BRETON ANDRÉ

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Aux quatre coins du monde

Autour de 1935, l'audience des conceptions surréalistes s'élargit ; de nouveaux esprits viennent à Breton qui anime la revue Minotaure. Avant même que se tienne à Paris la première exposition internationale du surréalisme, en 1937 (Dictionnaire abrégé du surréalisme en collaboration avec Eluard), des manifestations du mouvement l'appellent en divers points du monde. Malgré son peu de goût pour les voyages, il se rend en 1935 successivement à Bruxelles, à Prague, aux Canaries, en 1936 à Londres. Une série de conférences sur l'art et la littérature, dont l'ont chargé les services culturels, l'amène en 1938 à Mexico. Il y fait la connaissance de Trotski, qu'il a toujours admiré ; de cette rencontre sort le manifeste Pour un art révolutionnaire indépendant, fruit de leur collaboration, bien qu'il ait paru signé de Breton et du peintre Diego Rivera, pour des raisons d'opportunité ; il doit servir de base à la constitution d'une Fédération internationale de l'art révolutionnaire indépendant, dont Breton met sur pied la section française, avec son bulletin Clé. Mais la cassure provoquée par la guerre coupe court à cette tentative. Une autre cassure, d'ordre personnel celle-là, était survenue peu de temps auparavant : l'amitié avec Eluard qui, durant les dix dernières années surtout, avait tenu dans sa vie une très grande place, se brise à l'automne de 1938, en raison de divergences d'appréciation que Breton juge insurmontables, de nature à la fois politique et littéraire.

Mobilisé dans les services médicaux à l'école d'aviation de Poitiers, il se replie après la débâcle de juin 1940 à Salon chez son ami le Dr Mabille, puis à Marseille où il est avec d'autres écrivains l'hôte du Comité de secours américain aux intellectuels. Le visa de censure est refusé à son poème Fata Morgana comme à son Anthologie de l'humour noir, leur auteur figurant « la négation de l'esprit de révolution nationale ». Privé de toute possibilité d'expression, suspect aux autorités, Breton obtient un visa pour les États-Unis ; il part au printemps de 1941, d'abord pour la Martinique. Son séjour forcé d'un mois dans l'île est doublement fécond pour la poésie : il découvre et rencontre Aimé Césaire, dont il préfacera en 1946 le premier livre, et l'éblouissante nature tropicale lui inspirera les pages de Martinique charmeuse de serpents (1948).

Les cinq ans qu'il passe à New York où il est speaker aux émissions françaises de la « Voix de l'Amérique » sont marqués par des activités diverses : en 1942, il organise avec Marcel Duchamp une exposition surréaliste, fonde une revue VVV (Triple V), écrit un de ses très grands poèmes, Les États généraux. Sa vie, sur laquelle pèse l'échec de l'amour fou, tourne une dernière fois ; en 1943, il rencontre Élisa, l'inspiratrice d'Arcane 17. Ce livre incomparable, somme et sommet poétique, fut commencé lors d'un voyage dans la péninsule de Gaspé, au Canada, en 1944, au moment même de la libération de Paris ; comme l'indique son titre – la dix-septième lame du tarot, l'Étoile, emblème de la résurrection et de l'espoir – il célèbre le triomphe de la vie, déchirée et rebelle, sur la douleur et sur la mort ; une méditation souvent bouleversante dans son intensité retenue va et vient sans cesse du drame individuel au destin du monde, des mythes anciens – Mélusine, Osiris – au grand paysage présent de mer et d'oiseaux. Sa vie et celle d'Élisa ne se sépareront plus. Après leur mariage aux États-Unis, ils visitent les réserves des Indiens Pueblos ; Breton écrit l'Ode à Charles Fourier, d'une conception neuve, point de départ de l'actuel renouveau d'intérêt pour le grand utopiste. Une conférence qu'il donne à Haïti à la fin de 1945 provoque chez les étudiants une vive effervescence qui, par une chaîne de réactions, entraînera la chute du gouvernement.

Rentré en France au printemps de 1946 (« Je reviens » dans Poèmes), Breton voit se constituer autour de lui un groupe surréaliste largement renouvelé. Comme avant la guerre, les réunions presque quotidiennes dans un café assurent, à travers arrivées et départs, la continuité du mouvement ; Breton en est naturellement le pivot, avec Benjamin Péret ; à partir de 1951, l'été rassemble souvent autour de lui nombre de ses amis dans un vieux village du Lot, Saint-Cirq-la-Popie, dont la beauté l'a définitivement gagné. L'activité du groupe se manifeste au cours des vingt années [...]

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Pour citer l’article

Marguerite BONNET, « BRETON ANDRÉ », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/andre-breton/