POSTCOLONIALES ANGLOPHONES (LITTÉRATURES)

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Jusqu'aux années 1960, pour la plupart des commentateurs, la littérature en langue anglaise se réduisait aux textes publiés par des écrivains britanniques, nord-américains et irlandais. Pourtant, des auteurs originaires d'Afrique, d'Australie, du Pacifique Sud ou de la Caraïbe commençaient déjà à sortir de l'ombre. Le prestigieux Booker Prize vint, dès 1971, récompenser Dans un État libre (In a Free State) du Trinidadien V. S. Naipaul. Puis ce fut le tour de la Sud-Africaine Nadine Gordimer en 1974 et de Salman Rushdie en 1981. À partir de là, le prix fut décerné à un auteur du Commonwealth presque une année sur deux (Thomas Keneally en 1982, J. M. Coetzee en 1983, Keri Hulme en 1985, Peter Carey en 1988, Ben Okri en 1991, Michael Ondaatje en 1992, Arundhati Roy en 1997, J. M. Coetzee, à nouveau, en 1999, Margaret Atwood en 2000, Peter Carey, pour la deuxième fois, en 2001, Yann Martel en 2002, Kiran Desai en 2006, Aravind Adiga en 2008, Eleanor Catton en 2013, Richard Flanagan en 2014, Marlon James en 2015, Margaret Atwood, à nouveau, conjointement avec Bernardine Evaristo, en 2019...). Reconnaissance suprême, le prix Nobel de littérature est attribué à Patrick White en 1973, à Wole Soyinka en 1986, à Nadine Gordimer en 1991, à Derek Walcott en 1992, à V. S. Naipaul en 2001, à J. M. Coetzee en 2003 et à Alice Munro en 2013. Cette production, importante par son abondance comme par ses qualités propres, prit au début des années 1980 le nom de « Nouvelles Littératures ». Par la suite, le terme « postcolonial » semble s'être provisoirement imposé pour désigner cet ensemble varié, bien qu'il ne s'applique, stricto sensu, qu'à une partie du champ désigné par les appellations plus anciennes.

Orlando Power Station (Afrique du Sud)

Photographie : Orlando Power Station (Afrique du Sud)

Depuis les années 1950, les deux tours de refroidissement de la centrale électrique Orlando Power Station dominaient le township de Soweto, à l'ouest de Johannesburg, sans pour autant y distribuer l'électricité réservée à la ville « blanche ». Avec la fin de l'apartheid, elles sont... 

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Nadine Gordimer

Photographie : Nadine Gordimer

L'engagement politique de Nadine Gordimer l'a amenée à élaborer de nouvelles formes littéraires, capables de réconcilier réalité historique et conscience individuelle. 

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Naissance d'une littérature

Seul un examen détaillé de chaque littérature nationale pourrait rendre justice à la variété des œuvres concernées. Pourtant, un survol diachronique permet de mettre en évidence de nombreuses caractéristiques communes.

Les premières œuvres publiées par des colons australiens, canadiens ou néo-zélandais, émigrés ou transportés de force, racontent leur expérience sur une terre qui leur paraît à la fois exotique et inhospitalière. Souvent peu préparés à leur nouvelle existence, les auteurs projettent sur leur environnement des représentations fortement ethnocentriques. Ainsi, la correspondance de Catharine Parr Trail, publiée sous le titre The Backwoods of Canada (1836), fourmille de conseils visant à préparer les émigrants potentiels à la réalité qui les attend sur le nouveau continent. Dans Roughing it in the Bush (1852), sa sœur Susanna Moodie Strickland porte sur le paysage canadien un regard empreint de rousseauisme et influencé par l'esthétique du sublime. Le récit dickensien de Marcus Clarke intitulé For the Term of his Natural Life (1870 ; La Justice des hommes, 1986) décrit l'existence d'un bagnard dans la colonie pénitentiaire australienne. Sur un ton nettement plus optimiste, son compatriote Charles Harpur, inspiré par le romantisme, célèbre dans The Bushrangers and Other Poems (1853) la grandeur d'une nature vierge.

Au tournant du siècle, dans Sketches of a Little Town (1912), l'humoriste Stephen Leacock (1869-1944) ironise sur le provincialisme et les prétentions d'une communauté de l'Ontario. En Australie, « Banjo » Paterson (1864-1941) et Henry Lawson (1867-1922), l'auteur de While the Billy Boils (1896), posent les fondements d'une tradition nationaliste qui s'appuie sur la culture naissante d'un peuple formé à la rude école du bagne, de la lutte contre la nature et les grands propriétaires terriens. À l'aube du xxe siècle, il n'est pas encore question de rendre leur vraie place aux Aborigènes.

Considérant que la « mère patrie » possède l'exclusivité de la grandeur et de la dignité, les auteurs coloniaux issus des îles Britanniques brûlent d'y retourner un jour, tout en sachant intimement que cette perspective est peu vraisemblable. Dans ce concert de témoignages très influencés par la métropole impériale, quelques voix discordantes se font entendre cependant – celles d'anciens esclaves qui ont eu accès à l'éducation. The Interesting Narrative of the Life of Olaudah Equiano (1789 ; La Véridique Histoire, par lui-même, d'Olaudah Equiano, 1987), récit autobiographique d'un Africain établi en Angleterre, en est l'exemple le plus illustre. À une époque où le courant abolitionniste se renforce, cette œuvre éclaire l'histoire de la traite sous un jour nouveau. Rétrospectivement, elle apparaît comme la préfiguration de la littérature postcoloniale.

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Orlando Power Station (Afrique du Sud)

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Écrit par :

  • : professeur émérite, université de Bourgogne, Dijon
  • : professeure des Universités en littérature britannique contemporaine et en littératures postcoloniales à l'École normale supérieure de Lyon, membre de l'Institut universitaire de France

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Jean-Pierre DURIX, Vanessa GUIGNERY, « POSTCOLONIALES ANGLOPHONES (LITTÉRATURES) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 30 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/postcoloniales-anglophones-litteratures/