POUILLES

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Renaissance et splendeur médiévales

Le renouveau d'une civilisation artistique est probablement dû à l'arrivée des Bénédictins qui, peu après l'an mille, fondèrent leurs premiers couvents dans les Pouilles, sur le mont Gargano, à Bari, Brindisi, Conversano. Ils entreprirent une lutte sournoise et patiente contre le clergé byzantin et les moines basiliens qui étaient remontés vers le nord du Salento apportant avec eux les saints, le culte et la peinture de l'Orient, jusqu'à la montagne sacrée des Lombards.

Il est certain que les Normands ne trouvèrent pas, comme on le croit souvent, une terre complètement hellénisée, sans particularités, quand, vers le milieu du xie siècle, ils se présentèrent d'abord en pèlerins, puis en conquérants ; ils y rencontrèrent une population qui avait recouvré une vie propre, quoique soumise aux Lombards et aux Byzantins, et qui avait reconstruit des cités, fondé des cathédrales, comme celles de Bari (1020-1040), de Siponto et de Canosa, ornées de monumentaux pupitres et de trônes épiscopaux en marbre signés Acceptus, David Magister ou Romualdus. Cette population attendait des Normands une aide pour secouer le joug politique et administratif de Bénévent et de Constantinople. En fait, c'étaient de nouveaux maîtres qui arrivaient ; mais ce furent des maîtres tolérants, sous la domination desquels pouvaient refleurir les activités traditionnelles, commerce, navigation, agriculture, désormais libérées de la fiscalité byzantine.

Pendant un siècle et même plus, les libertés communales réapparurent ; les cathédrales romanes en sont l'expression éclatante. Elles s'élèvent encore aujourd'hui parmi une multitude d'églises secondaires édifiées dans les centres antiques de la côte et de la bande littorale, qui conservent à peu près intact leur aspect médiéval. Il faut citer d'abord Bari, illustrée par les reliques de saint Nicolas : soustraites à Myra et gardées dans la basilique fondée en 1089 par la volonté du grand abbé bénédictin Élie, elles firent de Bari une étape obligatoire pour les pèlerins qui se rendaient à Rome et en Terre sainte. D'autres villes, telles que Trani, Molfetta, Monopoli, Barletta, Bisceglie, possèdent de célèbres cathédrales et des ports qui connurent leur apogée à la faveur des mouvements d'armées et de pèlerins entraînés par les croisades.

À l'intérieur, cathédrales et cités s'égrènent le long des voies antiques : Bitonto, Bitetto, Terlizzi, Ruvo, Troia. Érigés ou fondés au xie siècle, décorés au xiie, meublés et surélevés au xiiie, protégés par les ducs et les comtes normands, abandonnés ou saccagés lors de la révolte contre Guillaume le Mauvais, réédifiés ou transformés sous Guillaume le Bon, enrichis par Frédéric II et Charles d'Anjou, tels sont ces sanctuaires, marqués par trois siècles de vicissitudes.

Aux cathédrales s'ajoutent, au xiie et au xiiie siècle, les églises et les hôpitaux élevés par les ordres religieux militaires de Terre sainte pour recevoir pèlerins et croisés ; puis les châteaux et les palais de Frédéric et, en premier lieu, Castel del Monte, solitaire, orgueilleux symbole du pouvoir impérial. Les uns et les autres portent en eux, avec le souvenir de la Palestine, une nostalgie de la Bourgogne et du Languedoc. Pendant ce temps, dans les campagnes et dans les villages, des artistes inconnus, peut-être des moines enfuis de Jérusalem ou d'Acre devant les Turcs, peignent sans relâche leurs saints sur les murs des grottes, leurs madones miraculeuses dans les sanctuaires, reflets extrêmes du christianisme d'Orient.

À ces floraisons artistiques et à ces fastes culturels devaient succéder les pires misères. La chute des Souabes, l'accession des Angevins au trône de Naples signifièrent pour les Pouilles la perte de toute autonomie économique et administrative, la fin de la prospérité et le début d'une longue période d'obscurité. Lucera, la cité sarrazine de Frédéric, est détruite, le palais impérial de Foggia rasé. Les nouveaux maîtres font tout pour briser l'esprit d'indépendance des cités ; ils les inféodent à de rapaces barons napolitains et les soumettent toutes au pouvoir central de Naples, dont les Pouilles ne seront plus désormais qu'une province.

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Pour citer l’article

Pina BELLI D'ELIA, « POUILLES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/pouilles/