GENÈVE

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Histoire

Des origines à l'indépendance

Genève naît au Néolithique, dans la rade du lac Léman où les populations préceltiques édifient une vaste cité lacustre. L'éperon de mollasse qui porte la haute ville actuelle commande le passage du Rhône, dans un double site d'oppidum et de pont. À partir du ve siècle avant notre ère, les Celtes en font un poste avancé, aux confins septentrionaux du territoire des Allobroges, et un village fortifié est bâti, au bord du chemin de crête de la colline. À la fin du iie siècle avant J.-C., la conquête romaine lui assigne le rôle d'oppidum, aux frontières de la Narbonnaise. La bourgade entre dans l'histoire en 58, sous son nom ligure latinisé en Genua, par une mention des Commentaires (De bello Gallico) de César qui l'utilise comme base de résistance contre les Helvètes. Pendant les trois premiers siècles de notre ère, la paix romaine permet au carrefour routier qu'est Genève de jouer un rôle régional. Les communications convergent du nord par le plateau suisse, du Jura par le col de Jougne, du Valais et de l'Italie (Grand-Saint-Bernard) par les rives du lac, pour continuer vers l'axe rhodanien, à travers la cluse de Bellegarde-Nantua et l'avant-pays savoyard. Genève est un marché local que les Alamans menacent, puis ruinent, dès 259. Élevée par l'empereur Gratien au rang de civitas, elle est le siège d'un évêché suffragant de Vienne. De 443 à 534, c'est la capitale du royaume des Burgondes, envahisseurs germaniques sédentarisés et christianisés. La cité mène une vie effacée pendant les périodes franque et carolingienne. Après le partage de 870 (traité de Meersen), elle échoit à Louis le Germanique. Au cours du second royaume de Bourgogne (888-1032) se met en place le système féodal, où s'effectue l'ascension de la dynastie des comtes de Genevois.

Lac Léman

Photographie : Lac Léman

Genève, au bord du lac Léman, est une des métropoles mondiales qui offre la meilleure qualité de vie. 

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La cité épiscopale (1032-1533)

Un conflit de souveraineté naît entre les comtes de Genevois, qui possèdent le diocèse, étendu sur la plus grande partie de la Savoie septentrionale et sur les marches du Bugey et du Valromey, et l'évêque, chef spirituel, mais aussi souverain temporel et prince d'Empire. Par l'accord de Seyssel (1124), le prélat se fait reconnaître une prépondérance qui lui est bientôt contestée par la communauté des bourgeois dont l'importance économique s'accroît. En 1387, ils obtiennent une charte de franchise de l'évêque Adhémar Fabri. Une lutte d'influence complexe oppose les citoyens au prince-évêque puis, après l'extinction des comtes de Genevois en 1394, à la maison de Savoie qui recueille leur succession et entend faire de Genève le centre politique et commercial de ses États. Pour y parvenir, les comtes de Savoie tentent de contrôler l'évêché en y plaçant leurs créatures ou des membres de leur famille. Par un réflexe de défense, les habitants se tournent vers Berne et Fribourg et, dès 1477, signent avec ces cantons une série de traités de combourgeoisie. L'enjeu de la rivalité entre les trois pouvoirs est aiguisé par la prospérité qui découle des foires. Attestés dès 1187, les quatre grands marchés annuels sont stimulés par la décadence des foires de Champagne et ils atteignent leur plus haute renommée dans la première moitié du xve siècle. La ville, qui compte alors un peu plus de 10 000 habitants, est, au contact de l'Europe du Nord et du monde méditerranéen, une place d'échanges entre marchands venus surtout de l'Italie du Nord, de la France rhodanienne et méridionale, de la Suisse alémanique et de l'Allemagne du Sud, ainsi que des Flandres, de Venise et de la Catalogne. Mais, à partir de 1450, s'amorce un déclin. Il est dû, en partie, aux mesures prises par Louis XI pour favoriser Lyon, la rivale principale de Genève, mais aussi au fait que la puissance démographique et monétaire des grands États continentaux éclipse désormais le rôle de marché franc de villes sans territoire comme Genève.

La période des foires vaut à la cité un brillant essor urbain, avec la construction de nombreuses maisons fortes, de couvents, de la cathédrale gothique de Saint-Pierre. Dès 1478, l'imprimerie est introduite par des typographes allemands. Genève est alors une capitale régionale, rivale de Chambéry, pour toute la Savoie du Nord, fonction qu'elle perdra, après la Réforme, sans jamais pouvoir la retrouver durablement. Les marchands alémaniques apportent les idées nouvelles de Luther et de Zwingli et font des adeptes parmi les bourgeois. La volonté du retour à un christianisme proche de ses sources bibliques se conjugue avec le désir de s'émanciper du joug des tenants de l'ordre ancien : l'évêque et le duc de Savoie. Dès 1530, les citoyens se préparent à la lutte et font raser les faubourgs extérieurs pour concentrer la population à l'intérieur de l'enceinte. En juillet 1533, l'évêque Pierre de la Baume quitte clandestinement sa résidence pour se réfugier à Annecy, laissant le champ libre aux huguenots.

La Réforme et l'indépendance genevoise (1533-1603)

Le 21 mai 1536, le Conseil général des habitants décide d'abolir l'autorité épiscopale pour vivre selon la parole de Dieu. Les premiers prédicateurs réformés, les Dauphinois Guillaume Farel et Antoine Froment, retiennent dans la cité Calvin, qui y demeure de 1536 à 1539. Sa rigueur et son austérité suscitent contre lui l'opposition des « libertins » qui obtiennent son renvoi, mais il revient définitivement en 1541, jusqu'à sa mort, en 1564. La Réforme suscite une violente réaction savoyarde et, en 1536, Genève, bloquée par les troupes ducales, n'est dégagée que par le secours de Berne qui reconnaît l'indépendance de la petite république. La guerre se rallume en 1589 et, avec l'aide de contingents suisses, les Genevois, alliés de la France, tiennent et occupent le pays de Gex et le Chablais. La lutte entre le duc de Savoie Charles-Emmanuel Ier et Henri IV se termine en 1601 par le traité de Lyon, qui ne règle pas le sort de Genève. Le duc tente alors de s'emparer de la ville par surprise, mais l'« escalade » de la nuit du 11 au 12 décembre 1602 échoue. La médiation des cantons suisses aboutit au traité de Saint-Julien (11 juillet 1603) qui sanctionna l'indépendance de la République.

Jean Calvin

Photographie : Jean Calvin

Le théologien et réformateur français Jean Calvin (1509-1564). École flamande. Huile sur bois. Bibliothèque publique et universitaire, Genève, Suisse. 

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Sur le plan intérieur, Jean Calvin a imposé sa marque personnelle aux institutions et organisé une véritable théocratie, sur la base d'une collaboration étroite entre l'Église réformée et le pouvoir politique. Entre 1549 et 1587, 8 000 huguenots persécutés se réfugient, avec leurs familles, dans la « Rome protestante ». Cet afflux d'une élite intellectuelle et m [...]

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Pour citer l’article

Bernard DEBARBIEUX, Paul GUICHONNET, Patrick PIGEON, « GENÈVE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/geneve/