JURA

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Le massif du Jura s'allonge en un arc montagneux entre le massif des Alpes et celui de la Forêt-Noire. Les mêmes plis, grossièrement parallèles, se retrouvent dans toute la chaîne ; le versant occidental appartient à la France, alors qu'une grande partie du versant oriental se trouve en Suisse.

La surrection du Jura date des grands bouleversements de l'époque tertiaire. Au Secondaire, les mers avaient déposé une épaisse masse de sédiments recouvrant le socle ancien et comprenant des calcaires et marnes du Jurassique et du Crétacé. La chaîne du Jura s'est formée au Tertiaire terminal, à la fin du paroxysme alpin ; cependant, la région avait été érodée depuis la fin du Crétacé supérieur.

Le massif, dans sa partie haute, fut longtemps plus traversé qu'occupé. À l'est de la voie romaine qui mène d'Avenches à Augst, la germanisation fut totale. Dans son secteur central, la frontière franco-suisse suit la ligne de rencontre des mouvements de colonisation médiévaux issus des avant-pays français et suisses. L'histoire du peuplement a ainsi renforcé la division en bandes méridiennes que le relief suggérait. La Réforme figea les oppositions de part et d'autre de la frontière : celle-ci sépare toujours des protestants (en Suisse ou dans le pays de Montbéliard) et des catholiques. La guerre de Trente Ans creusa plus encore l'écart entre les deux versants. Ainsi, cette montagne, dont toutes les régions semblaient vouées à une destinée commune, est aujourd'hui divisée en deux parties nettement distinctes.

Géologie

L'« arc » jurassien fait partie des zones externes des Alpes. Il constitue cependant une unité géologique et morphologique autonome car il est séparé des chaînes subalpines par la plaine molassique suisse. L'avant-pays est formé par l'île Crémieu, la Bresse, le massif de la Serre et, plus au nord-est, les collines et plateaux préjurassiens. Ceux-ci sont l'équivalent occidental de la couverture méridionale de la Forêt-Noire (Jura tabulaire oriental, traversé par le Rhin). Le Jura proprement dit est séparé des secteurs plus externes par une ligne presque continue de contact anormal. Son chaînon le plus oriental se dresse au-dessus de la plaine molassique suisse, qui constitue l'arrière-pays et au milieu de laquelle surgit le Salève, massif d'affinité jurassienne. Terre d'élection des précurseurs de la géologie, le Jura est la région de référence pour le système qui porte son nom et pour les stratotypes de plusieurs étages désormais classiques. Les caractères spéciaux de ses structures ont en outre permis de définir différents types de style tectonique. Enfin, les géographes ont souligné sa morphologie particulière. Cependant, si l'individualité du Jura ressort des études stratigraphiques comme des recherches structurales et morphologiques, son histoire géologique s'insère facilement dans celle des Alpes.

Jura : stratigraphie

Dessin : Jura : stratigraphie

Coupe stratigraphique synthétique du Jura. 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Stratigraphie

Les terrains primaires cristallins (gneiss, micaschistes, granites) n'affleurent que dans le massif de la Serre et l'île Crémieu ; mais ils ont été atteints par des sondages (Lons-le-Saunier et Essavilly). Ces formations ont subi l'orogenèse hercynienne.

Le Carbonifère, reconnu par des sondages (Lons-le-Saunier), montre seulement des niveaux d'âge stéphanien inférieur et moyen : les schistes et grès sombres du Stéphanien inférieur de l'assise de Moiron comblent les dépressions d'un paléorelief asturien et reposent sur le conglomérat de Conliège ; les schistes et arkoses blanches de l'assise de Lons-le-Saunier (250 m de puissance maximale) sont d'âge stéphanien moyen. Ils renferment des couches de charbon tandis que les niveaux détritiques (assise de Villeneuve) qui les surmontent sont stériles.

Le Permien ne semble représenté que par des couches détritiques (de 20 à 250 m d'épaisseur), attribuées au Saxonien. Les terrains d'âge stéphanien supérieur-autunien ont été sans doute déblayés par les érosions saaliennes. Le volcanisme qui suivit la phase saalienne s'est fait sentir aussi en Franche-Comté (formations volcaniques acides dans le massif de la Serre).

Le Trias offre dans l'ensemble un faciès de type « germanique ». Les dépôts du Buntsandstein sont continentaux et transgressifs. Le Muschelkalk moyen et le Keuper sont en grande partie constitués par des évaporites ; celles-ci ont facilité le glissement et le plissement disharmonique de la couverture mésozoïque.

Le Jurassique montre généralement deux ensembles à dominante marneuse (Lias et Oxfordien) et deux ensembles à dominante calcaire (Dogger, puissance de 150 à 200 m ; Jurassique terminal, puissance de 250 à 350 m). Il forme l'ossature des structures. Le calcaire à gryphées du Sinémurien constitue souvent un ressaut dans les dépressions liasiques et offre un faciès très constant dans tout le Jura, tel celui des « schistes carton » bitumineux de la base du Toarcien. L'Aalénien terminal, formé de calcaire ferrugineux, fut exploité autrefois. Le Dogger se présente comme un dépôt de plate-forme carbonatée à l'ouest et au nord-ouest, tandis que plus au sud apparaît une transition aux faciès de la mer ouverte alpine. À partir du Bathonien supérieur, un haut-fond s'individualise au niveau de la haute chaîne. Dans l'ensemble, le Dogger est constitué de calcaire bioclastique ou oolithique mais renferme des passées marneuses (« Vésulien ») et des calcaires fins (calcaires bathoniens « de la Citadelle »). Les calcaires du Callovien moyen et supérieur, d'extension quasi générale mais d'épaisseur très faible (lacunes, flaques), ont été exploités localement pour leurs oolithes ferrugineuses et partout pour leurs fossiles. L'Oxfordien présente deux séquences. La première séquence (Oxfordien inférieur et moyen pro parte) correspond à une sédimentation nulle ou réduite au nord-ouest (Champlitte-Dole), au sud (île Crémieu) et à l'est (Jura interne), et à une série argileuse ou marneuse à fossiles pyriteux dans la gouttière comtoise, la Haute-Saône, le Jura externe et la Bresse. À l'Oxfordien moyen, la sédimentation calcaire reprend sur la haute chaîne. Dans le domaine franc-comtois se déposent des sédiments à faciès récifaux. La seconde séquence (Oxfordien supérieur) correspond à l'effacement du seuil de la haute chaîne. Les couches marneuses à astartés du Séquanien franc-comtois passent au faciès argovien.

Au Kimméridgien, les faciès carbonatés de la plate-forme gagnent vers le sud-est puis envahissent tout le Jura. S'édifie alors une véritable barrière c [...]

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Jura : stratigraphie

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Tunnel de Grenchenberg

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Transversale de Messia-Conliège

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Jura : carte administrative du canton

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Écrit par :

  • : directeur honoraire de l'Institut de géographie de l'université de Paris
  • : professeur à l'université de Paris-Sorbonne
  • : directeur de recherche au CNRS
  • : maître de conférences à l'université de Paris-VI-Pierre-et-Marie-Curie, directrice du laboratoire de tectonophysique
  • : historien, directeur et rédacteur en chef du Dictionnaire du Jura, en ligne
  • : docteur en géographie humaine, professeur de géographie à l'université de Lausanne (Suisse)

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Pour citer l’article

Georges CHABOT, Paul CLAVAL, André GUILLAUME, Solange GUILLAUME, Philippe HEBEISEN, Patrick RÉRAT, « JURA », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jura/