OCÉAN ET MERS (Vie marine)Vie dans les grandes profondeurs

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Les profondeurs océaniques débutent au-delà de la couche oligophotique, où la vie des végétaux planctoniques photosynthétiques reste encore possible, bien que leur bilan métabolique soit négatif. Cela correspond au début du talus du plateau continental, vers 200 mètres de profondeur. Dans le domaine pélagique, l'ampleur des migrations verticales de nombreuses espèces zooplanctoniques pourrait même conduire à repousser jusque vers 500 mètres de profondeur la limite supérieure des profondeurs océaniques.

Caractéristiques physico-chimiques des milieux profonds

La lumière solaire ne pénètre guère au-delà de 500 mètres. Plus profondément, l'obscurité serait totale s'il n'y avait pas la bioluminescence, production de lumière par des animaux ou des bactéries. Ces propriétés bioluminescentes sont utilisées par les poissons, les crustacés, les céphalopodes et d'autres organismes de profondeur comme des signaux de reconnaissance entre individus d'une même espèce, comme des appâts ou des leurres entre prédateurs et proies, enfin comme un système de camouflage. Second facteur biologiquement important, la température qui, à l'exception des méditerranées, décroît lorsque la profondeur augmente jusqu'à 5 000 mètres environ, atteignant entre 0,5 et 1,5 0C selon les régions. Des températures légèrement négatives peuvent exister en grande profondeur, entre 8 000 et 11 000 mètres. Les variations saisonnières de température sont très faibles ou nulles. La salinité tend à s'uniformiser avec la profondeur et atteint pour les eaux profondes des trois grands océans, formées par le refroidissement intense des eaux des mers de Weddell et de Norvège, une valeur de 34,7 P.S.U. (practical salinity unit). La teneur en oxygène dissous, après être passée par une valeur minimale entre 300 et 800 mètres environ (couche dite du minimum d'oxygène) dans la zone où la minéralisation de la matière organique formée dans la couche euphotique est maximale, retrouve plus profondément des valeurs de l'ordre de 3 à 4 ml . 1—1, valeurs suffisantes pour les besoins respiratoires. Un autre paramètre chimique du milieu profond intervient dans la conservation des tests et squelettes calcaires : il s'agit de la profondeur de compensation des carbonates (carbonate compensation depth, ou C.C.D.) qui varie selon les océans entre 4 500 mètres dans l'Atlantique et 3 500 mètres dans le Pacifique. Au-delà de cette limite, la dissolution des tests et des squelettes est rapide et totale. La pression hydrostatique croît à raison de 0,1027 mégapascal par tranche de 10 mètres d'eau (pour une densité de l'eau de mer de 1,027). Jusqu'à 3 000 mètres environ, son action sur les êtres vivants paraît peu importante. Au-delà, les pressions très élevées mettent en jeu des mécanismes enzymatiques différents. Les animaux demeurent sensibles aux variations rapides de pression : ainsi, des anguilles qui, à l'approche de la reproduction, descendent jusqu'à 2 000 mètres de profondeur meurent sous l'effet d'une compression trop rapide (de 0 à 2 000 mètres en quelques heures).

Les courants sont en général très lents. En revanche, on observe une véritable canalisation des masses d'eau profonde qui empruntent dans leur cheminement les traits géomorphologiques majeurs du fond des océans. Ainsi, l'eau profonde d'Atlantique sud-ouest traverse la dorsale médioatlantique vers l'est à travers une série de grandes failles transformantes ; dans ces failles, le courant peut localement atteindre 25 cm . s—1. De la même manière, l'eau profonde du Pacifique sud issue de l'océan Austral progresse vers le nord à une vitesse de 10-20 cm . s—1 en suivant le système de fosses de subduction et, plus à l'est, les chenaux profonds (de 5 000 à 6 000 m) séparant des « plateaux » à 4 000 mètres seulement. Le long des marges continentales, entre 500 et 3 500 mètres, l'instabilité des pentes engendre des courants de turbidité qui transportent des quantités considérables de sédiments.

La nature des fonds est très variée : les fonds meubles, constitués de vases fines d'origine et de composition minéralogique différentes, constituent [...]

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Lucien LAUBIER, « OCÉAN ET MERS (Vie marine) - Vie dans les grandes profondeurs », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 novembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/ocean-et-mers-vie-marine-vie-dans-les-grandes-profondeurs/