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GRÉGOIRE DE NYSSE saint (330 env.-env. 395)

Né dans le Pont, Grégoire, évêque de Nysse en Cappadoce, a laissé une œuvre théologique et mystique qui connaît un regain d'actualité parmi les théologiens modernes. Il est vrai que, dans la perspective d'une anthropologie historique comme celle qu'a esquissée B. Groethuysen, Grégoire de Nysse devrait tenir une place aussi importante qu'Augustin. Comme ce dernier, il fait apparaître dans l'histoire une nouvelle conception de l'homme : l'homme de Grégoire de Nysse est indéfinissable, parce qu'il est l'image d'un Dieu infini et indéfinissable, et parce qu'il est entraîné perpétuellement hors de ses limites dans la poursuite d'un infini qui échappe éternellement à ses prises. À l'infinité de plénitude qui est le propre de Dieu répond l'infinité de capacité, de renouvellement, de progrès et d'amour, qui est le propre de l'homme.

L'évêque

Grégoire de Nysse, issu d'un milieu familial qui était déjà entièrement chrétien, subit fortement l'influence de ses deux aînés : sa sœur Macrine, convertie depuis longtemps à l'idéal de la vie monastique, qui fut, dit-il, son « institutrice » et dont il fut lui-même le biographe ; son frère Basile, évêque de Césarée, avec lequel les rapports ne seront pas toujours faciles. Grégoire connut pourtant une période de vie « mondaine », comme il le dit lui-même, en ce sens que, renonçant à la carrière ecclésiastique dont il avait commencé à gravir les degrés, il choisit la profession de rhéteur (qui avait été celle de son père) et se maria (vers 364). Sous l'influence de Basile, Grégoire revint assez vite à une vie d'austérité. À sa demande, il compose un éloge de la virginité en 371 et, grâce à l'intervention du même Basile, est élu évêque de Nysse en 372. Cette élection répondait à des besoins de politique ecclésiastique. Sous la protection de l'empereur Valens, l' arianisme connaissait alors une nouvelle progression dans l'Église d'Orient, et les évêques fidèles au consubstantialisme nicéen, comme Basile, étaient en difficulté. Il semble que Grégoire, tout au moins au début, n'ait pas été à la hauteur de la situation et se soit mal adapté aux réalités politiques et administratives, ce qui lui valut de vigoureux reproches de la part de Basile. En 376, les choses allèrent si mal que Grégoire de Nysse fut déposé et exilé pour dilapidation des fonds ecclésiastiques. Mais, en 378, la mort de Valens lui permit de retrouver son siège épiscopal.

Après la mort de Basile (379), Grégoire prit peu à peu de l'autorité et sa pensée théologique s'affirma : il écrivit une série d'ouvrages contre Eunome, le principal représentant de l'arianisme. Le concile de Constantinople (382) consacra le triomphe du consubstantialisme naguère défendu par Basile puis par Grégoire lui-même. Pendant toute la période où l'empereur Théodose demeura à Constantinople (382-388), l'évêque de Nysse exerça une certaine influence à la cour, où il prononça les oraisons funèbres de la princesse Pulchérie et de l'impératrice Flacilla. Ses dernières années semblent avoir été dominées plus spécialement par des problèmes se rapportant à la vie monastique, si l'on en juge par les œuvres de cette époque de sa vie.

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Écrit par

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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