AFRIQUE NOIRE (Arts)Un foisonnement artistique

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Les arts africains, principalement la sculpture, sont connus en Europe depuis le xve siècle, mais n'ont acquis leur qualité d'expression artistique authentique qu'après 1906, quand les peintres cubistes les eurent fait « découvrir » comme un véritable art nègre. Mais l'art nègre du cubisme est-il vraiment tout l'art africain ? Sans doute pas, car, s'il est vrai que les cubistes ont contribué à sensibiliser l'Occident à propos d'expressions plastiques ignorées jusqu'alors, ils n'ont pas pour autant essayé de définir la nature réelle de ces œuvres. Leur préoccupation, inscrite dans un courant pictural strictement européen, était autre. Il a donc fallu par la suite, et dans une optique bien différente, redécouvrir la réalité du fait esthétique africain par l'étude particulière des objets et des civilisations où ils furent conçus, créés, utilisés et appréciés.

L'art en Afrique noire, très divers selon les régions, présente des formes multiples, souvent inattendues, dont on n'a pas encore pu totalement reconstituer l'histoire, ni même faire un simple inventaire exhaustif. L'étude fragmentaire des cultures traditionnelles africaines, elles aussi diverses et complexes, n'a permis jusqu'à maintenant qu'une approche limitée de la totalité du fait esthétique, difficile à appréhender dans son essence : l'objet sculpté, par exemple, est en effet souvent à la fois une pièce rituelle servant de réceptacle à la force sacrée, un substitut symbolique, une figurine magique douée de propriétés intrinsèques précises, un objet utilitaire et une œuvre d'art qu'on peut apprécier pour ses formes et ses couleurs. Sur le plan strictement formel, la sculpture est une expression collective relevant d'un style, mais aussi une œuvre personnelle relevant du savoir-faire d'un artiste.

En Afrique, le phénomène de la création artistique n'est pas lié d'une manière causale à son contexte : il n'est ni l'expression directe et privilégiée d'un type de société, ni le simple instrument des cultes ou initiations, ni la représentation didactique des croyances et des mythes. C'est un fait spécifique qui constitue un des aspects importants de la culture noire, d'autant plus précieux qu'il est illustré par des objets qui, grâce à l'interprétation du message sculptural qu'ils portent, peuvent être un des moyens de pénétrer les conceptions originales des civilisations africaines.

L'étude des arts africains vise ainsi à l'établissement d'une géographie, d'une histoire et d'une ethnologie stylistique. Préoccupation récente dans la recherche africaniste moderne, l'histoire des arts traditionnels est encore assez mal connue, tant à cause de la multiplicité des expressions plastiques (mais aussi chorégraphiques, musicales et littéraires, la globalité du fait esthétique devant toujours être préservée en vue de la définition d'une réalité multiforme) que du caractère ésotérique de ses significations symboliques.

Diversité des arts africains

En Afrique noire, l'activité esthétique ne peut être ramenée à la seule création plastique. Les arts y sont divers, et l'univers esthétique forme un tout complexe, où différentes expressions combinées – musique, danse, poésie, architecture, parure, peinture et sculpture – se donnent libre cours en vue d'atteindre à une certaine maîtrise des forces surnaturelles. La sculpture n'est que la forme la plus accessible de cet ensemble.

Les arts du corps

L'homme a toujours eu le souci de décorer et de parer son corps, soit par des modifications ou des mutilations, soit par des scarifications, tatouages, peintures ou parures. L'Afrique ne fait pas exception. Certaines sociétés n'ont jamais eu d'activités sculpturales, mais n'en éprouvent pas moins la nécessité de parer et de peindre soigneusement, par exemple, les nouveaux initiés, le maquillage, qui nécessite souvent un remodelage préliminaire du visage (mutilations et scarifications provisoires, épilation), jouant le rôle d'un véritable masque (Kissi, Banda, Bakota). La coiffure est partout l'objet de soins attentifs. Les Fang du Gabon portaient autrefois une sorte de casque-perruque fait de fibres végétales tressées, entièrement décoré de cauris, de boutons de nacre et de perles de couleur. Chez les Ibo du Nigeria comme chez les Bakota du Gabon, les femmes portent des coiffures distinctives suivant leur statut social et initiatique.

L'art dans la vie quotidienne

Tous les objets usuels, si humbles soient-ils, supportent en général un élément décoratif destiné à les enjoliver, mais aussi à signifier quelque chose, leur appartenance à quelqu'un, leur fonction ou leur importance.

La poterie est l'apanage des femmes. En Afrique occidentale, la potière est l'épouse du forgeron. Le décor est pratiqué par incision, modelage ou peinture. L'Afrique ignore le tour, les seules techniques employées étant celles du moulage sur une forme, du montage au colombin ou du modelage direct. La cuisson se fait souvent sans four, à feu nu. Le filage est une activité féminine, le tissage le travail des hommes. On travaille essentiellement le coton, le raphia en forêt ou les fibres (« velours du Kasaï »). Le décor peut résulter du tissage même ou être surajouté par broderie, teinture ou impression, suivant divers procédés dont l'un des plus notables est le batik (ouest du Cameroun).

L'architecture

L'archéologie a décelé en Afrique un certain nombre de vestiges de cités anciennes construites en pierre : villes soudanaises de Koumbi-Saleh, Ouri, Aïn-Fara ; Engaruka près du lac Tanganyika ; enfin les nombreux sites de l'Afrique australe dont le plus imposant est l'ensemble de Zimbabwe. Mais les constructions traditionnelles plus récentes sont toutes faites de matériaux fragiles et peu durables tels que l'écorce, le bois, le pisé et la brique crue, souvent décorés de motifs peints ou traités en bas-reliefs, les issues pouvant être encadrées d'éléments sculptés surajoutés (Bénin, ouest du Cameroun).

La sculpture

Les expressions esthétiques les plus connues de l'Afrique noire sont des objets sculptés, masques et statues, qu'on peut étudier en eux-mêmes, mais qui, il ne faut jamais l'oublier, participent d'une expression d'ensemble, irréductible aux seules formes plastiques.

Les masques

« Mystérieux par nature puisque leur rôle immédiat [...] est de montrer en action des êtres ambigus, à la fois images et réalités, les masques sont en étroite relation avec l'initiation », écrit Michel Leiris. Les masques sont l'apanage des hommes, des initiés des classes d'âges et des associations secrètes. Dépositaires d'une force dont ils sont à la fois la représentation symbolique et le réceptacle, surto [...]

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  • : ethnologue, directeur de recherche honoraire de l'Institut de recherche pour le développement (I.R.D., ex-O.R.S.T.O.M.)

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Pour citer l’article

Louis PERROIS, « AFRIQUE NOIRE (Arts) - Un foisonnement artistique », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/afrique-noire-arts-un-foisonnement-artistique/