ÉVALUATION ET QUANTIFICATION DES RISQUES SANITAIRES

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La pandémie de Covid-19 est venue rappeler les enjeux relatifs aux risques sanitaires, préoccupation majeure de nos sociétés, attachées au refus de la fatalité. Mais, si la notion de risque est omniprésente, elle n’est cependant pas toujours mobilisée à bon escient et demande une clarification. Le risque est en effet une notion plus complexe que ce que l’usage quotidien de ce vocable laisse supposer. S’y attachent les notions de danger, de péril, de dommage, de chance (ou de malchance), d’accident, d’aléa, de détriment, d’inconvénient… Intuitivement, on perçoit la double polarité du terme « risque » : objective, liée à la fréquence du phénomène à l’origine du risque ; subjective, liée à la manière dont celui-ci est perçu et vécu. Pour les scientifiques, le concept de risque est loin d’être univoque ; il n’existe pas une définition unique et non ambiguë de ce qu’il recouvre. L’épidémiologiste, le psychologue, l’économiste, le sociologue, le mathématicien, le statisticien, l’actuaire des compagnies d’assurances, le juriste ont chacun une définition de ce terme. Pour le sociologue allemand Ulrich Beck (1944-2015), le risque est « un événement non encore survenu qui motive l’action » (La Société du risque, 2001), introduisant ainsi l’anticipation dans sa définition. La notion de risque sanitaire, que l’on traite ici, concerne la morbidité ou la mortalité dans les populations, ainsi qu’elle est utilisée en épidémiologie.

Risque et danger

En français, les termes de « risque » et de « danger » sont souvent utilisés dans le langage courant de façon synonyme pour signifier une menace. Cependant, l’épidémiologiste les distinguera car ils ont des implications différentes. Le danger (hazard, en anglais) est une propriété intrinsèque pathogène d’une substance (par exemple, le benzène), d’un produit (par exemple, un pesticide) ou d’un agent (bactérie, virus…) ; c’est une possibilité, une éventualité qu’un inconvénient pour la santé apparaisse (maladie, symptômes, incapacité, voire décès). Le risque (risk, en anglais) est un indicateur quantitatif de la vraisemblance de la réalisation du danger ; c’est la probabilité (de 0 à 1) que le danger se réalise. Le risque nul signifie que le danger ne se réalisera pas ; le risque égal à 1 indique un danger inéluctable. Par exemple, l’amiante est une source de danger (cancer des poumons ou de la plèvre, fibrose pulmonaire ou asbestose) ; le risque créé par ce matériau dépendra de l’importance de l’exposition (fréquence, durée, intensité) et de caractéristiques individuelles : patrimoine génétique, tabagisme, état de la fonction pulmonaire, etc. Toutes les personnes exposées à l’amiante ne seront pas malades et tous les malades souffrant de ces pathologies n’ont pas été exposés à ce polluant. Donc, si personne n’est exposé, le danger existe, mais le risque est nul.

Salmonella typhi et fibres d’amiante

Photographie : Salmonella typhi et fibres d’amiante

Salmonella typhi est une bactérie responsable de la fièvre typhoïde chez l'homme. Elle représente un danger, car la pathogénicité est une propriété intrinsèque de la bactérie. Les fibres d'amiante représentent quant à elles un risque de pathologies en particulier pulmonaires. Le... 

Crédits : (en haut) Isis325/ Flickr , CC-BY 2.0 ; (en bas) T. Davis/ Shutterstock

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L’étymologie du mot « risque » reste incertaine. Sont évoqués : resecum, en latin (ce qui coupe et aussi l’écueil), qui a donné risicare en italien ; rhiza, en grec (la racine) ; rizq, en arabe (le sort, mais aussi la ration journalière du soldat). Le terme devient courant à la Renaissance avec le développement de l’assurance dans le domaine du transport maritime des marchandises – d’où la transformation possible en « risque » de resecum, l’écueil qui provoque la perte des marchandises. Dans la conceptualisation mathématique du risque en tant que probabilité, le xviie siècle marque un tournant avec notamment Blaise Pascal (1623-1652) et surtout Christiaan Huygens (1629-1695), qui définit le risque comme « l'espérance mathématique d'une fonction de probabilité d'événements ».

En épidémiologie, le risque renvoie à la fréquence d’un problème de santé dans une population donnée, pendant une période donnée. Plus rigoureusement, c’est sa probabilité de survenue, chez un individu, dans un temps déterminé. Le risque se mesure alors en dénombrant les nouveaux cas – l’incidence – du problème considéré, au sein d’une population pendant cette période définie. Le taux d’incidence représente la vitesse de production des nouveaux cas. Sous certaines hypothèses, en particulier si le taux d’incidence est petit, le risque peut faire l’objet d’une approximation. La [...]

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Écrit par :

  • : professeur émérite du Conservatoire national des arts et métiers (chaire d'hygiène et sécurité)

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William DAB, « ÉVALUATION ET QUANTIFICATION DES RISQUES SANITAIRES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 12 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/evaluation-et-quantification-des-risques-sanitaires/