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CUBISME

Les théories cubistes

Bien qu'il n'y eût jamais de théorie globale du cubisme, certains concepts esthétiques ont présidé à toute la durée du mouvement. Ils faisaient l'objet de discussions permanentes de la part des écrivains et des artistes, à la lumière d'idées suscitées par l'expérience de la vie de l'art. De la sorte, ces conceptions esthétiques étaient à la fois l'annonce et le reflet des diverses phases que le mouvement traversa. C'est dans Les Trois Vertus plastiques, préface du catalogue d'une exposition de 1908, reprise plus tard au début des Peintres cubistes. Méditations esthétiques (avr. 1913), qu'Apollinaire jeta les bases de toutes les théories cubistes ultérieures. Ce texte ne reflète pas un état de chose, c'est le programme d'un art nouveau, encore en gestation. Les principes fondamentaux (« Les vertus plastiques : la pureté, l'unité et la vérité maintiennent sous leurs pieds la nature terrassée ») et les métaphores (« La flamme est le symbole de la peinture [...] La vérité sublime de sa lumière que nul ne peut nier [...] Chaque divinité crée à son image, ainsi des peintres... ») montrent la dette d'Apollinaire envers l'esthétique néo-platonicienne et orphique de la Renaissance. À l'en croire, dès octobre 1907 : « Braque lit [...] les bons ouvrages des polygraphes du xvie siècle. » La littérature et l'art français n'abandonnèrent jamais tout à fait les idées néo-platoniciennes ; Baudelaire leur associa un parfum naturaliste, Mallarmé un parfum symboliste. Pour Apollinaire, le néo-platonisme représentait les racines d'« une esthétique toute neuve », mère d'un art sublime « très moderne par le sentiment, [qui] se lie très étroitement par l'inspiration aux ouvrages de la plus haute culture humaniste ».

Cette théorie de l'art fut en partie contredite par les premiers écrits de Metzinger, qui mettaient l'accent sur les aspects profondément réalistes et « scientifiques » du cubisme, tout en se référant à un lyrisme humaniste classique. Ce fut cependant Apollinaire qui mentionna le premier le terme de « quatrième dimension » à propos de l'espace pictural cubiste, en 1911. L'importance des mathématiques était largement reconnue dès 1912 (André Salmon, Roger Allard), de même que l'autonomie et la pureté esthétique des intentions stylistiques (malgré leur prétention antidécorative), que Gleizes et Metzinger passèrent en revue dans Du cubisme (déc. 1912), premier livre exclusivement consacré au mouvement. Les fondements philosophiques du cubisme remontèrent de Bergson (Marcereau, Salmon) à Kant (Oliver-Hourcade, Kahnweiler) et à Platon (Ozenfant). On peut situer à l'automne 1912 un tournant, peut-être le plus important, de la théorie cubiste : ce fut une tentative de minimisation de l'importance des traits stylistiques communs au mouvement et le passage de la déification néo-platonicienne de la personnalité de l'artiste, considéré comme créateur omnipotent – conception défendue par Apollinaire – au rôle des différents tempéraments artistiques sur lequel Raynal, se souvenant de la définition de l'art que donnait Zola, mit l'accent. La dernière contribution notable à la théorie cubiste semble être Der Weg zum Kubismus, c'est-à-dire « le chemin du cubisme », de Kahnweiler, paru en 1920. Dans cet ouvrage, Kahnweiler situe les origines du style cubiste dans Les Demoiselles d'Avignon, qu'il ne nomme d'ailleurs pas ; il désigne comme les phases du mouvement les catégories de style analytique (terme utilisé pour la première fois par Allard en 1910) et synthétique (utilisé pour la première fois par Charles Lacosta en 1910), et considère l'ensemble du mouvement sous un angle philosophique. Avec Du cubisme,[...]

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Écrit par

  • : senior lecturer, université de Birmingham (Royaume-Uni)
  • : professeur d'histoire et de théorie de l'art contemporain, université de Paris VIII

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

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