Abonnez-vous à Universalis pour 1 euro

MAHLER MARGARET (1897-1985)

Psychanalyste américaine d'origine autrichienne, Margaret Mahler compte parmi les plus grands théoriciens du développement du très jeune enfant. Née à Sopron (actuellement en Hongrie), elle s'installa comme pédiatre à Vienne, où elle poursuivit son analyse avec Helen Deutsch et fréquenta le cercle des disciples et des proches de Freud. Lors de l'Anschluss, elle gagna New York, où elle s'établit comme psychanalyste. Elle enseigna, de 1941 à 1955, à l'université de Colombia puis, de 1955 à 1974, au College of Medicine Albert Einstein.

Après divers travaux (1943-1949) sur les troubles psychomoteurs, notamment sur la maladie de Gilles de La Tourette, elle se consacra à l'étude de la psychose infantile, principalement dans le cadre de l'institution qu'elle fonda avec Manuel Furer en 1957 et qui comprenait un centre de recherches (Masters Children Center) sur le développement normal de la relation mère-enfant et une unité thérapeutique (Masters Therapeutic Nursery) pour l'observation et le traitement des psychoses infantiles. En 1968, en collaboration avec Manuel Furer, elle donna une première synthèse de ses travaux sur le sujet dans On Human Symbiosis and the Vicissitudes of Individuation, vol. I : Infantile Psychosis (trad. franç. : Psychose infantile. Symbiose humaine et individuation, Payot, Paris, 1973).

Margaret Mahler y décrit la psychose comme une perturbation de la relation mère-enfant qui survient dans les phases précédant le processus de « séparation-individuation » et qui revêt deux formes — autistique ou symbiotique — suivant le mode de défense alors utilisé. Le syndrome de la psychose autistique est une fixation ou une régression à la phase autistique qui caractérise normalement les quatre premières semaines de la vie du nourrisson et au cours de laquelle celui-ci vit dans un « état de désorientation hallucinatoire primaire » et n'est capable que d'un investissement libidinal tourné vers l'intérieur, comme dans son existence intra-utérine. La seconde forme de psychose est une fixation ou une régression à la phase dans laquelle l'enfant est normalement uni à sa mère dans une relation symbiotique et qui, constituant un temps fort nécessaire, commence avec la disparition de la barrière autistique pour se terminer vers le cinquième mois. Cette phase se caractérise par des conduites d'approche et d'appel et par une absence de différenciation entre le soi et autrui ; la mère, « organisatrice symbiotique » (à travers le holding, comme pour D. W. Winnicott), sert alors de moi auxiliaire et protecteur. Le syndrome psychotique symbiotique consiste en une incapacité à dépasser cette phase et se traduira chez l'adulte par un besoin incoercible de restaurer le type de relation avec la mère qui la caractérise.

Dans son second ouvrage majeur, The Psychological Birth of the Human Infant : Symbiosis and Individuation (en collaboration avec Fred Pine et Anni Bergman, 1975 ; trad. franç. : Symbiose humaine et individuation. La naissance psychologique de l'être humain, Payot, 1980), Margaret Mahler décrit les étapes du processus intrapsychique de séparation-individuation qui déterminent l'avenir des relations du sujet avec son entourage et qui se situent entre le quatrième et le trente-sixième mois : c'est là la véritable « naissance psychologique de l'individu », qui ne coïncide pas avec le « moment dramatique de la naissance biologique ». La séparation permet à l'enfant d'émerger de la fusion symbiotique avec la mère et d'investir l'objet selon une progression qui va de l'objet partiel, propre à satisfaire ses besoins, à un objet total et relativement constant. Par l'individuation, il assume ses propres caractéristiques individuelles et investit peu à peu les fonctions du moi, particulièrement la représentation du [...]

La suite de cet article est accessible aux abonnés

  • Des contenus variés, complets et fiables
  • Accessible sur tous les écrans
  • Pas de publicité

Découvrez nos offres

Déjà abonné ? Se connecter

Écrit par

  • Universalis : services rédactionnels de l'Encyclopædia Universalis

Classification

Pour citer cet article

Universalis. MAHLER MARGARET (1897-1985) [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • PSYCHANALYSE & CONCEPT D'OPPOSITION

    • Écrit par Émile JALLEY
    • 14 048 mots
    ...la relation hypnotique. Il assimile également cette notion à celle de « couple symbiotique mère-enfant », introduite à peu près à la même époque par Margaret Mahler (1952). Donald W. Winnicott (1965) utilise la notion de « couple nourricier » (nursing couple), qu'il déclare emprunter à Middlemore-Merell...
  • PSYCHOSE (psychanalyse)

    • Écrit par Pierre FÉDIDA, Pierre JUILLET, Hélène STORK
    • 10 054 mots
    Mahler décrivit une deuxième forme de psychose infantile qui se situe à une période un peu plus tardive : la « psychose symbiotique », caractérisée par une perception de la relation avec la mère telle que cette dernière est en quelque sorte « fusionnée au moi », l'enfant n'arrivant pas à se...

Voir aussi