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VÉRITÉ

La réflexion sur la vérité a suscité bien des spéculations philosophiques. D'abord sur sa nature. Deux positions, l'une réaliste, l'autre idéaliste, s'opposent sur ce problème : d'un côté, la vérité se définit par l'adéquation de l'esprit à la chose, avec souvent l'entendement divin comme intermédiaire entre l'entendement humain et les choses mêmes ; de l'autre, la vérité se définit soit par l'accord des esprits, soit même par un caractère plus franchement intrinsèque, chaque vérité n'étant telle que par son rapport systématique à l'ensemble des vérités. Il faut aussi mentionner la théorie pragmatiste qui a fleuri aux environs de 1900 et qui, transformant un critère de la vérité en une définition, définit la vérité par le succès dans l'action qu'elle commande. Une autre grave question est celle du rapport de la vérité aux autres valeurs : est-elle une simple valeur parmi les autres (éthiques, esthétiques, vitales, par exemple) ? Et, alors, quelle est sa place dans la hiérarchie des valeurs ? Ou bien plane-t-elle au-dessus des valeurs, les dominant toutes par l'exigence que soient vrais les jugements que nous portons sur elles ? S'étant borné à signaler ces problèmes d'ordre métaphysique ou axiologique, abordés en d'autres articles, on ne traitera ici le sujet que d'un point de vue logique et épistémologique.

— Robert BLANCHÉ

La notion de vérité est ambiguë. On peut parler d'une proposition vraie ; mais on peut parler également de la vérité de son contenu, comme Platon a posé celle des objets hypostasiés en Idées, que vise d'après lui la connaissance.

Une première exigence à remplir pour que la vérité acquière un statut prédicatif a donc été de séparer les noms et les choses. Faute d'une telle séparation, la conception, devenue traditionnelle, de la logique comme science des conditions formelles du raisonnement vrai n'aurait jamais vu le jour.

On s'attachera ici au développement du rapport entre sens et vérité, et on montrera que l'évolution du concept de vérité, qui par sa normativité assure à la pensée son caractère rationnel, est inséparable d'une grammaire de la composition du sens.

Logique

Le sujet de la vérité

« Vérité » ainsi que son antonyme « fausseté » sont des adjectifs substantivés. Ces adjectifs, « vrai » et « faux », ne peuvent être employés proprement que comme prédicats. Quels sont les sujets possibles pour de tels prédicats ? Ils ne peuvent être attribués, en toute rigueur, à des choses, mais seulement à ce que nous pouvons dire ou penser sur les choses ; c'est par extension, et par manière abrégée de parler, que, dans le langage usuel, on leur fait aussi qualifier des choses. Dire « un vrai ami » ou « une vraie crapule » veut signifier que les mots d'ami ou de crapule doivent ici être entendus en leur sens fort, ou encore revient à affirmer que la proposition « c'est un ami » (ou bien « c'est une crapule ») est une proposition vraie. On voit mieux encore ce déplacement du sens avec le faux. Car enfin une fausse joie a bien été réellement une joie, une fausse alerte a tout de même été véritablement une alerte, une fausse note n'en est pas moins une note. Le vrai et le faux ne peuvent s'attribuer proprement qu'à des propositions, en caractérisant celles-ci, ainsi que faisait Aristote, comme « le discours dans lequel résident le vrai et le faux ».

Seulement, le mot même de proposition demande à être précisé. En français, il a le plus souvent un sens grammatical (propositions infinitive, incidente, subordonnée, par exemple), il est lié au langage. Mais il a pris de plus en plus, dans le vocabulaire des logiciens, le sens de « ce qui est proposé », et que le langage a seulement pour fonction[...]

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Écrit par

  • : professeur honoraire à la faculté des lettres et des sciences humaines de Toulouse
  • : agrégée de l'Université, docteur d'État en philosophie, maître de conférences à l'université de Paris-XII-Val de Marne

Classification

Pour citer cet article

Robert BLANCHÉ et Antonia SOULEZ. VÉRITÉ [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

Article mis en ligne le et modifié le 25/03/2009

Autres références

  • VÉRITÉ (notions de base)

    • Écrit par
    • 3 074 mots

    Seuls des énoncés peuvent être vrais ou faux. Les choses, quant à elles, même si, par un abus de langage, il arrive qu’on les qualifie de « vraies » ou de « fausses », sont réelles ou irréelles, authentiques ou artificielles. Mais elles ne sauraient être « vraies ». On confond trop souvent « vérité...

  • ANCIENS ET MODERNES

    • Écrit par et
    • 5 024 mots
    • 4 médias
    ..., pour laquelle il n'y a pas d'autre autorité que la raison. Pouvait-on cependant reconnaître cette dernière sans admettre la pérennité de la vérité – et déplacer alors les prétentions de la théologie sur le terrain de la métaphysique ? Par le travail critique, Kant, héritier direct des ...
  • BADIOU ALAIN (1937- )

    • Écrit par
    • 2 613 mots
    ...cette entreprise militante en formulant deux refus et deux exigences : contre le relativisme et le thème de la finitude, il s'agit de proposer une nouvelle doctrine de la vérité ; contre les diverses formes de la transcendance, d'élaborer une pensée du multiple pur comme régime général de la présentation....
  • BRENTANO FRANZ (1838-1917)

    • Écrit par
    • 1 611 mots
    En ce qui concerne l'essence de la vérité, Brentano a tenu deux positions extrêmes. Au début, il postulait l'existence d'une « vérité en soi », existant indépendamment du sujet. Il affirmait l'existence des entités de raison (nombres, vérités, valeurs), tout en leur niant la...
  • DAVIDSON DONALD (1917-2003)

    • Écrit par
    • 778 mots

    Donald Davidson est, avec W. V. O. Quine et Nelson Goodman, l'un des philosophes américains les plus influents du xxe siècle. Né en 1917 à Springfield (Massachusetts), il est l'auteur d'une œuvre qui a contribué à renouveler la réflexion sur le langage, l'action et l'...

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