DIDEROT DENIS (1713-1784)

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La littérature

Le critique

S'il faut imiter la nature, ce qui se manifeste par l'écrivain et par l'artiste, ce ne sont pas des faits, ce sont des expressions, et, par conséquent, le moral commande le physique ou, en d'autres termes, dans l'art le sensible n'importe que par ses significations humaines. Le déchiffreur, le connaisseur des significations humaines, donc le critique d'art par excellence, c'est le philosophe. Il y a, en toute œuvre, une idée – un idéal – et une technique. La technique ne peut être pleinement appréciée que par les gens de métier ; mais elle ressemble à la main docile d'un élève, que Diderot se flatterait de diriger. L'idée, valeur essentielle, relève de la compétence du philosophe ; elle l'emporte sur le faire. On ne distingue pas toujours les limites exactes entre l'idée et le faire, le moral et le technique : la couleur et le clair-obscur sont des mixtes où le mélange du moral et du physique rend également compétents le philosophe et le peintre. Mais le choix du sujet, l'ordonnance, les caractères, les passions et les mouvements – tout ce qui servira à définir le « tableau de théâtre » – appartiennent au philosophe.

Ce droit de seigneurie, Diderot l'exerce dans tous les domaines. Des Bijoux indiscrets au Neveu de Rameau (dont la première édition d'après le manuscrit autographe ne sera publiée qu'en 1891), des pamphlets sur la querelle des Bouffons (1753) aux Leçons de clavecin et principes d'harmonie par M. Bemetzrieder (1771), il prend part aux polémiques – Rameau contre Lulli, Pergolèse contre Rameau, Gluck contre Pergolèse – et conseille Grétry. Se rend-il au théâtre ? L'art du comédien le passionne : il l'analyse, en se fermant alternativement les yeux ou les oreilles ; il cherche quel parti tirer de la pantomime et du tableau ; il rêve de spectacles sans paroles ; il se hasarde à la psychologie du comédien dès Les Bijoux indiscrets, puis avec les Entretiens sur le Fils naturel, la Lettre à Mme Riccoboni (1758) et le fameux Paradoxe, qui est aussi un plaidoyer pour accorder au comédien droit de cité et rang d'artiste. On célèbre surtou [...]


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Figure de fantaisie, J. H. Fragonard

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Encyclopédie de Diderot et d'Alembert

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  • : professeur émérite à l'université de Paris-I-Sorbonne

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Pour citer l’article

Yvon BELAVAL, « DIDEROT DENIS - (1713-1784) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 octobre 2020. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/denis-diderot/