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OPPOSITION CONCEPT D'

Le concept d'opposition, sous ses deux formes fondamentales de la contradiction et de la contrariété, est l'un des acquis les plus anciens de la logique formelle, telle que le modèle en a été formulé par Aristote, à partir de l'analyse des propositions du discours. Vers le dernier quart du xviiie siècle, la doctrine logique classique des deux types d'opposition a dû subir un remodelage, dans le contexte de la pensée critique et romantique allemande, en rapport avec l'introduction d'un concept dynamique, nécessitée par le développement de la physique des forces (Newton, Kant), des sciences de la vie (Schelling), et aussi des premiers modèles, affectés d'un caractère encore idéologique, de la genèse des procès mentaux (Fichte, Schelling, Hegel). Dans la période des années 1950-1970, marquée au contraire par la pensée structuraliste, le concept d'opposition a connu un grand regain d'intérêt, notamment avec les recherches de Roman Jakobson dans le domaine de la linguistique et de Claude Lévi-Strauss dans celui de l'anthropologie. Cependant, d'autres auteurs moins connus, tel Robert Blanché (1966), ressentaient la nécessité d'assouplir, dans le champ de la logique, la doctrine aristotélicienne des oppositions dans le sens d'une échelle des degrés de force de la négation. Par ses propres voies, la conception moderne du développement des processus psychiques (Sigmund Freud, Henri Wallon, Jean Piaget, Melanie Klein, René Spitz, Margaret Mahler, Jacques Lacan) a formulé la notion d'une structure oppositionnelle et duelle des processus de la vie mentale. En fait, l'étude de ce dernier courant de pensée présuppose une analyse préliminaire des deux courants précédents.

L'idée d'une structuration binaire de la démarche de la pensée a été perçue dès les origines les plus reculées de la pensée (notamment chez les présocratiques) jusqu'aux grands systèmes de la philosophie classique (le dualisme cartésien). Une analyse de cette longue tradition n'eût pas été possible dans le cadre de cet article.

La philosophie critique et romantique allemande

Kant

Kant a introduit, à l'état de thème philosophique explicite, le concept d'opposition polaire, de couples de contraires contrastés. Cette innovation apparaît tout d'abord dans le cadre de sa réflexion critique sur les principes de la physique newtonienne (Histoire générale de la nature et théorie du ciel, 1755). Elle s'enrichit ultérieurement par extension à d'autres champs de phénomènes, en particulier celui de la vie mentale (Essai pour introduire en philosophie le concept de grandeur négative, 1763). Dans la Théorie du ciel, Kant s'efforce de dépasser les limites du principe newtonien de la gravitation, applicable en toute rigueur au seul système solaire, en direction d'un modèle d'une histoire de l'univers, qui est encore considéré aujourd'hui comme la première conception correcte de la structure de notre galaxie. À côté de la force d' attraction, Newton (1740) admettait une force de répulsion, mais comme un principe limite opérant seulement dans le domaine atomique. À l'encontre, au niveau cosmologique, il lui paraissait inconcevable de poser en même temps l'attraction et la répulsion. Dans le traité de 1755, puis dans les Premiers Principes métaphysiques d'une science de la nature (1786), Kant formule le principe d'une force répulsive comme nécessaire pour contrebalancer les effets de la force attractive. En effet, le seul jeu de celle-ci aboutirait à terme à concentrer toute la matière de l'univers en un seul point. Or la force répulsive représente « la force d'expansion qui permet à toute matière de remplir son espace », en constituant pour celle-ci un principe de « résistance et d'impénétrabilité », en rapport avec une propriété d'« élasticité[...]

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Écrit par

  • : ancien élève de l'École normale supérieure, professeur de psychologie et d'épistémologie à l'université de Paris-Nord

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Médias

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Johann Gottlieb Fichte

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Triangle des subcontraires

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Phonologie de Jakobson

Autres références

  • BOVELLES CHARLES DE (1478-1567)

    • Écrit par Pierre MAGNARD
    • 1 163 mots

    Naître à Saint-Quentin dans une vieille famille picarde, grandir sous la protection de François et Charles de Hallewin, évêques d'Amiens et de Noyon, être l'élève de Jacques Lefèvre d'Étaples au collège du Cardinal-Lemoine avant d'en devenir l'un des maîtres,...

  • LINGUISTIQUE ET PSYCHANALYSE

    • Écrit par Jean-Claude MILNER
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    ...entre « regarder » et « être regardé » ; cf. « Pulsion et destin des pulsions »). De façon plus générale, on peut noter que ces analogies mettent spécialement en cause deux notions venues de l'étude des langues : l'opposition actif/passif d'une part, et la notion de phrase d'autre part.
  • LOGIQUE

    • Écrit par Robert BLANCHÉ, Jan SEBESTIK
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    Le premier pas vers la nouvelle logique consiste dans la conversion de la syllogistique en un calcul fondé sur les lois de l'opposition conformément au carré logique et sur une nouvelle définition des quatre relations syllogistiques. Leibniz en propose successivement deux versions. Dans la formulation...
  • OPPOSÉS

    • Écrit par Alain DELAUNAY
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    Depuis les formes les plus archaïques de la pensée, jusqu'en ses schèmes les plus abstraits, se retrouvent des oppositions (chaud-froid, bas-haut, civilisé-barbare, homme-femme, plein-vide, homogène-hétérogène, etc.). Une même intuition philosophique semble partagée en de nombreuses civilisations...

Voir aussi