SALONS LITTÉRAIRES

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Plus encore qu'une réalité historique, le salon littéraire est une invention historiographique. L'expression désigne habituellement une maison où l'on reçoit régulièrement, notamment des écrivains, pour converser mais aussi pour se livrer à toutes sortes d'activités et de jeux littéraires. Or, les plus célèbres de ces salons, ceux de la marquise de Rambouillet, de Madame Geoffrin ou de Mademoiselle de Lespinasse, ouvrent leurs portes aux xviie et xviiie siècles, à une époque où le mot « salon » ne désigne encore qu'une pièce de réception. La marquise de Rambouillet et Mademoiselle de Scudéry reçoivent d'ailleurs dans une chambre et non dans un salon. Ce n'est qu'au xixe siècle que l'on se met à parler des « salons » pour désigner une forme particulière de sociabilité. Quant à l'expression « salon littéraire », elle est encore plus tardive puisqu'elle ne s'impose qu'au xxe siècle, d'abord chez les historiens de la littérature, et suggère une interprétation erronée : l'idée reçue selon laquelle l'objet ou la nature propre de cette sociabilité serait foncièrement littéraire.

Pour comprendre ce que sont les salons, il faut en effet se déprendre de l'idée que la littérature est leur finalité, ou même leur occupation principale, et les replacer dans le contexte plus large de la vie sociale des élites, fondée sur l'hospitalité. Par rapport à d'autres formes de sociabilité, les salons présentent la particularité d'être intrinsèquement liés à un domicile privé, où une personne – une femme en général mais non systématiquement – reçoit de façon régulière des invités. À la différence des académies, des cercles littéraires, des loges ou des clubs, il n'existe ni listes de membres, ni statuts, ni ordres du jour. On n'est pas membre d'un salon, on est reçu par un maître ou une maîtresse de maison. Pour autant, bien sûr, cette sociabilité est précisément codifiée. Les voies d'accès au salon, la façon de se présenter et de se tenir, les sujets que l'on peut a [...]


1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 11 pages

Écrit par :

  • : maître de conférences en histoire moderne à l'École normale supérieure

Classification

Autres références

«  SALONS LITTÉRAIRES  » est également traité dans :

LES FEMMES SAVANTES, Molière - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • Christian BIET
  •  • 1 682 mots
  •  • 1 média

Avant-dernière comédie de Molière (1622-1673) , Les Femmes savantes font écho aux Précieuses ridicules (1659) qui ont ouvert la carrière parisienne de l'auteur. Sur le même motif (les femmes et leur volonté de prétendre au savoir et à l'art dans une société de salon), Molière est passé d'une pièce en un acte et en prose, fondée sur des types, faisant la satire de précieuses provinciales entichée […] Lire la suite

BOHÈME

  • Écrit par 
  • Jean-Didier WAGNEUR
  •  • 3 351 mots
  •  • 5 médias

Dans le chapitre « De la bohème à l'avant-garde »  : […] La « bohème » de Murger reste caractéristique des années 1840-1850, enveloppant à la fois les milieux du journalisme, ceux de ce que l'on a nommé la « fantaisie », et le réalisme de la brasserie Andler autour de Gustave Courbet et de Champfleury. Mais si la mort de Murger en 1861 est saluée par les Goncourt comme la « fin de la bohème », ce n'est là que figure de style. La génération libérale de 1 […] Lire la suite

BONAPARTE ÉLISA (1777-1820) princesse de Lucques et de Piombino (1805) grande-duchesse de Toscane (1809)

  • Écrit par 
  • Jean MASSIN
  •  • 204 mots

Grâce à une bourse, Élisa fait son éducation à la maison royale de Saint-Cyr, de 1784 à 1792. En 1797, elle épouse un capitaine corse, Félix Bacciochi, homme d'une parfaite nullité (bien que membre de la famille impériale, il n'atteindra le grade de général de division que péniblement en 1809), mais qui aura la bonne grâce de n'encombrer jamais ni la vie privée ni l'activité gouvernementale de son […] Lire la suite

