RACINE JEAN

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Racine et le genre tragique

Les nouveautés introduites par Racine dans le contenu de la tragédie se sont accompagnées de changements sensibles dans l'économie du genre. Tout d'abord, sous l'apparence d'une exacte continuité dans les formes extérieures, le caractère même de la tragédie en tant que spectacle a été modifié ; tout l'éclat de la représentation tragique, toute sa grandeur ne résultent plus de la surhumanité morale des héros, mais de la pure majesté des conditions et des infortunes. L'obligation de ne mettre en scène que des demi-dieux, des rois, des princes, des grands hommes de l'Antiquité se justifiait dans la tragédie héroïque par la nécessité de fonder sur la qualité des personnages leur orgueil et leurs exploits. Elle répond chez Racine à un autre besoin : le charme et l'infortune s'exaltent dans la condition royale ; c'est là qu'un précipice est ouvert entre une félicité unique et la misère humaine. De là naît cette « tristesse majestueuse » dont Racine a dit lui-même qu'elle était l'âme du poème tragique. Ainsi, le décor royal ou légendaire est moins que jamais chez Racine une pure convention ; c'est une des conditions de la tragédie, sans laquelle elle cesserait d'être ; l'usage de ce décor a seulement glissé de l'héroïque au fabuleux. Ce glissement peut s'apprécier de façon diverse : on peut dire que la tragédie a désormais sacrifié l'élan moral à l'apparat, les valeurs vraies pour des beautés de façade ; mais on peut penser, tout au contraire, que Racine, en dépassant la formule étroite du drame moral, a élevé le spectacle tragique à un degré plus haut, où il nous donne à contempler, à la limite de la majesté et du néant, la vérité de la condition humaine.

Action et passion

La tragédie classique française est une action. Elle a longuement conquis, au cours de sa formation, ce caractère avant tout dramatique. Or nous savons le rôle que joue la fatalité dans la tragédie de Racine. Mais la fatalité racinienne, qui est avant tout celle des passions, suppose une action intense. Le destin et la volonté des héros s [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 7 pages

Écrit par :

  • : ancien élève de l'École normale supérieure, professeur honoraire de littérature française à l'université Harvard

Classification

Autres références

«  RACINE JEAN (1639-1699)  » est également traité dans :

RACINE JEAN - (repères chronologiques)

  • Écrit par 
  • Jean-François PÉPIN
  •  • 423 mots

22 décembre 1639 Baptême de Jean Racine à La Ferté-Milon.1648-1653 Troubles de la Fronde en France.1649-1653 Après la mort de ses parents et de son grand-père paternel, Racine est élevé aux Petites Écoles du monastère de Port-Royal des Ch […] Lire la suite

ATHALIE, Jean Racine - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • Christian BIET
  •  • 1 174 mots

À Versailles, devant Louis XIV et le dauphin, le 5 janvier 1691, on vit pour la première fois Athalie, tragédie en cinq actes et en vers de Jean Racine (1639-1699). Sans costumes ni décor, cette tragédie biblique inspirée du Livre des Rois et du Livre des Chroniques fut repr […] Lire la suite

BAJAZET, Jean Racine - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • Christian BIET
  •  • 1 447 mots

Britannicus (1669) était, selon certains, trop immoral et trop complexe, Bérénice (1670) trop élégiaque et trop simple. Bajazet (1672) sera violent, sans abandonner ni le romanesque ni le goût galant. Racine (1639-1699), adulé par le public mondain, finalement reconnu par les dramaturges, écrit maintenant une pièce par an sur le modèle qu […] Lire la suite

BÉRÉNICE, Jean Racine - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • Christian BIET
  •  • 968 mots
  •  • 1 média

Concurrent de Pierre Corneille – qui, au même moment, écrit Tite et Bérénice –, Jean Racine (1639-1699) signe avec Bérénice (1670) l'un de ses plus grands succès. L'œuvre est une tragédie expérimentale : peu de vers (1 506), p […] Lire la suite

BRITANNICUS, Jean Racine - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • Christian BIET
  •  • 1 138 mots

Joué pour la première fois à l'Hôtel de Bourgogne, le 13 décembre 1669, Britannicus, tragédie en cinq actes et en vers de Jean Racine (1639-1699), est une réflexion sur l’histoire, la politique, les calculs de cour, autrement dit un texte qui rencontre directement les questions de légitimité, d […] Lire la suite

PHÈDRE (J. Racine) - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • Christian BIET
  •  • 1 001 mots
  •  • 1 média

Phèdre (1677) est certainement la tragédie la plus célèbre de Jean Racine (1639-1699). Après elle, Racine abandonna le théâtre pour devenir historiographe du roi. Auparavant, il avait dû affronter la querelle qui l'opposa à Pradon, auteur d'une autre […] Lire la suite

ANDROMAQUE, Jean Racine - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • Christian BIET
  •  • 991 mots

Après avoir polémiqué avec Port-Royal en défendant le théâtre dans un pamphlet anonyme (Lettre à l'auteur des « Hérésies imaginaires », 1666), Racine (1639-1699) conquiert la Cour. Henriette d'Angleterre, belle-sœur du roi, assiste aux lectures préliminaires d'Andromaque, les comédiens de l'Hôtel de Bourgogne répète […] Lire la suite

EDWARDS MICHAEL (1938- )

  • Écrit par 
  • Pierre BRUNEL
  •  • 1 030 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « À l’écoute des langues »  : […] D’une manière plus audacieuse encore, il a repris le titre du livre de Stendhal, Racine et Shakespeare , et renouvelé la comparaison que celui-ci avait faite en 1823-1825. Publié en 2004, son essai n’est plus « un pamphlet sur le romantisme dirigé particulièrement contre l’Académie » (c’est ainsi que Delecluse présentait le texte de Stendhal dans sa seconde version), mais le fruit d’une véritable […] Lire la suite

EURIPIDE (env. 480-406 av. J.-C.)

  • Écrit par 
  • Édouard DELEBECQUE
  •  • 4 620 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « Euripide en son temps »  : […] Mais ce sont aussi des problèmes éternels, déjà vieux comme le monde. Il ne s'ensuit pas qu'Euripide se désintéresse des questions particulières à son temps. Gardons-nous de l'observer sans mesure avec nos yeux d'aujourd'hui. Le risque est de donner à ses mythes un sens philosophique étranger au réel et de recomposer de lui, avec des traits épars, artificiellement classés, une image trop abstraite […] Lire la suite

FRANÇAISE LITTÉRATURE, XVIIe s.

  • Écrit par 
  • Patrick DANDREY
  •  • 7 323 mots

Dans le chapitre « La tragédie »  : […] Le symbole de cette mise aux normes, c’est la célèbre querelle que l’Académie française, fondée par Richelieu en 1635 pour composer un dictionnaire et formuler une poétique, déclenche l’année suivante contre Le   Cid , au nom des principes esthétiques nouveaux. Ceux-ci avaient été définis peu auparavant par un de ses membres, Chapelain , auteur d’une Lett re sur la règle des vingt-quatre heure s […] Lire la suite

Voir aussi

Pour citer l’article

Paul BÉNICHOU, « RACINE JEAN », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 05 mars 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jean-racine/