JEUNESSE LITTÉRATURE POUR LA

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Les mondes graphiques

L'esthétique dominante du Père Castor a alors été contestée par l'arrivée des illustrateurs italiens et anglais de Delpire et de l'École des loisirs, et surtout par les albums de Tomi Ungerer, seul illustrateur français à avoir obtenu en 1998 le prix Hans Christian Andersen, sorte de prix Nobel de la littérature de jeunesse que le romancier René Guillot reçut lui aussi en 1964. Plus radicale, la contestation de François Ruy-Vidal, dans une aventure éditoriale commencée en 1966, s'appuyait sur l'avant-garde des graphistes new-yorkais et sur une récusation de la spécificité de la littérature de jeunesse au nom de l'originalité de l'acte créateur : faisant illustrer en 1971 par Claude Lapointe Pierre L'ébouriffé du docteur Hoffman, rééditant en 2003 Au pied de la lettre de Jérôme Peignot dans les éditions Des Lires, François Ruy-Vidal a bouleversé l'album moderne. Héritière d'un long passé, l'illustration constitue, en effet, un véritable défi et permet l'affirmation de remarquables personnalités d'artistes : les collections, comme Grasset Monsieur le Chat lancée en 1983 par Étienne Delessert, La Barbe bleue traité dans l'esprit d'une rare élégance par Jean Claverie chez Albin Michel en 1993, ou encore les deux albums d'Alain Gauthier sur des textes d'Anne Ikhlef parus au Seuil, Mon Chaperon rouge (1998) et Ma peau d'Âne (2002), enfin les contes illustrés par Éric Battut chez divers éditeurs ou La Belle et la Bête de Nicole Claveloux (Être, 2001) sont d'authentiques œuvres d'art qui contribuent à former la sensibilité esthétique des lecteurs. Comment résister à la palette de Nathalie Novi, lorsqu'elle donne forme à l'imagination de Jean-Claude Mourlevat dans Sous le grand banian (Rue du Monde, 2005) ? En dehors des collections, on remarque aussi l'approche naïve de Jacqueline Duhème illustrant en 1978 les Petits Contes nègres pour les enfants des Blancs de Blaise Cendrars mais aussi, en 1968, Tistou les pouces verts de Maurice Druon. George Lemoine illustre pour sa part les œuvres d'Andersen, Wilde, Marguerite Yourcenar, Le Clézio, Tournier, sans oublier Paris poésie de Rolande Causse, Un foulard dans la nuit de Mila. Les Contes du chat perché de Marcel Aymé (1934-1969) reçoit les images de Nathalie Parrain, Philippe Dumas, Roland Sabatier. S'adressant à des « enfants âgés de quatre à soixante-quinze ans », l'auteur ranime la tradition des animaux parlants que Benjamin Rabier cultivait depuis L'Esprit à quatre pattes (1905) et crée les personnages de deux petites filles, images de la naïveté mythique de l'enfance. Plus débridée est l'approche d'Alain Le Foll exprimant le merveilleux allégorique de C'est le bouquet de Claude Roy, ou la vision des Larmes de crocodile d'André François, albums publiés par Delpire en 1964 et 1967.

Cet éditeur traduit et publie aussi en 1967 Max et les Maximonstres de Maurice Sendak, un livre qui ouvre une ère nouvelle dans le domaine de l'album et suscite un débat sur les plaisirs de la peur dans le livre pour enfants. De son côté, Pef se livre aux torsions du texte et de l'image dans La Belle Lisse Poire du prince de Motordu (1980), assurant la jubilation des lecteurs encore plongés par l'apprentissage de la lecture. De véritables mondes imaginaires sont créés, rivalisant avec ceux des Moumine de Tove Jannson, comme celui, immense, de Claude Ponti, et pour les plus grands lecteurs, celui de François Place avec L'Atlas des géographes d'Orbae (1996-2000). Un japonisme délicat éclaire les albums de Michelle Nikly.

Max et les maximonstres, M. Sendak

Photographie : Max et les maximonstres, M. Sendak

Couverture de l'album de Maurice Sendak «Max et les maximonstres» (1963). 

Crédits : D.R./ Editions L'Ecole des Loisirs

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Dans une autre perspective, les progrès techniques dans l'impression et la découpe des plastiques, la qualité des images obtenues par la palette graphique amènent une transformation du livre-objet qui va jouer sur les formats et les couleurs. Ainsi la collection Tête de lard de Thierry Magnier de 1998, petits carrés cartonnés de 12 × 12 centimètres, semble stimuler avec plus d'humour le goût du jeu du jeune lecteur par l'adéquation des contenus avec la forme de leur message. Le lecteur peut aussi être [...]

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Michel Tournier

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Les Misérables, V. Hugo

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  • : professeur émérite de l'université de Paris-XIII, président fondateur de l'Institut international Charles-Perrault

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Pour citer l’article

Jean PERROT, « JEUNESSE LITTÉRATURE POUR LA », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 21 avril 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/litterature-pour-la-jeunesse/