FRANÇOIS ANDRÉ (1915-2005)

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« De tout temps, j'ai été une espèce de Janus à trois visages : la peinture (avec un P très majuscule), le graphisme (avec comme dieu Cassandre), puis la presse, les contemplant à tour de rôle selon l'opportunité, l'humeur, la nécessité [...]. Puis de plus en plus peintre, espérant que les trois profils [...] se superposent pour former un seul visage. » Ainsi se présentait André François en 1997, résumant un parcours commencé dans l'Empire austro-hongrois, où il naît André Farkas à Temesvar (actuellement Timisoara en Roumanie), le 9 novembre 1915. Étudiant les beaux-arts à Budapest, il y découvre les affiches de Cassandre, graphiste phare des années arts déco, et forme le rêve de venir à Paris, qu'il réalise en 1934.

Admis gratuitement dans l'école de son « dieu », le jeune homme y côtoie Raymond Savignac (1907-2002). Il collabore à La Tribune des nations (1953-1960), ainsi qu'à différents journaux humoristiques : Vendredi (1936), Marianne (1939), L'Os à moelle ou Le Rire (1939-1940). Son style emprunte la naïveté des dessins de ses aînés Peynet et Effel. En 1939, il prend la nationalité française et comme nom d'artiste André François. Avec l'Anglaise Margaret Edmunds, qui sera son épouse, il découvre la mer du Nord et l'imaginaire anglo-saxon. La guerre le contraint à se réfugier en Haute-Savoie ; mais, à partir de 1945, installé à Grisy-les-Plâtres, au nord-ouest de Paris, il reprend ses activités de graphiste pour la presse, l'édition et la publicité, en France, en Grande-Bretagne et bientôt aux États-Unis.

Sensible au gag visuel à la manière de Saul Steinberg, André François participe, avec Chaval et Mose, à Manigances (1953), album humoristique sans paroles publié par l'éditeur Robert Delpire. Ses dessins, parus d'abord dans les périodiques anglais Lilliput et Punch, sont réunis en recueils – The Tattooed Sailor, 1953 ; The Biting Eye, 1960 –, dont le succès l'introduit outre-Atlantique. Sa collaboration au magazine The New Yorker (cinquante-neuf couvertures de 1963 à 1991), dans une totale liberté de création, lui procure satisfaction artistique et matérielle.

Il illustre Diderot (Jacques le Fataliste, 1947) aussi bien que Jarry (Ubu Roi, 1957), Queneau (Si tu t'imagines : 1920-1948, 1979) ou Vian (L'Arrache-cœur, 1981), et signe la couverture de nombreux livres, d'Émile Ajar/Romain Gary (La Vie devant soi, 1975), ainsi que, outre-Manche, pour les éditions Penguin Books de Faulkner, Joyce et Kafka.

Avec Jacques Prévert, André François compose pour les enfants Lettres des îles Baladar (1952). Il poursuit seul cette inspiration dans Les Larmes de crocodile (1956), best-seller traduit en quatorze langues, puis s'associe à d'autres excentriques pour Tom & Tabby (texte de John Symonds, 1963) ou Roland (texte de Nelly Stéphane, 1992). Ses dessins relèvent l'insolite des situations ; le goût des calembours, des jeux de mots et des non-sens formels caractérise son œuvre. Si The Eggzercise Book (1980) en est un joyeux exemple, d'autres titres révéleront une face plus sombre, comme Le Fils de l'ogre (texte de François David, 1993) ou Scènes de ménagerie et K libre (textes de Vincent Pachès, 2001 et 2004).

André François dessine aussi des décors de théâtre, pour la Royal Shakespeare Company (The Merry Wives of Windsor, 1956), ou pour l'Opéra de Paris (Valentine ou le Vélo magique, ballet de Roland Petit, 1957 ; Pas de dieux, 1960, chorégraphie de Gene Kelly sur une musique de Gershwin).

Avec la publicité, à partir des années 1950, l'affichiste inaugurait un style neuf, l'objet disparaissant au profit d'une association d'idées. Un poisson porté par un ballon rouge évoquait la suspension hydropneumatique d'une voiture Citroën (1960), des lecteurs-moutons dénonçaient un lectorat qui n'était pas celui du Nouvel Observateur (1972). André François réalisa entre autres affiches de film celles du Soupirant (1963) et de Yoyo (1981) de Pierre Étaix. Commerciales ou culturelles, ses affiches le placent parmi les grands créateurs graphiques de son temps.

À partir de 1960, il s'adonne plus librement à la peinture, d'où une rétrospective au musée d'Art moderne de la Ville de Paris en 1986. Plume, pinceau, collage ou sculpture : il manifeste un éclectisme certain dans le choix des techniques et des matériaux. En 1995, une exposition itinérante le présente au Japon. Chevalier de la Légion d'honneur en 1975, il a été fait docteur honoris causa du Royal College of Arts de Londres en 1976, puis a reçu le grand prix national des arts graphiques en France (1980).

Évoquant ses choix plastiques lors d'un entretien filmé par Sarah Moon en 1999, l'artiste insiste sur le rôle déclencheur de l'objet : il s'agit moins de figurer ou de symboliser que de fixer les moments de joie éprouvés au contact de galets, bois flottés, débris de porcelaine ou de tapisserie, cadrans d'horloge, insectes séchés. Dans la nuit du 7 au 8 décembre 2002, un incendie ravage l'atelier d'André François, détruisant œuvres et archives. L'exposition prévue l'année suivante à la bibliothèque Forney à Paris a pourtant sauvé ses affiches. En 2004 le Centre Georges-Pompidou présente, sous le titre L'Épreuve du feu, plus de soixante compositions nouvelles, tirées des fragments calcinés de son atelier – ultime défi relevé par l'artiste avant sa disparition, le 11 avril 2005.

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Pour citer l’article

Nelly FEUERHAHN, « FRANÇOIS ANDRÉ - (1915-2005) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/andre-francois/