PHYSIS

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

La « physis » présocratique et sa postérité

La négation d'Empédocle ne doit pas faire illusion, car ce dernier est lui-même l'auteur d'un poème Sur la physis, et la plupart des œuvres des présocratiques portent le même titre. Physis est donc d'abord le titre d'une question : D'où viennent les choses ? Comment naissent-elles et croissent-elles ? En quel sens l'étant vient-il à l'être ? Les réponses pourront diverger, et seuls certains présocratiques, comme les atomistes et Anaxagore, partageront la thèse d'Empédocle selon laquelle ce que l'on appelle naissance (ϕ́υσις) n'est qu'une composition nouvelle d'éléments préexistants. Mais le fait que, dès l'aurore de la philosophie grecque, physis désigne la question fondamentale, qui vaudra aux présocratiques le titre de physiologues ou de physiciens, ne va pas sans un certain nombre de présuppositions communes, qui caractériseront, avec des variantes, l'ensemble de la pensée grecque : si l'on se demande d'où viennent les choses, c'est qu'elles sont en devenir ; mais l'idée de croissance, avec ses implications biologiques, suggère que ce devenir n'est pas quelconque, accidentel, provoqué de l'extérieur : il est spontané et en même temps réglé par une sorte de nécessité interne, qui manifeste le dynamisme profond et caché (« la physis aime à se cacher », dit Héraclite, fragm. 123 Diels), inhérent à chaque chose comme à l'ensemble de l'univers organisé (κ́οσμος). Par un de ses aspects, la physis est la traduction philosophique de la notion populaire de moira, qui désigne la part, le lot, qui est certes imparti à chaque chose par une puissance supérieure, mais qui devient dès ce moment la loi interne de son existence ou, comme on dit, sa destinée.

À partir de là, la notion de physis se développera dans deux directions, l'une proprement philosophique, l'autre morale. La physis désignera, du [...]


1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 7 pages

Écrit par :

Classification

Autres références

«  PHYSIS  » est également traité dans :

ANAXIMÈNE DE MILET (env. 550-env. 480 av. J.-C.)

  • Écrit par 
  • Universalis
  •  • 561 mots

Né vers 556 av. J.-C., mort vers 480 av. J.-C., ce philosophe grec est l'un des trois représentants de l'école de Milet, considérés comme les premiers philosophes de l'Occident. Si Thalès tient pour acquis que l'eau est l'élément essentiel de toute matière, Anaximandre, son élève, dénomme la substance fondamentale du monde l'« infini ». Anaximène, lui-même élève d'Anaximandre, substitue le mot […] Lire la suite

ARISTOTE

  • Écrit par 
  • Pierre AUBENQUE
  •  • 23 833 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « La philosophie de la nature »  : […] S'il est vrai que l'ontologie d'Aristote est une élucidation de l'être-en-mouvement du monde sublunaire, s'il est vrai d'autre part que sa théologie, dans ce qu'elle a du moins d'humainement réalisable, pense Dieu négativement à partir de l'expérience du mouvement, on se convaincra que la frontière entre physique et métaphysique n'est pas toujours claire, à tel point que l'on a pu dire que « le t […] Lire la suite

ARISTOTÉLISME MÉDIÉVAL

  • Écrit par 
  • Alain de LIBERA
  •  • 4 994 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « L'« aristotélisme commun » et la représentation de la nature »  : […] Restent les données de fond de l'aristotélisme, ce qu'on pourrait appeler l'« aristotélisme commun », la multitude des emprunts et des garanties que la science et les sciences aristotéliciennes fournissent au savoir médiéval. La matière est ici inépuisable. L'idée même de science et des critères de la scientificité est, durant toute la période scolastique, proprement aristotélicienne : le De ortu […] Lire la suite

DÉMOCRITE (460 av. J.-C.?-? 370 av. J.-C.)

