PALÉOANTHROPOLOGIE ou PALÉONTOLOGIE HUMAINE

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Dès la plus haute antiquité, l'humanité s'est penchée sur ses origines, comme en témoignent les mythologies antiques, de l’Égypte à la Grèce, ou encore le monument mégalithique de Stonehenge (Wiltshire, Angleterre) édifié il y a près de 5 000 ans : tous ont tenté de tresser, entre les dieux et les hommes ou le ciel et la terre, un fil ininterrompu. La Bible elle-même, avec la Genèse, racontera la naissance de l’homme et, à partir de Noé dressera la « généalogie des nations ». Il était inévitable que l'homme, le seul organisme vivant sur terre ayant accédé à la conscience et à la liberté, s'interrogeât, après 3 millions d'années d'histoire, sur son origine, sa place dans la nature et son éventuelle raison d'être dans l'Univers.

Avant la découverte des premiers restes d’hommes fossiles, au début du xixe siècle, le lent cheminement des idées sur l’origine de l’homme suivait un cours capricieux et chaotique. Évoquées avec prudence par les libres penseurs, les naturalistes, les philosophes et les érudits, les conceptions novatrices qui s'opposent à la tradition biblique, demeurent purement spéculatives. Malgré une indéniable circulation des idées, les nombreuses observations des savants et naturalistes (celles de Michel Mercati et Buffon, d’Isaac de La Peyrère et de bien d’autres), n'ont manifestement pas été reliées entre elles. D’une certaine manière, aux xviie et xviiie siècles, toutes les choses importantes semblaient avoir déjà été dites, sans avoir, pour autant, été démontrées.

L'histoire de la paléoanthropologie ne débute réellement qu'au cours de la première moitié du xixe siècle, au moment où les idées en place vont peu à peu fusionner. La découverte des premiers restes d'hommes préhistoriques, dans les années 1820, mettra rapidement en jeu trois nouvelles conceptions : celle de l'histoire de la Terre, avec la notion de l'immensité des durées ; celle de la nature, avec l'avènement du transformisme s'opposant à la permanence des espèces et celle de la place de l'homme dans la nature, au voisinage immédiat des grands singes. La convergence de ces trois thèmes, qui connurent vers la fin du xixe siècle un formidable essor, constitue la trame même de l'histoire biologique de l'homme, dès lors indépendante du « sentiment de l'existence de quelque chose qui dépasse infiniment l'homme ». Ainsi, quelles que soient les préoccupations métaphysiques, l'homme est peu à peu perçu comme le produit d'une histoire.

Des pierres de foudre à l’archéologie préhistorique

La présence de l'homme fossile ne sera longtemps pressentie que par les traces de son activité, à commencer par l'existence de ces pierres que l’on croit tombées avec la foudre – d'où leur nom de « pierres de foudre » – et qui n'étaient autres que des haches polies ou des pointes de flèches en silex. Quand bien même l'on doit à des auteurs anonymes, dès le xvie siècle, les premières lueurs de vérité à leur sujet, à en croire Michel Mercati dans sa célèbre Metallotheca (1570, publiée en 1717), ce n'est qu'en 1723 qu'Antoine de Jussieu (1686-1758), devant l'Académie royale des sciences, identifia ces « pierres de foudre » comme des objets travaillés par analogie avec ceux des « sauvages » de l'Amérique. Cette idée fut reprise quelques années plus tard, en 1730, par Mahudel dans un mémoire lu devant l'Académie des inscriptions et belles-lettres. Mais ces hommes étaient en avance sur leur siècle, si bien que leurs conclusions, pourtant pleines de bon sens, n'ouvrirent aucune voie nouvelle. Vers la fin du xviiie siècle, l'Anglais John Frere présenta, devant la Société des antiquaires de Londres, des outils de pierre – de véritables bifaces du Paléolithique ancien – découverts pour la première fois dans un contexte stratigraphique. Enfouis dans des graviers, sous douze pieds de sables et d'argiles, dans une carrière localisée près de Hoxne dans le Suffolk, ces outils en silex « ...associés du reste à des ossements d'un animal éteint, étaient de toute évidence des armes de guerre, fabriquées et employées par un peuple qui n'utilisait pas les métaux ». Mais, à l'instar d'autres découvertes, comme celle de la caverne de Gaylenreuth en Franconie, où l'on mit au jour de nombreux ossements humains, le mémoire de Frere, publié en 1800, n'eut aucun écho jusqu'à ce que l'Anglais John Evans (1823-1908) le redécouvre quelque soixante ans plus tard. À vrai dire, au début du xixe siècle, nul n'était à même de comprendre l'immense portée de telles découvertes.

L'étude des temps « antéhistoriques » et la question de l'homme à l'état fossile marqueront un tournant dans la deuxième décennie du xixe siècle. Ces préoccupations, qui cédaient à l'air du temps, chemineront alors parallèlement à la mode de la celtomanie, qui connaissait un engouement croissant en cette époque romantique naissante. C'est à la ténacité d'une poignée de naturalistes que l'on devra le déchiffrement d'une histoire de l'homme dont on soupçonnera peu à peu qu'elle a dû précéder la dernière grande catastrophe universelle, le déluge biblique.

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Pour citer l’article

Herbert THOMAS, « PALÉOANTHROPOLOGIE ou PALÉONTOLOGIE HUMAINE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/paleoanthropologie-paleontologie-humaine/