HOMINIDÉS

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Les grands singes fossiles

Pour comprendre l'histoire de la famille des Hominidés, il est essentiel d'envisager aussi celle de ses plus proches parents, les grands singes. C'est en Afrique orientale, il y a peut-être près de 24 Ma (à l'Oligocène supérieur), que les premiers grands singes vrais ont été reconnus avec le Kamoyapithèque découvert dans un gisement situé à l'ouest du lac Turkana (Kenya). Toutefois, leurs ancêtres ne nous sont pas encore connus. Pour certains chercheurs, les Propliopithecidae (Aegyptopithecus par exemple) de la base de l'Oligocène du Fayoum, en Égypte, pourraient être considérés comme des grands singes primitifs, mais il faut bien avouer que les données sont encore floues et, qu'entre 31 Ma et 24 Ma, aucun grand singe n'est connu.

C'est dans le Miocène inférieur (23 à 18 Ma) de l'Afrique orientale (Ouganda et Kenya) que les grands singes vont se diversifier avec des formes extrêmement variées par leur taille et leur morphologie (Proconsul, Ugandapithecus, Dendropithecus, Limnopithecus, Micropithecus...). Ils ne se sont pas, toutefois, limités à l'Afrique orientale, puisqu'on les retrouve en Égypte (Wadi el Moghara) et en Afrique du Sud (Ryskop) vers 18 Ma. Parmi les plus anciens vrais grands singes, on trouve Ugandapithecus (de la taille d'un gorille femelle) et Proconsul, (de la taille d'un chimpanzé), ce dernier étant le moins spécialisé de ces grands singes anciens. Certains auteurs ont annoncé que Morotopithecus (grand singe connu à Moroto en Ouganda tombé récemment en synonymie avec Afropithecus) était l'ancêtre le plus ancien. Or ce grand singe est en fait plus jeune (17 Ma environ). Vers la base du Miocène moyen, d'autres formes sont connues, comme Afropithecus, Turkanapithecus. Puis, vers 15 Ma environ, apparaissent en Afrique orientale les Kenyapithèques. Dans les années 1960-1970, ces animaux, présentant un émail dentaire épais et de petites canines, ont été considérés comme des Hominidés vrais (car l'Homme est un animal à émail dentaire épais et à petites canines). Aujourd'hui, ces critères ne permettent plus de les considérer comme des Hominidés puisqu'il a été montré d'une part, que l'orang-outan asiatique possède également un émail épaissi et, d'autre part, que les femelles des primates actuels présentent des canines plus petites que celles des mâles (dimorphisme sexuel). Tous les Kenyapithèques considérés comme des Hominidés, ne sont en fait que des femelles de mâles, qui eux, avaient été bien placés parmi les grands singes. Les Kenyapithèques avaient aussi été classés parmi les Hominidés car ils auraient utilisés des galets de basalte. Aujourd'hui, ces « outils » ne sont plus reconnus comme tels et même si les Kenyapithèques avaient pu se servir de ces galets, on sait maintenant qu'on ne peut plus se baser sur ce simple caractère pour définir les Hominidés, puisque les chimpanzés, dans la nature, sont de bons utilisateurs d'« enclumes et de marteaux ». Le Kenyapithèque, de son statut d'Hominidé, a donc été relégué à celui d'ancêtre commun aux grands singes et à l'Homme. Il est encore présent vers 12 Ma, toujours en Afrique orientale, à Ngorora (Kenya), dans le bassin du lac Baringo où une molaire supérieure découverte en 1970 lui a été attribuée. Il est vraisemblable que ses descendants soient passés en Eurasie (puisque la plaque Arabique s'est trouvée accolée à l'Afrique à l'époque) où ils se diversifieront (avec Dryopithecus, Oreopithecus, Pierolapithecus, Ankarapithecus, Griphopithecus, Graecopithecus et/ou Ouranopithecus, Sivapithecus, Lufengpithecus) et évolueront vers des formes comme les orangs-outans. Au Kenya, on trouve d'autres grands singes comme Nacholapithecus, peut-être Equatorius (si ce dernier genre est réellement valide). Mais, au Miocène moyen, la répartition des grands singes est également panafricaine puisque ils habitent vers 17 Ma sur le territoire de l'actuelle Arabie Saoudite et vers 13 Ma en Afrique australe (Otavipithèque de Namibie). C'est probablement parmi les grands singes africains du Myocène moyen qu'il faut rechercher les ancêtres communs aux grands singes actuels et aux hommes.

En [...]

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Hominidés : arbre phylogénétique

Hominidés : arbre phylogénétique
Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Hominidés : arbres phylogénétiques

Hominidés : arbres phylogénétiques
Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Origines de l'homme, Y. Coppens

Origines de l'homme, Y. Coppens
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Ardipithecus ramidus

Ardipithecus ramidus
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  • : professeure de première classe au Muséum national d'histoire naturelle

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Pour citer l’article

Brigitte SENUT, « HOMINIDÉS », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 septembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/hominides/