WAGNER RICHARD

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Le temps de l’apothéose

Munich et la cour

Le 4 mai, c’est le miracle de la rencontre entre le roi et le compositeur. Wagner sera désormais débarrassé de tout souci matériel et pourra composer à sa guise. Louis II lui commande d’achever le Ring, demande à l’architecte Gottfried Semper un projet de construction d’un Festtheater pour sa représentation, et ordonne la création de Tristan et Isolde au Königliches Hof- und Nationaltheater de Munich. Elle a lieu le 10 juin 1865, sous la direction de Hans von Bülow, nommé maître de chapelle de la cour. La réception de l’œuvre reste confidentielle : il faudra attendre le début du xxe siècle pour qu’elle trouve vraiment sa place de chef-d’œuvre absolu.

Reprenant la légende celtique des amours contrariées du chevalier Tristan et d’Isolde, l’épouse de son oncle le roi Marke, Wagner atteint à l’épure en réduisant l’action au minimum pour composer, sous l’influence de Schopenhauer, le plus vaste hymne jamais écrit à l’amour, à la nuit et au désir d’anéantissement. S’il donne une forme musicale à ses théories de l’œuvre d’art totale, en particulier par l’emploi abouti du leitmotiv et de la mélodie infinie, l’ouvrage est aussi, par l’évolution de son style, avec son fameux accord dissonant, un premier pas vers l’atonalité et les révolutions musicales qui marqueront le début du xxe siècle.

Cosima s’installe discrètement chez Wagner le 29 juin 1864. Isolde, leur première fille, naît le 10 avril 1865. Mais le scandale de cette liaison ignorée seulement du roi, l’influence que Wagner exerce sur lui et les folles dépenses que le monarque consent sur sa cassette personnelle font qu’après une fronde ministérielle et une campagne de presse acharnée, le compositeur doit quitter Munich.

Le bonheur familial à Tribschen

Après s’être réfugié à Genève, puis dans le sud de la France, il est rejoint par Cosima, et s’installe le 15 avril 1866 à la villa Tribschen, près de Lucerne. Leur seconde fille, Eva, naît le 17 février 1867, mais le couple se heurte toujours au refus de Bülow et de Liszt d’envisager le divorce. Wagner achève Les Maîtres Chanteurs de Nuremberg, qui sont créés le 21 juin 1868 à Munich, sous la direction de Bülow.

L’argument, imaginé dès 1845 comme un pendant souriant à Tannhäuser, sur le même thème d’un concours de chant, est en fait le seul opéra comique du compositeur. Inspirée par une donnée historique, l’œuvre joue sur l’opposition des anciens et des modernes, à travers le personnage progressiste de Walther von Stolzing, prétendant à la main d’Eva Pogner, promise au gagnant du concours de chant organisé par les Maîtres Chanteurs. Ce prix, Beckmesser, le greffier de la corporation, représentant de la tradition, le brigue aussi. Le cordonnier Hans Sachs, figure noble et positive, facilite la victoire de la jeunesse et de l’amour, et conclut l’œuvre en célébrant le mariage de la modernité et de la tradition pour assurer le devenir de l’art allemand. La partition joue avec maestria de l’opposition entre le contrepoint hérité des anciens et le style wagnérien, symbole de modernité. Il va devenir une des œuvres les plus populaires de Wagner en Allemagne.

Cosima rejoint définitivement Richard le 16 novembre 1868, avec Isolde et Eva, laissant dans un premier temps les deux filles nées antérieurement de Bülow. Commencent alors des années heureuses, marquées en 1869 par la rencontre avec Friedrich Nietzsche, qui lui dédiera en 1872 La Naissance de la tragédie, la naissance de son fils Siegfried, le 6 juin, mais assombries par la volonté de Louis II de faire créer le Ring contre la volonté de Wagner. L’Or du Rhin voit ainsi le jour à Munich le 22 septembre 1869, et La Walkyrie le 26 juin 1870, mais en l’absence du compositeur. Après le divorce de Cosima, le couple se marie le 25 août 1870. Leur bonheur est salué par la composition de Siegfried-Idyll, créée au lendemain de l’anniversaire de Cosima le 25 décembre.

Richard Wagner et Cosima Wagner

Photographie : Richard Wagner et Cosima Wagner

Richard Wagner avec Cosima, qu'il avait épousée le 25 août 1870. Cosima, fille de Franz Liszt et de la comtesse Marie d'Agoult, était l'ex-épouse du chef d'orchestre Hans von Bülow, un des champions de l'œuvre de Wagner, et le créateur de Tristan et Isolde, le 10 juin 1865. 

Crédits : De Agostini

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Bayreuth et l’œuvre d’art totale

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Siegfried

Photographie : Siegfried

Madame Grandjean dans le rôle de Brünnhilde de Siegfried, opéra de Richard Wagner, en 1900. 

Crédits : Nadar/ Getty Images

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Richard Wagner

Richard Wagner
Crédits : Bridgeman Images

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Le Vaisseau fantôme

Le Vaisseau fantôme
Crédits : Hulton Getty

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Tannhäuser, mise en scène de Wieland Wagner à Bayreuth, 1955.

Tannhäuser, mise en scène de Wieland Wagner à Bayreuth, 1955.
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Josef Greindl

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Pour citer l’article

Pierre FLINOIS, « WAGNER RICHARD », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 23 septembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/richard-wagner/