DAVIDSON DONALD (1917-2003)

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Donald Davidson est, avec W. V. O. Quine et Nelson Goodman, l'un des philosophes américains les plus influents du xxe siècle. Né en 1917 à Springfield (Massachusetts), il est l'auteur d'une œuvre qui a contribué à renouveler la réflexion sur le langage, l'action et l'esprit, et qui témoigne de la fécondité du courant analytique en philosophie, autant que de son évolution au-delà de la période initialement marquée par le positivisme logique.

Après des études qui le conduisirent d'abord à la littérature comparée et aux langues anciennes, Donald Davidson commence des études de philosophie, interrompues durant les trois années qu'il passe comme instructeur dans la marine américaine, durant la Seconde Guerre mondiale. Lorsqu'il revient à la philosophie, c'est pour se tourner vers Platon : sa thèse de doctorat, soutenue en 1949, sera consacrée au Philèbe. Il enseigne successivement aux universités de Stanford, Princeton et Chicago, avant d'achever sa carrière à Berkeley, en Californie.

C'est à partir de la fin des années 1960 que la réflexion de Davidson s'engage dans des voies originales, notamment à travers des recherches sur la sémantique des langues naturelles. La question de la signification, qui était au centre des interrogations et de la critique de Quine dans Le Mot et la chose, est abordée sur la base d'un concept du vrai qui réclame lui-même une théorie formelle de la vérité. Une théorie de la signification est supposée fournir, pour toute phrase du langage à laquelle elle se rapporte, un théorème permettant d'en spécifier la signification. De tels théorèmes associent toutefois des phrases à d'autres phrases, et non pas à des « significations » auxquelles elles référeraient. On a affaire à une conception holiste du langage et de la signification – impossible de connaître les parties sans connaître le tout –, qui emprunte à Alfred Tarski son concept de la vérité et s'inscrit dans une théorie plus générale de l'interprétation, qui reprend à nouveaux frais les questions cardinales abordées par Quine. En offrant une alternative à l'opposition des théories « cohérentistes » et des théories « représentationnelles », Davidson renouvelle la critique pragmatiste du vrai et pose en des termes nouveaux la question du réalisme et de l'antiréalisme, telle qu'elle avait été abordée par les héritiers de Frege, Russell et Wittgenstein (Essays on Truth and Interpretation, 1984 ; trad. franç. 1993).

La contribution de Donald Davidson aux débats majeurs de la philosophie anglophone contemporaine est également riche des interrogations qu'il consacra à l'action dès la première étude qu'il publia sur cette question en 1963, sous le titre : « Actions, raisons et causes ». Sous ce rapport, l'opposition traditionnelle des « causes » et des « raisons » devient le pôle majeur d'une réflexion visant à montrer que l'intelligibilité d'une action est subordonnée à une explication de ce qui fait ou peut faire d'une raison une cause. À toute action correspond une raison première, qui associe des croyances et des désirs. En même temps, une action se prête toujours à plusieurs descriptions ; aussi peut-elle être comprise comme intentionnelle sous certaines descriptions, et ne pas l'être sous d'autres (Essays on Actions and Events, 1980 ; trad. franç. 1993).

Les thèses de Davidson en philosophie de l'action sont étroitement associées à ses positions en philosophie de l'esprit. À ses yeux, en effet, les liens postulés entre les raisons et l'action n'entrent pas dans un dispositif de lois strictes. Ils doivent certes manifester une régularité, dans la mesure où ils sont de nature causale, mais il n'existe pas de lois qui relient les événements physiques à des événements mentaux. Cette conviction, chez Davidson, s'illustre dans une thèse qui concerne la nature de l'esprit, celle de l'« anomisme du mental ». On peut y voir une limite opposée à la réduction du mental au physique, et par conséquent aux théories qui, dans les sciences cognitives, s'orientent vers un matérialisme réductionniste qui s'achèverait dans une explication physique du mental. Pour Davidson, l [...]

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Dans le chapitre « La question de la signification »  : […] Si le langage en constitue le centre, c'est en plusieurs sens qui ne peuvent être confondus. Pour une large part et jusqu'à la fin des années 1970, avec Saul Kripke, Hilary Putnam, puis David Lewis, la philosophie du langage a emprunté à Frege son approche de la signification en faisant de la logique et de l'analyse logique du langage un paradigme dominant. Cette orientation a toutefois débouché […] Lire la suite

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Pour citer l’article

Jean-Pierre COMETTI, « DAVIDSON DONALD - (1917-2003) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 07 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/donald-davidson/