ATAPUERCA, site préhistorique

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Les gisements du complexe d'Atapuerca en Espagne ont acquis une renommée mondiale à la suite des découvertes qui y ont été faites à partir de 1980. Ces sites ont apporté des informations d'une importance exceptionnelle sur les premiers peuplements de l'Europe et sur l'origine des Néandertaliens. La sierra de Atapuerca est un massif calcaire qui s'élève à 1 080 m d'altitude au nord-est de Burgos. Elle comporte un important système de cavités karstiques qui se sont ouvertes vers l'extérieur à la fin du Pléistocène inférieur, il y a un peu moins d'un million d'années, donnant naissance à toute une série de grottes. Celles-ci sont remplies par des sédiments recelant faune et industries paléolithiques. Une tranchée creusée pour le passage d'une voie ferrée a mis au jour une partie de ces sites, dont certains ont été exploités de longue date par des amateurs à la recherche de dents d'ours fossiles. En 1980, la fouille systématique de trois sites a été entreprise : Gran Dolina, Galeria et Cochava de los Zarpazos. En 1985, un autre site a commencé à être étudié : La Sima de los Huesos d'Ibeas. Deux sites surtout ont attiré l'attention du grand public et de la communauté scientifique : Gran Dolina et Sima de los Huesos.

La Sima de los Huesos est une étroite cheminée verticale de 13 mètres située dans les profondeurs du karst d'Atapuerca. Il faut, pour l'atteindre, parcourir un demi-kilomètre sous terre. Toutefois, à l'époque de son remplissage, un accès beaucoup plus proche existait. À sa partie inférieure, cette cheminée est prolongée par un tunnel en pente d'environ 15 mètres de longueur. Ce gisement de taille modeste est mondialement connu car un des niveaux de son remplissage est composé d'un sédiment très fin qui recèle une grande quantité d'ossements humains fossiles. Ces restes sont fragmentés mais dans un état de conservation exceptionnel. Les campagnes de fouilles successives, menées par Juan Luis Arsuaga de l'université Complutense de Madrid et Jose Maria Bermudez de Castro du musée d'Histoire naturelle de Madrid, ont révélé que les fragments humains recueillis se complétaient et appartenaient à une trentaine d'individus. Un crâne complet comportant sa mandibule a pu être reconstitué (SH 5), ce qui est unique pour des fossiles du Pléistocène moyen. De très nombreux os du tronc et des membres sont conservés. Diverses techniques de datations ont été mises en œuvre dans le site qui indiquent un âge un peu supérieur à 300 000 ans pour ces fossiles. Compte tenu de la présence d'Ursus deningeri en association avec un lion fossile et des conditions de dépôt qui indiquent un climat chaud et pluvieux, les hommes de Sima de los Huesos pourraient appartenir au stade isotopique 11, un interglaciaire daté entre 420 000 et 365 000 ans B.P. Les corps semblent avoir subi un faible transport après leur chute dans la cheminée. Selon les fouilleurs du site, ils auraient pu être intentionnellement jetés après leur mort. D'autres évoquent un épisode catastrophique qui aurait anéanti un groupe essentiellement composé de jeunes adultes. La série de Simas de los Huesos présente un intérêt considérable. Elle a permis de confirmer l'enracinement très ancien des populations néandertaliennes en Europe, puisque les individus recueillis portent déjà un certain nombre de traits caractéristiques de ces hommes. Ils en constituent une forme ancienne et encore primitive. Un autre intérêt de cette découverte est qu'elle nous donne pour la première fois accès à la variation individuelle des caractères au sein d'une population du Pléistocène moyen.

Gran Dolina comporte un très épais remplissage (20 m) qui apparaît dans les calcaires du flanc de la tranchée de chemin de fer. Il correspond à une période de temps allant d'environ 1 million d'années à 100 000 ans B.P. 11 niveaux principaux y ont été identifiés numérotés de TD1 à TD11. Les pollens et les restes de faunes recueillis rendent compte des importantes fluctuations climatiques qui ont affecté la fin du Pléistocène inférieur et le Pléistocène moyen. Les phases initiales du dépôt témoignent de phases climatiques froides durant lesquelles la cavité était encore totalement fermée. Toutefois dès le niveau TD4, des outils de pierre attestent la présence de l'homme. [...]

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Écrit par :

  • : ancien membre de l'École française d'archéologie d'Athènes, docteur ès lettres, professeur de civilisation grecque à l'université de Paris-IV-Sorbonne

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Pour citer l’article

Jean-Jacques HUBLIN, « ATAPUERCA, site préhistorique », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 11 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/atapuerca-site-prehistorique/