NÉOLITHIQUE

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Les domestications

Le changement de mode de vie engendré par le passage d'une économie d'acquisition de subsistance naturelle à une économie de production d'espèces végétales cultivées et animales domestiquées a été considéré comme le progrès décisif du Néolithique. Il libérait l'homme de sa soumission à la nature, les communautés pouvaient se fixer, modifier leur environnement, croître et multiplier en créant les conditions favorables à d'autres innovations : architecture, exploitation sélective des meilleures ressources minérales, productions lithiques spécialisées, céramique, tissage, vannerie, autant d'activités enrichissantes, de nature à alimenter des réseaux d'échanges ou à modifier les rapports sociaux. Pour l'anthropologue évolutionniste Lewis Morgan (Ancient Society, 1877), l'homme du Néolithique sort de « la sauvagerie » pour entrer dans « la barbarie », stade qui précède et prépare l'émergence de « la civilisation ». Les technologies permettant l'accumulation de biens durables à consommation différée et la création de surplus pour parer aux aléas, bref le stockage et la gestion prévisionnelle de la consommation alimentaire sont des facteurs nécessaires à la transformation économique. Cette nouvelle économie à rendement différé en opposition à l'économie à rendement immédiat (chasse, cueillette itinérante) n'est pas obligatoirement le propre du Néolithique, elle peut être basée sur l'abondance localisée de ressources naturelles (cueillette intensive, ressources aquatiques), toutefois lorsqu'elle concerne des espèces domestiques elle confère aux sociétés néolithiques une incontestable faculté d'expansion qui fonde leur supériorité. La régulation entre population et milieu ne se pose plus en termes d'adaptation mais en termes de contrôle de la société sur elle-même. Les modes de représentation sociale et les idéologies sont repensées. La propriété, les inégalités deviennent possibles imposant de nouvelles règles de comportement et de nouvelles valeurs spirituelles qui confèrent la primauté au culturel sur le naturel ; ainsi la domestication des ressources va de pair avec une domestication de l'homme lui-même.

S'il ne fait guère de doute que le Proche-Orient a été le berceau d'une série de domestications qui ont ensuite été propagées hors du Croissant fertile, la conception déterministe de « révolution néolithique » proposée par Gordon Childe (1930), impliquant une adaptation rapide de l'homme à des conditions écologiques particulières, puis sa diffusion à grande échelle, a été révisée. Le Néolithique est en fait le résultat d'un long processus mettant en jeu de nombreux facteurs dont les interactions furent multiples, le caractère graduel et complexe de ce phénomène est bien exprimé dans la notion de « néolithisation » qui prévaut aujourd'hui. Il faut cependant préciser que la néolithisation a un sens différent selon que l'on se trouve dans des zones où les proto-néolithiques ont mis en œuvre des domestications ou bien dans des zones secondaires, où les espèces cultivées et domestiques ont été introduites ou adoptées, en tout cas acclimatées. Plusieurs aires de domestication ont été identifiées révélant le caractère polygénique de la néolithisation et la diversité des mécanismes conduisant aux cultures néolithiques.

Le Proche-Orient, notamment le Levant, est l'aire où la néolithisation est la mieux connue. Une économie à large spectre, le stockage et les techniques de traitement des substances amylacées contenues dans les plantes permettent le regroupement et la sédentarisation dès le Natoufien (12 000-10 000 av. J.-C.). Une mutation dans l'art et dans l'idéologie a été identifiée dès le Xe millénaire par Jacques Cauvin. Les manipulations des légumineuses (lentilles, pois) et des céréales (blé amidonnier, orge) sont effectives vers 9000 av. J.-C. ; la domestication des chèvres débute vers 8000 av. J.-C. et se poursuit par celle des moutons, bovins, porcs pour aboutir à une économie mixte de production au Néolithique pré-céramique B. Le cortège des plantes cultivées s'est enrichi (engrain, lin, seigle, pois chiche) et l'expansion a commencé en direction de l'Anatolie, de Chypre, de la Mésopotamie, de l'Iran. La généralisation de la céramique vers — 7000 semble un phénomène secondaire.

En Chine du Sud, on constate que la domestication du porc et la céramique sont présentes avant toute agriculture. Dans le nord du pays, le Henan et le Hebei apparaissent comme l'aire de domestication du millet et du panic, qui sont mis en culture au VIe millénaire et associés à des restes de poulets et de porcs domestiques dans les horizons du pré-Yangshao. Sur la côte, dans la baie d'Hangzhou, se trouve l'un des centres les plus anciens de domestication du riz (type indica), qui était cultivé au début du Ve millénaire à Hemudu où l'on a retrouvé aussi des restes de porcs et de buffles domestiques.

En Asie du Sud-Est, la néolithisation est basée sur l'horticulture, entretien de plantes à tubercules (ignames, taros), à moelle (sagoutier, canne à sucre), ou à fruits (bananiers). Ces pratiques semblent très anciennes (marais de Kuk en Nouvelle-Guinée vers — 7000). Elles supposent des techniques de traitement parfois complexes pour éliminer des toxines ou extraire les fécules comestibles. Le cochon domestique a été introduit dans les îles asiatiques vers — 4000, où il est parfois redevenu sauvage.

Pour l'Afrique, on manque de données sur la néolithisation de la Basse-Égypte. D'importants groupes de pêcheurs-cueilleurs, concentrés autour de la dépression lacustre du Fayoum, ont manipulé des plantes (souchet, scirpe) et des animaux mais le vrai démarrage de l'économie de production intervient au VIe millénaire, en liaison avec le transfert d'espèces domestiques du Proche-Orient. La zone soudano-saharienne a été un foyer de domestication des graminées, telles que l'éleusine ou le sorgho, entre le Ve et le IVe millénaire. L'élevage des bovins et des caprinés, attesté en Afrique du Nord à partir du Ve millénaire, s'est fortement développé dans le Sahara au IVe millénaire avant d'être repoussé plus au sud par la désertification.

En Amérique, un processus de néolithisation s'est aussi développé en plusieurs points. Au Mexique, l'horticulture débute vers 5000 av. J.-C. (tomates, avocat, courges et premier maïs manipulés). Au Pérou, des chasseurs commencent à mettre en culture des haricots et des courges vers 7000 av. J.-C. puis domestiquent les camélidés entre 6000 et 400 [...]

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Sépulture du Néolithique ancien, Buthiers-Boulancourt (Seine-et-Marne)

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Tombe mégalithique, Morbihan

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Jean VAQUER, « NÉOLITHIQUE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/neolithique/