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ATHALIE, Jean Racine Fiche de lecture

À Versailles, devant Louis XIV et le dauphin, le 5 janvier 1691, on vit pour la première fois Athalie,tragédie en cinq actes et en vers de Jean Racine (1639-1699). Sans costumes ni décor, cette tragédie biblique inspirée du Livre des Rois et du Livre des Chroniques fut représentée par les demoiselles de Saint-Cyr, chères à madame de Maintenon, l'épouse morganatique et dévote du roi vieillissant. Cependant, malgré le renom de Racine, et sa récente promotion – il est gentilhomme ordinaire de Sa Majesté depuis le 28 septembre 1689 –, malgré les quelques spectateurs enthousiastes et les lecteurs unanimes (la pièce est publiée le 3 mars 1691), malgré la présence de quelques éléments politiques destinés à renforcer l'idée qu'un véritable souverain agit au nom de Dieu en protégeant la Vraie Religion, Athalie ne fut pas jouée plus de trois fois : la religion installée avait alors convaincu la Cour qu'il ne fallait « point de théâtre ».

Si l'on excepte une représentation en 1702, ce n'est que bien plus tard, le 3 mars 1716, sous la Régence et après la mort de Racine, que le public de la Comédie-Française put apprécier cette tragédie spectaculaire, avec chœurs et musique de J.-B. Moreau. Bien plus que Phèdre, Athalie est pour Voltaire le « chef-d'œuvre de l'esprit humain », la pièce véritablement tragique, un extraordinaire spectacle sans amour se référant directement à l'esthétique des Anciens en la prolongeant à travers celle de l'opéra.

Un Dieu vengeur

Athalie règne sur les Hébreux du royaume de Juda ; impie, elle adore Baal et persécute les prophètes juifs, comme l'avait fait avant elle sa mère Jézabel ; soumise à son lignage, elle a décidé d'exterminer tous les princes de la race de David pour venger cette mère mangée par les chiens ; tyran féminin, elle s'expose à la punition divine. Juste avant la fête des Prémices, le grand-prêtre des Hébreux, Joad, déplore que le culte de Baal se renforce toujours. Mais il conserve à Dieu sa confiance, ajoutant même qu'Il doit intervenir le jour même. Joad informe ensuite sa femme Josabet qu'il est temps de révéler aux Hébreux que le petit-fils d'Athalie, Joas, est toujours vivant. Il a été élevé en cachette dans le temple de Dieu sous le nom d'Éliacin. Joas-Éliacin est donc le seul roi légitime, le seul garant possible du salut de l'État, la seule sauvegarde d'une vraie religion. Or Athalie a vu Éliacin, en songe, d'abord. Elle confie à Abner (grand officier du royaume, compatissant aux malheurs des Hébreux) et à Mathan (le terrible grand-prêtre de Baal) que dans ce rêve elle a entrevu sa mort et son meurtrier en la personne d'un jeune garçon. Réveillée, elle s'est sentie attirée malgré elle vers le temple des Juifs. Là, elle a interrompu le sacrifice et reconnu l'enfant de son rêve. Elle lui a même parlé. Faut-il tuer Éliacin, qui l'affronte et l'attire, faut-il céder à Mathan, punir Joad et détruire le temple sans savoir qui est Éliacin ? faut-il détruire le peuple juif au nom d'un songe redoutable et d'une menace toute politique ? Athalie cède, et décide de faire assiéger le temple. Joad, saisi par l'Esprit saint, prohétise un futur terrible pour lui, pour son fils, pour Joas et pour son peuple, enfin, une renaissance. Puis il organise la résistance en révélant d'abord à Éliacin qu'il est Joas, roi des lévites, en célébrant son sacre au sein du temple, enfin en attirant la reine Athalie dans le lieu sacré. Lorsqu'elle paraît, Joad lui montre Joas et, après s'être débarrassé de son escorte, la met sous bonne garde. Au dehors, des troubles ont éclaté, Mathan est égorgé et l'armée de la reine dispersée. Le peuple acclame Joas, son nouveau roi. À cette annonce, Athalie maudit Joas et son Dieu, avant d'être mise à mort : « Impitoyable Dieu, toi seul as tout conduit./ C'est toi qui, me flattant d'une vengeance aisée,/ M'a vingt fois en un jour à moi-même opposée,/ Tantôt pour[...]

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Écrit par

  • : professeur d'histoire et d'esthétique du théâtre à l'université de Paris-X-Nanterre

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • FRANÇAISE LITTÉRATURE, XVIIe s.

    • Écrit par Patrick DANDREY
    • 7 270 mots
    ...sont donc les adversaires farouches. Boileau s’en moque et Racine lui oppose un modèle de tragédie biblique avec chœurs, figuré par Esther (1689) et Athalie (1691) qu’il écrit à l’intention exclusive des jeunes filles de l’institution de Saint-Cyr. Destin discret pour ces ultimes chefs-d’œuvre du genre...

Voir aussi