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AURORE, Friedrich Nietzsche Fiche de lecture

Nietzsche

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C'est durant l'hiver 1880-1881 que Friedrich Nietzsche (1844-1900) mit au net le premier jet du manuscrit d'Aurore. Il avait d'abord songé à intituler son ouvrage Le Soc de charrue. Pensées sur les préjugés moraux. Le manuscrit fut achevé à la mi-mars 1881, grâce à l'aide de Peter Gast. Imprimé par Teubner en mai, le livre fut publié en juillet 1881 par les éditions Schmeitzner. Une deuxième édition parut en 1887, augmentée d'un Avant-propos rédigé par Nietzsche en 1886. Ce livre eut moins d'écho que le précédent, Humain, trop humain (1878-1879) : il marquait le début de la traversée du désert que furent pour Nietzsche les années 1880. L'importance de son œuvre ne fut vraiment reconnue qu'après 1890.

La conscience submergée

Aurore est divisé en cinq livres et, au total, en 575 paragraphes, fragments ou aphorismes de longueur variable, qui composent une symptomatologie de l'existence humaine et entreprennent une archéologie de la culture contemporaine. Dans son Avant-propos de 1886, Nietzsche définit ainsi son projet : « Je descendis en profondeur, je taraudai la base, je commençai à examiner et à saper une vieille confiance sur laquelle nous autres philosophes avions coutume de construire depuis quelques millénaires comme sur le plus ferme terrain. » Il était mû, dit-il en 1886, par une « volonté pessimiste » qui ambitionnait un « auto-dépassement de la morale », car il refusait « de revenir à ce qui nous semble dépassé et caduc, à tout ce qui est „invraisemblable“, que ce soit Dieu, la vertu, la vérité, la justice, l'amour du prochain ».

Nietzsche entreprend de redéfinir la « nature humaine » en interrogeant de préférence le corps, la physiologie, la psychologie des affects, et en définissant la notion vague d'intériorité comme un mixte psycho-physique. Alors, les certitudes sur les actions morales et les valeurs se dissipent, tandis qu'apparaît avec évidence leur caractère fictionnel et illusoire. L'hypothèse de Nietzsche est résumée au paragraphe 119 : « Nos appréciations et nos jugements de valeur moraux ne sont que des images et des variations fantaisistes sur un processus physiologique qui nous est inconnu. [...] Toute notre conscience n'est que le commentaire plus ou moins fantaisiste d'un texte inconnu, peut-être inconnaissable et seulement ressenti. » Notre prétendue conscience morale ne serait donc qu'un tissu de rêves, si l'on admet que ceux-ci ne constituent que « des interprétations très libres, très arbitraires, des mouvements du sang et des entrailles, de la pression des bras et des couvertures, du bruit ». Ce type d'analyse s'inscrit dans la tradition des moralistes français et de Schopenhauer ; elle annonce la psychanalyse freudienne.

Nietzsche se garde bien de suggérer qu'il aurait le pouvoir d'établir et de déchiffrer sans effort le « texte authentique » de notre conscience morale. Il en va de l'interprétation anthropologique comme de l'interprétation philologique : « L'essence du monde grec antique, bien qu'elle s'offre à nous avec une simplicité apparente, comme une chose universellement connue, reste très difficilement compréhensible et presque inaccessible », écrit Nietzsche, le philologue helléniste, au paragraphe 195 d'Aurore.

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. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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