1920, de son aire d'expansion géographique et économique naturelle, le Donegal, rattaché à la république d'Irlande, et systématiquement rabaissée par les gouvernements unionistes qui se sont succédé au Stormont, que ce soit dans le domaine des communications, de l'aménagement du territoire ou de l'implantation universitaire. Elle est apparue comme le symbole de la discrimination en vigueur dans la province : la manipulation des circonscriptions électorales a permis aux unionistes protestants de conserver le contrôle de la cité contre la volonté d'une population en majorité catholique et nationaliste ; l'insuffisance des logements sociaux et leur attribution en fonction de critères confessionnels ont contribué à conforter cette situation anormale dans le cadre d'un suffrage censitaire ; le chômage a entraîné une forte émigration vers l'est d'abord, vers la Grande-Bretagne ensuite, qui a eu pour effet d'absorber la croissance démographique défavorable aux protestants unionistes. Tout cela aux dépens d'une économie d'autant plus fragile qu'elle est victime de sa situation périphérique et du déclin, observable dans toute l'Irlande du Nord, des secteurs traditionnels, industrie textile et trafic portuaire notamment. Il n'est donc pas surprenant que ce soit à Derry, à l'occasion d'une manifestation non violente en faveur des droits civiques, le 5 octobre 1968, qu'ait jailli l'étincelle qui devait faire sauter la poudrière nord-irlandaise. Derry a vécu avec une intensité toute particulière les événements dramatiques qui ont fini par déboucher sur les accords de 1998 et de 2006. C'est dans le quartier catholique du Bogside qu'ont éclaté, en août, 1969 les émeutes qui ont obligé le gouvernement de Londres à s'occuper d'un peu plus près de ce qu'on a appelé « les ghettos blancs de John Bull ». Deux monuments du Bogside en disent plus long que de grands discours : celui à la mémoire de treize civils du « dimanche sanglant » abattus le 30 janvier 1972 par les parachutistes britanniques et un triste pan de mur blanc soigneusement entretenu sur lequel se détache en noir l'inscription « Vous entrez maintenant dans le Derry libre », vestige de cette « république » catholique qui dura quelques semaines après les émeutes d'août 1969.

Affrontements dans le Bogside à Derry (12 août 1969)

Photographie : Affrontements dans le Bogside à Derry (12 août 1969)

Le quartier catholique de Londonderry, le Bogside, en Irlande du Nord, fut le théâtre d'affrontements violents entre manifestants et patrouilles blindées de la Royal Ulster Constabulary, notamment dans la journée du 12 août 1969. Cette police, majoritairement composée de protestants,... 

Crédits : Peter Ferraz/ Getty Images

Afficher

Bataille dans le Bogside à Derry en août 1969

Photographie : Bataille dans le Bogside à Derry en août 1969

Les émeutes du 12 au 15 août 1969 dans le quartier catholique de Bogside (Londonderry, Irlande du Nord), provoquées par le défilé traditionnel des protestants de l'ordre orangiste, encadré par les membres des forces de sécurité, marquèrent une étape décisive dans l'escalade de la... 

Crédits : Hulton Getty

Afficher

Le Dimanche sanglant (30 janvier 1972, Derry)

Photographie : Le Dimanche sanglant (30 janvier 1972, Derry)

Le dimanche 30 janvier 1972, des émeutes éclatèrent dans le quartier catholique du Bogside, à l'issue d'une marche en faveur des droits civiques, organisée par une association de Londonderry et jugée illégale. L'envoi par Londres du 1er régiment de parachutistes, qui fit treize morts en... 

Crédits : Hulton Getty

Afficher

Des négociations secrètes menées en 1993 par Londres et les républicains, d'une part, et au sein des milieux catholiques, d'autre part, feront évoluer la situation irlandaise. En décembre 1993, les Premiers ministres britannique et irlandais signent la déclaration dite de Downing Street. Le cessez-le-feu complet annoncé par l'I.R.A. (Irish Republican Army) en août 1994 puis celui des milices loyalistes protestantes en octobre accélère le processus de paix. Le 24 octobre 1994, les troupes britanniques se retirent symboliquement des rues de la ville où débuta le conflit.

Si le nom courant de celle-ci est Derry, l'appellation Londond [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 2 pages

Médias de l’article

Affrontements dans le Bogside à Derry (12 août 1969)

Affrontements dans le Bogside à Derry (12 août 1969)
Crédits : Peter Ferraz/ Getty Images

photographie

Bataille dans le Bogside à Derry en août 1969

Bataille dans le Bogside à Derry en août 1969
Crédits : Hulton Getty

photographie

Le Dimanche sanglant (30 janvier 1972, Derry)

Le Dimanche sanglant (30 janvier 1972, Derry)
Crédits : Hulton Getty

photographie

Afficher les 3 médias de l'article


Écrit par :

  • : historien, docteur en droit, docteur honoris causa de la National University of Ireland et de l'université d'Ulster (Royaume-Uni)

Classification

Les derniers événements

29 mars - 28 avril 2021 Royaume-Uni. Émeutes unionistes en Irlande du Nord.

Du 29 mars au 9 avril, des affrontements, les plus violents depuis plusieurs années, opposent de jeunes unionistes aux forces de l’ordre, à Londonderry, puis à Belfast et dans quelques villes alentour. Les unionistes s’affirment trahis par l’établissement, du fait du Brexit, d’une frontière douanière entre l’Irlande du Nord et la Grande-Bretagne, qui crée une rupture entre ces deux entités. […] Lire la suite

19 janvier 2019 Royaume-Uni. Attentat en Irlande du Nord.

Une voiture piégée explose devant un tribunal à Londonderry, sans faire de victime. Les enquêteurs mettent en cause la Nouvelle Armée républicaine irlandaise (New IRA), branche dissidente de l’IRA. Cet attentat avive la crainte de remise en cause de l’accord du vendredi saint signé en décembre 1998 et de retour des violences dans la province en cas de Brexit sans accord avec Bruxelles – ce qui impliquerait le rétablissement d’une frontière entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande. […] Lire la suite

15 juin 2010 Royaume-Uni. Excuses solennelles du gouvernement pour le « Bloody Sunday »

Au cours du « dimanche sanglant » du 30 janvier 1972, l'armée britannique avait tué quatorze catholiques nord-irlandais qui manifestaient en faveur des droits civiques à Londonderry. David Cameron présente ses excuses solennelles aux familles des victimes pour « l'une des pires tragédies » survenue en Ulster, déclarant que « les soldats [avaient] perdu le contrôle d'eux-mêmes » et que leur réaction n'était « ni justifiée, ni justifiable » – ceux-ci avaient argué de la présence menaçante de militants de l'Armée républicaine irlandaise dans les rangs des manifestants. […] Lire la suite

11-25 février 2000 Royaume-Uni. Suspension du gouvernement autonome d'Irlande du Nord

, hostile aux accords de paix, revendique l'attentat manqué perpétré la nuit précédente contre une base militaire britannique proche de Londonderry.  […] Lire la suite

8-15 juillet 1996 Royaume-Uni. Regain de tension intercommunautaire en Ulster

Les jours suivants, des affrontements intercommunautaires éclatent, notamment à Belfast et à Londonderry où un manifestant catholique est tué. Le 13, une voiture piégée explose dans la province, à Enniskillen. L'organisation nationaliste clandestine nie toute responsabilité dans cet attentat. Le 15, la police annonce la découverte d'une importante cache d'armes de l'I. […] Lire la suite

Pour citer l’article

Pierre JOANNON, « LONDONDERRY », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 22 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/londonderry/