  • Écrit par 
  • Fernando GIL, 
  • Pierre-Maxime SCHUHL
  •  • 1 632 mots

Démocrite d'Abdère est un contemporain (un peu plus jeune) de Socrate (468-399), auquel il a longtemps survécu. Son nom est lié à celui d'un maître plus ancien, Leucippe, sur lequel nous savons peu de choses, mais qui passe pour avoir été l'élève de Zénon d'Élée. Nous sommes également mal renseignés sur la vie de Démocrite auquel on prêta de grands voyages en Orient. Il était l'auteur de nombreux […] Lire la suite

ÉLÉMENTS THÉORIES DES

  • Écrit par 
  • René ALLEAU
  •  • 8 234 mots

Le pluriel latin elementa désignait, le plus souvent, les « quatre éléments » : le Feu, l'Air, l'Eau et la Terre (cf. Sénèque, Naturales Quaestiones , III, 12 ; Cicéron, Academica , I, 26) et le singulier elementum , d'un usage bien plus rare, l'un des « quatre éléments » (cf. Pline, Naturalis Historia , X, 191). Les alchimistes grecs, s'agissant de l'ensemble des « quatre éléments », employaient […] Lire la suite

ÉPICURE (341-270 av. J.-C.)

  • Écrit par 
  • Graziano ARRIGHETTI
  •  • 6 205 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « Physique : atomes et agrégats »  : […] On ne peut exposer la physique épicurienne sans tenir compte de quelques données. En premier lieu, bien que pour Épicure la physique reste subordonnée à l'éthique, il ne l'élabora pas avec moins de soin et d'enthousiasme, précisément parce qu'elle constituait à ses yeux le fondement de l'éthique ; en second lieu, et en étroit rapport avec ce qui vient d'être dit, le choix de l' atomisme de Démocr […] Lire la suite

SUBLIME

  • Écrit par 
  • Philippe LACOUE-LABARTHE
  •  • 6 168 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Longin : la question de l'essence de l'art »  : […] Comme dans tous les traités de ce genre et de cette époque (l'Antiquité alexandrine), la question initiale de Longin est une question restreinte. Elle demande si le sublime relève ou non d'une technè particulière, s'il y a, ou non, des « préceptes techniques » du sublime. Technè , dans cette première question, est pris au sens relativement faible de « savoir-faire », et la réponse de Longin, col […] Lire la suite

HIPPOCRATE DE COS (460-env. 370 av. J.-C.)

  • Écrit par 
  • Jacques JOUANNA
  •  • 6 889 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « La pensée hippocratique »  : […] L'une des caractéristiques de la pensée hippocratique est le souci de l'observation. Tout ce qu'il est possible de percevoir par les sens est consigné avec minutie, car le moindre détail peut avoir la valeur d'un signe ; le pronostic, comme le diagnostic, ne peuvent résulter que d'un ensemble de signes. Certaines observations cliniques sont restées justement célèbres, comme le « faciès hippocratiq […] Lire la suite

IONIENS, philosophie

  • Écrit par 
  • Clémence RAMNOUX
  •  • 4 350 mots

Dans le chapitre « Les principes »  : […] Au livre A de la Métaphysique , Aristote a donné un résumé des doctrines de ses prédécesseurs, qui a servi de modèle à beaucoup de résumés successifs. Il faut savoir l'utiliser avec précaution. Aristote a repensé les doctrines avec des mots et des concepts forgés par lui-même. Inspiré par sa propre théorie des quatre causes , il travaille avec le souci de découvrir chez les plus anciens un pressen […] Lire la suite

NATURE PHILOSOPHIES DE LA

  • Écrit par 
  • Maurice ÉLIE
  •  • 6 379 mots

Dans le chapitre « Physique et philosophies de la nature »  : […] D'un point de vue historique, il semble que cette distinction n'ait pas toujours existé, si l'on admet que les penseurs présocratiques furent indissolublement physiciens et philosophes de la nature, eux qui cherchèrent l' Archè , le principe des choses, s'interrogèrent sur leurs éléments, terre, air, eau ou feu, ainsi que sur leurs modes de composition et de séparation. Ainsi, l'idée de transforma […] Lire la suite

Voir aussi

Pour citer l’article

Pierre AUBENQUE, « PHYSIS », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 septembre 2020. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/physis/