DOMESTICATION

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Alors qu'ils s'entichent d'animaux de compagnie et de plantes ornementales, les citadins ont aujourd'hui presque tout oublié de la culture rurale de leurs ancêtres. Il en résulte une grande méconnaissance de la faune et de la flore en général, domestiques en particulier, les « animaux domestiques » étant confondus avec les « animaux de compagnie ». Cela entraîne aussi un rejet diffus et implicite de la domestication, perçue de manière réductrice comme une appropriation et une exploitation illégitimes d'autres êtres vivants par l'homme. C'est oublier que l'apparition de la domestication des plantes et des animaux au Néolithique a marqué, dans l'histoire de l'humanité, un tournant décisif, sur les plans économique, social et culturel. Aujourd'hui, c'est encore grâce à la domestication et à ses prolongements agronomiques et zootechniques que peuvent, tant bien que mal, continuer à se nourrir quelque six milliards d'êtres humains, soit deux cents fois plus qu'au temps des premières domestications. Loin d'être anodine, cette méprise est une manifestation du recul actuel de la culture scientifique et la source d'un nouvel obscurantisme.

Les disciplines classiques de l'étude de la domestication – la zootechnie, l'agronomie et l'archéologie – ne sont pas sans responsabilité dans ces égarements car, en se focalisant sur les animaux et les plantes domestiques les mieux caractérisés, ainsi que sur les processus de domestication les mieux situés dans le temps et dans l'espace, elles ont négligé des questions périphériques pourtant riches d'enseignements comme celles des domestications abandonnées, des retours à la vie sauvage (marronnages), des domestications récentes, des disparitions de races d'animaux domestiques, etc. Toutes montrent que la domestication ne va jamais de soi, qu'elle n'est jamais définitivement acquise, pas plus qu'elle n'est évitable, malgré le cortège de problèmes qu'elle suscite.

Quelques définitions

La domestication (du latin domus, « maison ») est l'action que l'homme exerce sur des animaux ou des végétaux, ne serait-ce qu'en les élevant ou en les cultivant. En se les appropriant et en les utilisant pour son agrément ou la satisfaction de ses besoins, l'homme les transforme. Ce principe général se traduit, dans la réalité, par des pratiques et des résultats très divers, parfois surprenants.

L'action de domestication est d'abord dictée par les exigences fondamentales que l'homme doit satisfaire pour que les animaux ou les végétaux qu'il convoite ou détient survivent à la fois en tant qu'individus et en tant qu'espèces. Ces exigences sont : la protection (contre les prédateurs, les intempéries...), l'alimentation et la reproduction, à quoi s'ajoute, pour les animaux, la familiarisation avec l'homme. C'est à l'intensité de l'intervention humaine dans chacun de ces domaines que l'on peut apprécier le degré de domestication, le stade le plus avancé étant atteint quand aucune de ces fonctions ne peut être satisfaite sans l'entremise humaine (J. Barrau, 1978). Selon ces critères, le plus domestique des animaux est un papillon : le bombyx du mûrier. La reproduction de cet animal et l'alimentation de sa chenille, le « ver à soie », s'effectuent en effet dans des conditions entièrement artificielles ; il suffirait que les hommes décident de se passer de la soie naturelle pour que l'espèce Bombyx mori disparaisse irrémédiablement.

La plupart des animaux réputés domestiques répondent à la définition classique de R. Thévenin (1960) : « Un animal domestique [est] celui qui, élevé de génération en génération sous la surveillance de l'homme, a évolué de façon à constituer une espèce, ou pour le moins une race, différente de la forme sauvage primitive dont il est issu. » L'homme a ainsi obtenu le bœuf à partir de l'aurochs, le chien à partir du loup, le mouton à partir du mouflon, le porc à partir du sanglier, etc. Toutefois, les espèces domestiques et les espèces souches correspondantes restent souvent interfécondes. C'est le cas, par exemple, entre le chien (Canis familiaris) et le loup (Canis lupus) ou encore entre le porc (Sus domesticus) et le sanglier (Sus scrofa).

Cette définition est cependant très loin de couvrir toutes les situations. En effet, dans certains cas, la domestication a entraîné des transformations relativement importantes (de taille, de pelage... comme chez les lapins), mais les animaux concernés ne forment pas une espèce distincte de l'espèce souche. Ainsi, le lapin de clapier relève du même taxon (Oryctolagus cuniculus) que le lapin de garenne. Dans d'autres cas, au contraire, les sujets domestiques et sauvages appartenant à la même espèce diffèrent très peu : c'est notamment le cas pour le renne (Rangifer tarandus, domestiqué en Eurasie mais pas en Amérique où il est appelé caribou), le chameau à deux bosses (Camelus bactrianus), l'éléphant d'Asie (Elephas maximus), l'autruche (Struthio camelus) ou la pintade (Numida meleagris). Il est donc inexact de parler, comme font les droits français (Code rural) et international (convention de Washington, 1973), d'espèces sauvages et d'espèces domestiques distinctes, ces dernières ne représentant en réalité qu'une minorité des espèces concernées par la domestication. La frontière sauvage/domestique ne passe donc pas entre des espèces, mais à l'intérieur des espèces, du moins de celles qui comportent des sujets sauvages et des sujets domestiques, dans des proportions variables selon les lieux et les époques.

Si l'on opte pour une définition plus globale de la domestication – action que l'homme exerce sur des animaux, ne serait-ce qu'en les élevant –, on découvre vite qu'une telle action a touché, d'une manière ou d'une autre, des animaux de plus de deux cents espèces, de l'huître au chien, en passant par le bombyx, la carpe et de multiples oiseaux et mammifères.

Bien qu'à un degré moindre, les végétaux appellent les mêmes définitions assorties des mêmes commentaires. Action que des humains exercent sur des plantes, ne serait-ce qu'en les cultivant, la domestication transforme les espèces végétales concernées : les graminées sauvages en céréales, les légumineuses sauvages en fèves et en lentilles, etc. Même chez les végétaux, il existe de nombreuses formes intermédiaires entre les plantes sauvages et les plantes cultivées dont plus de quatre cents espèces ont été recensées (N. Vavilov, 1950 ; J.-R. Harlan, 1975).

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Domestication : berceaux des premières plantes

Domestication : berceaux des premières plantes
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Domestication des animaux : les espèces réputées domestiques

Domestication des animaux : les espèces réputées domestiques
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Domestication des animaux : datation

Domestication des animaux : datation
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Jean-Pierre DIGARD, « DOMESTICATION », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 08 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/domestication/