HERMÉTISME

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L'hermétisme à la Renaissance

C'est en 1460 environ qu'un moine apporta de Macédoine à Florence un manuscrit du Corpus Hermeticum. En 1463, Cosme de Médicis demanda à Marsile Ficin de le traduire en latin, et ce avant même de traduire Platon. Dans la Préface à sa traduction, Ficin, se référant à saint Augustin, fait d'Hermès le premier des théologiens : son enseignement aurait été transmis successivement à Orphée, à Aglaophème, à Pythagore, à Philolaos et enfin à Platon. Par la suite, Ficin placera Zoroastre en tête de ces prisci theologi, pour attribuer finalement à Zoroastre et Mercure un rôle identique dans la genèse de la sagesse antique : Zoroastre enseigna celle-ci chez les Perses en même temps que Mercure l'enseignait chez les Égyptiens. Ficin insista, en outre, sur la dimension prophétique des écrits d'Hermès, qui aurait prédit « la ruine de la religion antique, la naissance d'une nouvelle foi, l'avènement du Christ, le Jugement dernier, la Résurrection, la gloire des élus et le supplice des méchants ». La traduction de Ficin, imprimée dès 1471, fut le point de départ d'une véritable renaissance de l'hermétisme philosophique. Ainsi, c'est par une citation de l'Asclepius que Pic de la Mirandole (qui proposa, dans ses Conclusions, dix thèses « selon l'antique doctrine de l'Égyptien Mercure Trismégiste ») ouvrit son Oratio de hominis dignitate ; et, en 1488, une étonnante figure du Trismégiste, attribuée à Giovanni di Stefano, fut sculptée sur le pavement même de la cathédrale de Sienne.

En 1505, Lefèvre d'Étaples publia la traduction ficinienne du Pimandre avec l'Asclepius, auquel il joignit un commentaire où il se montre sensible à la valeur apologétique des Hermetica ; mais, préoccupé d'orthodoxie, il condamne certains de leurs aspects magiques. Il inclut dans le même volume l'extraordinaire Crater Hermetis rédigé en 1494 par Ludovico Lazzarelli, qui décrit la transmission, par un maître à son disciple, d'une expérience de regénération. En 1507, Symphorien Champier imprima dans son De quadruplici vita une traduction latine, due à Lazzarelli, du seizième traité du Corpus, les Définitions, que Ficin avait ignorées. En 1554, Adrien Turnèbe publia la première édition du texte grec et François de Foix de Candale en procura, en 1574, une nouvelle édition. Ce dernier, qui insiste sur la liaison entre l'hermétisme et les spéculations pythagoriciennes sur les nombres, estimait qu'Hermès avait vécu avant Moïse et atteint une connaissance des réalités divines supérieure à celle des prophètes hébreux. Enfin, F. Patrizi, qui s'appuya dans sa critique de l'aristotélisme sur l'enseignement du Trismégiste, réunit dans sa Nova de universis philosophia (1591) les fragments attribués à Hermès. Le Pimandre suscita en outre, de la part du capucin calabrais Hannibal Rosseli, un volumineux commentaire publié à Cracovie en 1586.

Étudier la fortune de l'hermétisme à la Renaissance nécessiterait plusieurs volumes. Son influence fut immense et toucha les milieux les plus divers : « occultistes », philosophiques, religieux, catholiques aussi bien que réformés, voire scientifiques, comme en témoigne jusque dans sa critique un Kepler. Son déclin – ce qui ne signifie pas sa disparition – ne devait commencer qu'avec la datation des écrits hermétiques, en 1614, par I. Casaubon dans son De rebus sacris et ecclesiasticis exercitationes.

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  • : docteur en philosophie, attaché de recherche au C.N.R.S.

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Sylvain MATTON, « HERMÉTISME », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/hermetisme/