CAFÉS LITTÉRAIRES

  • Écrit par 
  • Gérard-Georges LEMAIRE
  •  • 7 804 mots
  •  • 3 médias

Dans le chapitre « Un espace alternatif »  : […] Dans une large mesure, les cafés ont servi d'alternative aux cours princières, aux ruelles du xvii e  siècle, puis aux salons de l'aristocratie du xviii e  siècle et de la majeure partie du xix e  siècle, le plus souvent régis par les femmes. Ce gouvernement féminin sur la vie intellectuelle a été fustigé par Molière dans ses Femmes savantes  : cette pièce satirique permet de voir que les rites e […] Lire la suite

CÉNACLES ROMANTIQUES

  • Écrit par 
  • France CANH-GRUYER
  •  • 2 433 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Autour de Victor Hugo »  : […] Le Cénacle proprement dit est encore appelé « Cénacle de Joseph Delorme », en l'honneur du célèbre poème de Sainte-Beuve dans lequel ce terme se trouve appliqué au groupe d'amis et d'artistes qui, de 1827 à 1830 (à peu près du « manifeste » de la préface de Cromwell à l'apothéose d' Hernani ), furent au cœur de la révolution romantique. Certes, Sainte-Beuve, qui entre en relation avec Victor Hu […] Lire la suite

CHARRIÈRE ISABELLE DE (1740-1805)

  • Écrit par 
  • Universalis
  •  • 313 mots

La romancière suisse Isabelle de Charrière anticipa dans ses œuvres l'émancipation du début du xix e  siècle. Née Isabelle Agnès Elisabeth van Tuyll van Serooskerken, le 20 octobre 1740 à Zuilen, près d'Utrecht en Hollande, elle épouse en 1771 un gentilhomme vaudois, ancien précepteur de ses frères et s'installe à Colombier, non loin de Neuchâtel. C'est là qu'elle tiendra salon, rassemblant autou […] Lire la suite

CONDORCET SOPHIE DE GROUCHY marquise de (1764-1822)

  • Écrit par 
  • Denise BRAHIMI
  •  • 574 mots

La vie de Sophie de Condorcet est loin de s'identifier à celle de son mari, dont elle a pourtant épousé les idées et partagé les travaux. Sophie de Grouchy est née en Normandie en 1764, dans une assez illustre famille. Sa mère, sœur du président Dupaty, était une femme d'esprit et de sens. Sophie montre très tôt des dispositions pour l'étude, un caractère solide et beaucoup de sérieux. À l'occasio […] Lire la suite

CONTES, Charles Perrault - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • Christian BIET
  •  • 1 218 mots

Dans le chapitre « Un art du naturel »  : […] Tenant de ceux (les Modernes) qui revendiquaient une liberté de la littérature par rapport aux modèles antiques contre ceux (les Anciens) qui en prônaient l'imitation, académicien depuis 1671, bon politique sous Colbert, chef de file et champion de la dramaturgie moderne, du nouvel art chrétien, des auteurs contemporains du siècle de Louis XIV, de la langue, de la littérature et de la nation franç […] Lire la suite

CONTES DE FÉES, Madame d'Aulnoy - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • Christian BIET
  •  • 1 226 mots

La comtesse d'Aulnoy (Marie Catherine Le Jumel de Barneville, baronne d'Aulnoy, 1650-1705) est surtout connue, au xvii e  siècle, pour le scandale énorme dont elle a été l'objet. Elle fut en effet convaincue, en 1669, d'avoir dénoncé à tort son mari, le baron d'Aulnoy, pour avoir tenu des propos outrageants contre le roi. Cette calomnie, qu'elle et sa mère avaient diffusée pour se débarrasser d'un […] Lire la suite

DEFFAND MARIE marquise du (1697-1780)

  • Écrit par 
  • Édouard GUITTON
  •  • 590 mots

Sainte-Beuve ( Lundis I et XIV) et Gustave Lanson ( Choix de lettres du XVIII e siècle ) ont parlé admirablement de M me du Deffand. Ame d'une richesse exceptionnelle, elle offre une image exemplaire du sort de la femme sous l'Ancien Régime. Son œuvre tient dans sa correspondance et sa conversation : sûr moyen de parvenir à la postérité. Supérieurement intelligente, elle a su en toute circonsta […] Lire la suite

Voir aussi

Pour citer l’article

Antoine LILTI, « SALONS LITTÉRAIRES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 septembre 2020. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/salons-litteraires/