AMIANTE ou ASBESTE

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Les maladies dues à l'amiante

Deux types de pathologies distinctes sont dus aux expositions à l'amiante : des fibroses et des cancers. Les experts estiment que ces maladies sont responsables, en France de 2 000 à 3 000 décès chaque année.

Fibroses

Les fibroses sont – par excellence – des maladies dose-dépendantes. En d'autres termes, leur gravité est d'autant plus accusée et leur délai d'apparition d'autant plus court que la dose de poussière toxique inhalée, à l'origine de la pathologie, est plus importante. Se traduisant par un envahissement de l'organe cible par des fibres de collagène (d'où leur nom de fibroses), ces pathologies sont irréversibles mais pas obligatoirement continûment évolutives.

L'exposition à l'amiante peut entraîner une fibrose du parenchyme pulmonaire ou asbestose, et des séreuses (plèvre, péritoine, péricarde).

Les fibroses pleurales sont aisément visibles par radiographie et plus aisément encore par scanographie, du fait de la présence soit de plaques circonscrites (fibrohyalines plus ou moins calcifiées), soit d'épaississements diffus unilatéraux ou bilatéraux sur la plèvre viscérale. Le plus fréquemment, ces atteintes pleurales apparaissent plus de vingt ans après la première exposition. Leur retentissement sur la fonction respiratoire, maintenant considéré comme significatif, est plus prononcé pour les épaississements diffus que pour les plaques.

Ces atteintes apparaissent même chez des sujets n'ayant subi que des expositions cumulées considérées comme faibles. En France, plus de 400 nouveaux cas sont reconnus chaque année comme maladies professionnelles dans le cadre du régime général de la Sécurité sociale, le nombre réel de nouveaux cas étant sans doute très supérieur à 1 000.

Notons par ailleurs qu'à ces atteintes pleurales il faut ajouter des pleurésies, parfois bénignes, parfois annonciatrices d'une atteinte cancéreuse.

L'asbestose est une fibrose diffuse du parenchyme pulmonaire, donc difficile à mettre en évidence radiologiquement dans ses premières étapes, d'où souvent la nécessité de recourir à une scanographie. En France, la première description de cas d'asbestose remonte à un siècle (Auribault, 1906), avec 50 décès dans les cinq premières années de fonctionnement d'une usine d'amiante textile à Condé-sur-Noireau en Normandie. Les très fortes expositions d'alors ayant fortement régressé, on observe aujourd'hui l'apparition d'asbestoses après des temps de latence de 10 à plus de 30 ans. Certaines sont très peu évolutives. À l'opposé, d'autres entraînent des décès. Les statistiques de mortalité de l'I.N.S.E.R.M. (code 501) pour la France notent de 1976 à 1992 une montée progressive des décès par asbestose de 5 à 38 cas annuels. Témoigne également de cette croissance des cas d'asbestose, le nombre des cas reconnus comme maladies professionnelles par le régime général de la Sécurité sociale (de 50 à 250 cas pendant la même période) ; chiffres réputés sous-estimer très fortement la réalité.

La fibrose entraîne une perte d'élasticité des poumons, un ralentissement des échanges gazeux et un trouble restrictif conduisant à l'insuffisance respiratoire. Dans les cas les plus graves, des complications cardiaques apparaissent également.

Cancers

L'exposition à l'amiante entraîne, par ordre de fréquence décroissante, des cancers broncho-pulmonaires, des mésothéliomes et d'autres tumeurs primitives de la plèvre et, avec une moins grande certitude, des cancers gastro-intestinaux, en particulier des cancers de l'estomac.

Les premières publications sur la relation amiante-cancer broncho-pulmonaire datent des années 1930 puis des années 1940. En 1954, dans un rapport présenté devant la Société de médecine et d'hygiène du travail, R. Truhaut recense les principaux agents cancérogènes présents en milieu de travail. L'amiante y figure en bonne place avec dix-sept références. Un an plus tard, R. Doll publie en Grande-Bretagne les résultats de la première enquête épidémiologique de mortalité menée sur le personnel d'une usine de textile-amiante. Les résultats sont sans ambiguïté quant au caractère cancérogène du matériau.

Concernant les tumeurs primaires de la plèvre et du péritoine (mésothéliomes), plusieurs publications notèrent dans les années 1950 une relation possible avec l'amiante. Ce sont pourtant les deux publications de J. C. Wagner en 1960 et en 1963 qui emportèrent la conviction. T [...]

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Écrit par :

  • : chef de section médecine-modes de vie, service société au journal Le Monde
  • : directeur de recherche honoraire au C.N.R.S., toxicologue

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Pour citer l’article

Laurence FOLLÉA, Henri PÉZERAT, « AMIANTE ou ASBESTE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 22 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/amiante-asbeste/