ÉGÉEN MONDE

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Les étapes de l'archéologie égéenne

Ce que l'on nomme actuellement monde égéen a longtemps été appelé monde préhellénique. L'historien grec Thucydide dénombre bien parmi les participants à la guerre de Troie chantée par Homère une peuplade d'Hellènes, mais tout ce qui précède le début du IIe millénaire fut longtemps considéré comme barbare, et ce qui en est dit par Homère comme l'œuvre de l'imagination du poète. C'est au xixe siècle que les fondements archéologiques de l'épopée homérique sont établis ; le mérite en revient plus particulièrement à un savant allemand autodidacte, Heinrich Schliemann, qui, guidé par une foi absolue dans la véracité des récits épiques, retrouva ou crut retrouver les traces des héros d'Homère. À la recherche du manoir d'Ulysse, il visita l'île d'Ithaque, puis l'extrémité nord-ouest de l'Anatolie, pour redécouvrir la Troie de Priam qu'il identifia sans contestation possible avec la butte d'Hissarlik ; il visita également la Grèce continentale pour y reconstituer l'empire d'Agamemnon, Mycènes et Tirynthe en Argolide, Orchomène en Béotie ; il eut même le projet de fouiller en Crète le palais du roi Minos. Si Schliemann s'imagina avoir découvert le fabuleux trésor de Priam sous les murs écroulés de Troie et s'il crut que les tombes qu'il avait mises au jour, à Mycènes, étaient les riches sépultures d'Agamemnon, le héros de la guerre de Troie, et des membres de sa famille, c'est moins par passion aveugle pour les récits homériques que par manque de points de repère ; l'archéologie égéenne naissait avec lui et n'avait pas encore établi sa chronologie.

Mycènes

Dessin : Mycènes

Vue restituée du cercle de tombes découvert par Schliemann à Mycènes, XVIIe-XVIe siècle av. J.-C. (d'après P. Demargne, « Naissance de l'art grec », Paris, 1964) 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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C'est à l'Anglais Evans qu'est dû le premier essai de chronologie : pour la Crète, il distingue une époque néolithique suivie par l'époque du bronze qu'il divise en trois grandes phases : le minoen ancien, le minoen moyen et le minoen récent. C'est d'après cette division simple, qui, si elle ne cadre pas toujours parfaitement avec la réalité archéologique, a du moins le mérite de la clarté, que s'élabore le système chronologique où les archéologues enferment l'évolution de la culture continentale (helladique ancien, helladique moyen, helladique récent parfois désigné sous le terme de mycénien) et celle de la culture cycladique (cycladique ancien, cycladique moyen, cycladique récent). Les recherches en effet ne se limitent pas à la Crète mais s'étendent à la fois dans l'espace et dans le temps : c'est ainsi que, au moment même des fouilles de Knossos, l'archéologue grec Tsountas explore dans les Cyclades une civilisation pour une grande part originale et en Thessalie les sites néolithiques de Sesklo et de Dimini.

Monde égéen : la chronologie

Tableau : Monde égéen : la chronologie

Tableau de la chronologie égéenne (6500-1100 av. J.-C.). 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Dimini (Thessalie)

Dessin : Dimini (Thessalie)

Plan du village néolithique de Dimini (Thessalie), IVe millénaire (d'après F. Matz, « La Crète et la Grèce primitive », Paris, 1962) 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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L'archéologie s'est ensuite efforcée d'étendre et de préciser les connaissances acquises sans grande méthode. En 1932, une expédition américaine reprend la fouille de Troie avec des procédés modernes ; les buttes témoins laissées par Schliemann sont exhaustivement analysées et révèlent que le site est passé par neuf phases distinctes correspondant chacune à une ville nouvelle et que son existence s'étend sur plusieurs millénaires. Une chronologie comparée est mise au point qui donne au « trésor de Priam » sa véritable date, la fin du IIIe millénaire.

Pour l'ensemble du monde égéen, le progrès des connaissances est à noter dans tous les domaines. L'exploration systématique des sites néolithiques de Thessalie révèle, à partir de 1956, l'existence d'une phase ancienne sans industrie céramique (néolithique « acéramique »), qui se rencontre aussi dans plusieurs sites du Proche-Orient. La connaissance de la culture de l'helladique ancien est complétée par la fouille américaine de Lerne dans le Péloponnèse, où est retrouvé le seul édifice qui par ses dimensions puisse s'apparenter à un palais vers la fin du IIIe millénaire. Mais c'est sans aucun doute dans le domaine des recherches créto-mycéniennes que sont faites les découvertes les plus spectaculaires en ce qui concerne tant l'archéologie que la philologie.

Lerne, Péloponnèse

Dessin : Lerne, Péloponnèse

Plan du site de Lerne, Péloponnèse (d'après E. Vermeule, « Greece in the Bronze Age », Chicago, 1964) 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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C'est tout d'abord, en 1951, la mise au jour à Mycènes, en dehors de la citadelle, d'un deuxième ensemble de tombes royales, un peu plus anciennes et moins riches que celles fouillées par Schliemann ; le perfectionnement des méthodes de fouille permet d'obtenir sur l'architecture des tombes et sur les coutumes funéraires de l'époque (xviie et xvie s. av. J.-C.) de précieux renseignements que Schliemann avait omis de recueillir. L'année suivante, l'Américain Blegen reprend en Messénie, dans le sud-ouest du Péloponnèse, le dégagement, commencé dès 1939 mais interrompu par la Seconde Guerre mondiale, d'un palais mycénien dont le plan est intégralement conservé. La découverte de salles d'archives remplies de tablettes inscrites, semblables à celles qu'Evans avait trouvées au palais de Knossos, permet, en 1953, à l'architecte anglais Ventris de déchiffrer l'écriture inconnue. Il est alors admis, par ceux du moins qui acceptent la validité du déchiffrement, que les Mycéniens écrivaient et parlaient une forme archaïque du grec.

Les années soixante ont apporté surtout la promesse de fouilles fructueuses mais difficiles : à Thèbes, en Béotie, dans le palais mycénien élevé sur la Kadmée, qui a livré en 1963 un dépôt de cylindres orientaux, des ivoires et des fragments de tablettes en linéaire B ; à Iolkos, en Thessalie, où est repéré un autre palais mycénien ; dans l'île de Santorin, où des sondages permettent de retrouver les vestiges d'une ville détruite vers 1500 avant J.-C. Mais les deux palais sont recouverts par des constructions modernes et toute fouille exhaustive est impossible pour le moment ; quant à la ville cycladique, elle était enfouie sous plusieurs mètres de cendre volcanique. Les mêmes difficultés n'existent pas en Crète, où l'on a dégagé un palais minoen, assez semblable aux palais déjà connus de Knossos, Phaistos et Mallia, bien que de dimensions plus réduites.

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Mycènes

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  • : maître de conférences d'archéologie du Proche-Orient à l'université de Lyon-II

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Pour citer l’article

Olivier PELON, « ÉGÉEN MONDE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 30 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/monde-egeen/