PASSAGES, architecture

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Le passage a vu le jour à Paris dans les toutes dernières années du xviiie siècle ; il a connu son efflorescence au début du xixe siècle, à Paris puis à Londres, et il s'est répandu par la suite dans la plupart des capitales européennes ainsi que dans les grandes villes de province. Sa naissance est encore mystérieuse car il semble ne pas avoir été à proprement parler inventé, ou du moins son invention s'est produite de façon obscure et n'a pas été immédiatement reconnue comme telle. Il a fallu beaucoup de temps pour qu'on voie en lui un phénomène architectural isolable, encore plus pour qu'on reconnaisse sa valeur esthétique, et c'est seulement dans les années 1970 qu'on a pris conscience que le type architectural « passage » avait peut-être été l'une des grandes innovations du xixe siècle. Il correspond à une rupture dans la conception de l'espace urbain et les différentes mutations concertées que celui-ci a connues au xxe siècle ont repris bien des aspects du programme implicite qu'élaborait le passage.

Il convient tout d'abord de lever une ambiguïté d'ordre lexicologique. Le terme en effet s'applique aussi bien aux passages couverts qu'aux passages non couverts. Il a été dit que les passages couverts n'étaient qu'un perfectionnement apporté aux passages ouverts, mais l'antériorité des seconds sur les premiers n'est pas nettement établie. Les passages ouverts tout comme les passages couverts sont un mode de pénétration particulièrement adéquat quand il s'agit d'infiltrer des îlots que recouvrent des constructions très denses. Les villes du Moyen Âge, enserrées par des fortifications qui ne laissent pas d'autre possibilité que de construire intra muros, ont favorisé la création d'un réseau de voies de communication très étroites qui mettaient à profit les rares espaces vacants. Au xviiie siècle, le développement d'une spéculation sur les parcelles de terrain a conduit à aménager des voies de communication dont la largeur est chichement mesurée parce qu'elles doivent permettre une exploitation optimale des parcelles. Au xixe siècle, certains passages ouverts résultent d'une opération spéculative de lotissement. Ce sont des voies privées ; le passage Saulnier (qui, de nos jours, a d'ailleurs pris le nom de rue) ou la cité Trévise à Paris, qui étaient fermés par des grilles, ont entre-temps été complètement intégrés au réseau viaire du quartier. D'autres passages abritent des ateliers d'artisans, et ils se sont constitués au moment où se créent dans la ville des zones dévolues à certaines fonctions et que s'amorce un regroupement par branches de l'artisanat. Les passages (également désignés comme « cours ») adjacents à la rue du faubourg Saint-Antoine offrent un bon exemple de passages où se concentre une branche de l'artisanat, en l'occurrence les fabricants de meubles. Du fait de la division croissante du travail et de la spécialisation des artisans qui en résulte, les ateliers ont été appelés à collaborer plus étroitement les uns avec les autres et le passage permettait la circulation interne requise par ce nouveau type d'organisation du travail. Ce ne sont pas des voies de transit reliant un quartier à l'autre, et ils sont bien davantage des replis de la ville, où fermentent d'ailleurs tout au long du xixe siècle les idées de révolte, comme en témoigne le rôle qu'ils ont joué dans tous les épisodes révolutionnaires.

Diversité et singularité du passage

Nous ne traiterons dans cet article que du passage couvert – qui reçoit parfois aussi le nom de galerie –, car le passage couvert ne dessert pas seulement d'une manière originale des bâtiments qui sans lui seraient d'un accès difficile ou impossible, il suscite, organise et oriente la circulation pédestre des citadins. Il attire, il est un véritable appel d'air et, preuve a contrario qu'il s'agit bien là de sa fonction spécifique, quand il cesse d'être attrayant, d'attirer la foule, il dépérit et il meurt. Pour reprendre les éléments de la définition que Johann Friedrich Geist a donnée du passage (Passagen, p. 12), le passage est une voie réservée aux piétons, qui relie deux rues animées ; il est bordé sur chacun de ses côtés de rangées de boutiques ; il est couvert d'un toit vitré qui lui assure un éclairage zénithal. Il peut comporter en étages d'autre [...]

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Pour citer l’article

Jean-François POIRIER, « PASSAGES, architecture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/passages-architecture/