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SENDAK MAURICE (1928-2012)

Né en 1928 à Brooklyn, fils d'émigrés juifs polonais, Sendak hérite d'une double culture : son père, conteur inspiré, lui transmet le patrimoine oral d'Europe de l'Est tandis que Mickey, Little Nemo, les films populaires, la ville de New York imprègnent pêle-mêle son imaginaire. Il commence une carrière d'illustrateur de textes pour enfants dans les années 1950, mais c'est en 1960 qu'il affirme un style graphique redevable aux écoles d'illustration victoriennes mais cependant très personnel. Son itinéraire part du noir et blanc à peine soutenu parfois par de la couleur et aboutit à une esthétique très picturale.

La série de Petit-Ours (5 vol., 1957) appartient au cycle victorien par la technique (dessin à la plume, imitant la taille-douce) et l'inspiration. Le personnage enfantin de Petit-Ours, à la forme douce et attendrissante, évolue dans un contexte du xixe siècle où vêtements et objets appartiennent au passé ; seul le message psychologique est d'actualité : la fusion affective de l'ourson avec les siens.

<it>Max et les maximonstres</it>, M. Sendak

Max et les maximonstres, M. Sendak

En 1960 apparaît Rosie, la gosse de Brooklyn, petite fille énergique qui impose son ascendant aux enfants du quartier par son imagination. Déjà émerge dans cet album la fonction ludique, décapante : le trait vigoureux, sans fioritures, souligne la vitalité des protagonistes totalement impliqués dans leurs activités. En indiquant que « les enfants ont besoin d'évoquer certains jeux afin de combattre une réalité redoutable pour eux : leur vulnérabilité à la peur, à la colère, à la haine, à la frustration... », Sendak livre une clé de son imaginaire qui surgit avec force dans Max et les Maximonstres (1963). Cet album passera pour le manifeste unanimement acclamé de la révolution graphique et culturelle du livre pour enfants et Sendak lui-même le proclame son premier vrai livre, consacré d'ailleurs par la Caldecott Medal, récompense accordée au meilleur album pour enfants. Voyage fantasmagorique au pays des monstres, le récit culmine avec une bacchanale sous la lune : la symbolique de la lune, croissant inquiétant tout au long de la plongée dans l'animalité de Max puis bienveillante boule ronde pour accompagner son retour au réel, est une des trouvailles psychologiques et plastiques de l'œuvre.

La technique employée varie selon les scènes : les hachures du début s'effacent dans la scène onirique où Max, comme Rosie, tourne le dos au public pour mieux s'enfoncer dans son rêve intérieur. Contemporain, Deux Aventures de Jérôme le Conquérant (1965) montre l'aisance de Sendak à s'approprier l'imaginaire d'autrui puisqu'il construit une histoire sur le même modèle que Max, avec des nursery rhymes comme point de départ.

Cuisine de nuit (1970) est la randonnée initiatique de Mickey, toute imprégnée de réminiscences : après avoir atterri tout nu dans le pétrin des pâtissiers (qui ont la « bouille » réjouie de l'acteur Hardy) — on pense à la chute du singe Zéphir dans la jatte de crème (Babar en famille) —, il est ensuite cuit dans la pâte comme Max et Moritz et, comme eux, en réchappe. Son ascension à bord d'un avion qu'il a fabriqué le conduit dans la masse de lait, aliment délectable et liquide originel qu'à son tour il donne pour la fabrication du pain brioché. En contrepoint de l'action, la ville, avec ses gratte-ciel en boîtes de nourriture, semble une gigantesque cuisine. Hommage à la bande dessinée par le découpage de l'image et les textes inscrits en bandeaux ou en bulles, d'une plasticité moderne sans agressivité, cette œuvre est optimiste. La rupture de ton semble totale avec Quand papa était loin (1981), au sens énigmatique. Les allusions directes à la musique de Mozart, à la peinture de Runge, à la thématique des Grimm livrent un message destiné à l'adulte averti.[...]

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Écrit par

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Média

<it>Max et les maximonstres</it>, M. Sendak

Max et les maximonstres, M. Sendak

Autres références

  • BRUNHOFF JEAN DE (1899-1937)

    • Écrit par Laura NOESSER
    • 1 222 mots

    Conteur et illustrateur, Jean de Brunhoff appartient à une famille d'origine balte et suédoise d'éditeurs et de rédacteurs de revues d'art (son père avait édité le Programme des Ballets russes de Diaghilev). Élève de l'atelier d'Othon Friesz, il peint dans une veine impressionniste...