Abonnez-vous à Universalis pour 1 euro

DELESSERT ÉTIENNE (1941- )

Né en 1941 à Lausanne, fils de pasteur, Étienne Delessert garde de son enfance la croyance « aux personnages venus de notre inconscient qui cognent, s'envolent et rient en renversant tout ce qui est sur la table de notre raison ». Sa formation de dessinateur de presse (Elle, Twen, Graphis) et son expérience de graphiste et de publiciste à Paris, sa découverte dans les années 1960 des livres d'images d'André François et d'Alain Le Foll, puis de ceux de Tomi Ungerer et de Maurice Sendak, l'incitent à travailler à New York. Sa collaboration avec l'éditeur Harlin Quist, qui prône une édition anticonformiste pour enfants, lui laisse entière liberté pour construire un monde inventif, libre de tabous.

Le premier album de Delessert évoque l'histoire de l'arche de Noé dans un registre profane et impertinent (Sans fin la fête, Harlin Quist, 1967). Delessert y élabore un style d'illustration d'une plasticité raffinée : la virtuosité de la ligne gracieuse et animée s'autorise des déformations expressives dans les proportions (le singe) ou les postures mais ne s'exerce jamais au détriment de la clarté de la composition ; les différents motifs et plans sont bien repérables, et le détail est piquant. En coloriste inspiré, Delessert joue d'une palette délicate où les tons non saturés aux dégradés nombreux forment une pâte fine, lumineuse : il combine gouache, aquarelle et crayons sur des fonds préparés, isole les couches par des vernis et termine l'image par des glacis. La prééminence accordée au regard, tout aussi innocent chez l'homme et les bêtes, convie l'enfant à participer sans préjugé à la fête.

Dans ses albums suivants (Conte no 1, Conte no 2, Harlin Quist, 1968), Delessert se met à l'unisson du non-sens d'Ionesco en créant un univers hors normes qui rappelle celui d'Alice au pays des merveilles : en contrepoint du jeu sur les mots de l'écrivain, l'illustrateur compose des scènes faisant vivre l'atmosphère délirante de ces « histoire idiotes » (par exemple les boucles de la petite fille, motif reliant ensemble différents éléments narratifs qui n'ont pourtant rien en commun sur le plan de la logique). Delessert s'amuse à introduire des références culturelles comme la petite fille à la Breugel, le rhinocéros perché sur une tour et coiffé d'un melon ou les noms mêmes des auteurs de l'album visibles sur la boulangerie, sans parler du camée à l'effigie de Descartes, clôture ironique du livre proposant une illustration pour « enfants de moins de trois ans ».

Étienne Delessert poursuit la voie en collaborant avec le psychologue Jean Piaget pour une expérience visant à transposer les idées de l'enfant sur la création du monde « de façon esthétique et excitante, en les exagérant au besoin... ». Simplification de la ligne, épuration de la composition, jeu avec les formes et les couleurs, mise en scène et cadrages humoristiques : Comment la souris reçoit une pierre sur la tête et découvre le monde (Gallimard, 1971) propose avec succès « une intervention de l'imaginaire ou du fantastique avec des éléments dessinés de façon nette, claire et évidente » (J. Piaget, Postface).

L'exposition qui lui est consacrée en 1975 au musée des Arts décoratifs à Paris montre une œuvre déjà abondante (dessins pour les magazines américains, peintures et portraits, tels ceux de Samuel Beckett ou de Jean Piaget) qui révèle l'attirance de Delessert pour le macabre et la décomposition (La Danse des morts, 1974) autant que sa capacité d'invention jubilatoire dans l'album pour enfant.

Mieux qu'avec Kipling (Just so Stories, Doubleday, 1972), Delessert trouve une manière originale dans les fables écologiques centrées autour du personnage de la souris à l'œil noir, avatar de celle qui[...]

La suite de cet article est accessible aux abonnés

  • Des contenus variés, complets et fiables
  • Accessible sur tous les écrans
  • Pas de publicité

Découvrez nos offres

Déjà abonné ? Se connecter

Écrit par

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )