PALÉOLITHIQUE

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Le Paléolithique (« la pierre ancienne ») est la période au cours de laquelle l'espèce humaine s'est transformée physiquement, passant du stade de l'Australopithèque à celui de l'Homo sapiens moderne. Cette transformation paléontologique s'est accompagnée d'une mutation technologique, sociale et psychologique. Elle a duré un temps considérable, débutant il y a environ 3 millions d'années, époque où l'on situe la création de l'outil, pour s'achever avec la fin de l'époque glaciaire, 8 000 ou 9 000 ans avant notre ère. Durant cette période, on est passé du stade de la créature pourchassant de petits animaux, armée d'un caillou taillé ou d'un bâton, à l'homme qui vit en groupe organisé dans les grottes et les abris de façon permanente, pratiquant pêche et cueillette, avec des procédés perfectionnés, parfois ensevelissant ses morts, et, dans la région franco-cantabrique, ornant les parois des lieux qu'il habite ou fréquente (art pariétal ou rupestre) et les armes et outils qu'il utilise (art mobilier). Cette transformation, sur une durée équivalant à 98 p. 100 de la vie de l'humanité, est l'événement marquant du Paléolithique.

À partir de la première moitié du xixe siècle s'est imposée la notion de l'hominisation paléontologique et préhistorique, à la fois grâce aux travaux de Jacques Boucher de Perthes qui établit, par ses découvertes dans la vallée de la Somme, la contemporanéité de l'homme avec les espèces disparues, et par ceux de Darwin qui, dans L'Origine des espèces, montra que la transformation évolutive de l'espèce humaine est un des aspects de l'évolution générale des espèces vivantes. Dès 1836, Christian Jürgensen Thommsen, en classant les objets du musée national des Antiquités à Copenhague, avait distingué les âges de la pierre, du bronze et du fer, en succession chronologique. Les découvertes ultérieures n'ont pas démenti cette classification dans ses grandes lignes. En 1865, John Lubbock divisa l'âge de la pierre sensu lato en âge de la pierre taillée ou pierre ancienne (Paléolithique) et en âge de la pierre polie ou pierre nouvelle (Néolithique). Dans la seconde moitié du xixe siècle, géologues et préhistoriens de l'Europe de l'Ouest subdivisèrent le Paléolithique en étages : Paléolithique inférieur, moyen et supérieur.

Cette classification s'appuie sur des critères technologiques, géologiques et socio-économiques. D'une part, l'homme fossile a fabriqué des outils et des armes en taillant des pierres dures, principalement le silex, mais aussi le jaspe, l'obsidienne, le quartz, le quartzite, le grès lustré, les roches éruptives, et même les bois et tufs silicifiés, en utilisant des techniques qui évoluent au cours du temps. D'autre part, l'homme paléolithique a vécu dans un monde profondément différent du monde actuel ; il a affronté un environnement constamment affecté par des changements de climat, dont les répercussions ont transformé faune et flore, durant le Pléistocène, première partie du Quaternaire. Enfin, l'homme paléolithique récolte sa nourriture (food-collecting stage) ; il n'en est pas le producteur (food-producing stage) comme le sera son successeur du Néolithique.

La très longue durée des temps paléolithiques pose le problème de l'établissement d'une chronologie. Jusqu'en 1949, seule est utilisée la méthode de chronologie relative. Développement et perfectionnement de la méthode de Boucher de Perthes, elle allie la méthode archéologique et la méthode géologique : mise en corrélation des outils de pierre et d'os et de la faune, d'après leur position stratigraphique dans des niveaux géologiques superposés. Après 1949, lorsque Willard F. Libby met au point la technique de la méthode de datation par le carbone 14, les méthodes de chronologie absolue, physiques et chimiques, transforment la notion de la très grande antiquité de l'homme en en reculant constamment la limite dans le passé.

La méthode archéologique a abandonné la notion du fossile directeur, outil caractéristique d'une période ou d'une fraction de période, pour passer d'abord à la notion d'industrie, ensemble des objets trouvés dans un niveau déterminé, puis à celle de la validité statistique de la fréquence des outils de pierre, seuls objets de conservation totale.

Que l'on adopte l'hypothèse selon laquelle l'homme paléolithique a été dominé par le milieu naturel, ses différentes cultures n'étant que des réponses automatiques et conditionnées aux impératifs de l'environnement, ou que, par le biais des traditions, on interprète ces cultures comme des réponses variées et contrôlées à des nécessités extérieures contraignantes, mais non absolues, l'étude de ce milieu naturel est une exigence particulière pour la connaissance du Paléolithique. Il joue dans le déroulement de ce dernier un rôle exceptionnel, car il a changé plusieurs fois et fortement. Pour les latitudes élevées, les pays tempérés actuels, les changements de l'environnement sont commandés par les alternances des phases glaciaires et interglaciaires : en Europe, les glaciations de Günz, Mindel, Riss et Würm. Pour les latitudes plus basses, en dehors des zones équatoriales, les changements sont déterminés par les alternances de phases pluviales et de phases sèches : en Afrique, on distingue les phases pluviales du Kaguérien, du Kamasien et du Gamblien. L'étude du Paléolithique est donc intimement associée à celle de la géologie du Quaternaire. Le Paléolithique ne coïncide pas exactement avec l'ère quaternaire que les géologues divisent en Pléistocène, période des faunes fossiles, et Holocène, période des faunes actuelles. L'Holocène lui est postérieur (Mésolithique et Néolithique). Le début du Pléistocène (Villafranchien inférieur et moyen) lui serait antérieur, puisque les plus anciennes cultures humaines (couches à Australopithèque d'Oldoway) sont rapportées au Villafranchien supérieur et datées d'environ 2 millions d'années. Mais la détermination du début du Paléolithique pose un problème sans cesse renouvelé, car la date d'apparition des premiers outils est constamment reculée en fonction de découvertes nouvelles.

La durée des temps paléolithiques entraîne la rareté des documents conservés, surtout pour les périodes les plus anciennes. Les objets en matière périssable, notamment en cuir et en bois, ont été détruits, à part quelques exceptions curieusement conservées dans des sites du Paléolithique inférieur : épieu en bois de Clacton-on-Sea (Angleterre), épieux en bois de l'Acheuléen de Torralba (Espagne), objets d'écorce et de bois (peut-être des récipients, des bâtons à fouir et des pointes d'épieux) dans le site acheuléen de Kalambo Falls (Zambie). L' [...]

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Denise de SONNEVILLE-BORDES, « PALÉOLITHIQUE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/paleolithique/