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GRIMM FRIEDRICH MELCHIOR baron de (1723-1807)

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Sans être gentilhomme, Friedrich Melchior Grimm, originaire de Ratisbonne, put faire des études à l'université de Leipzig, où il fréquenta l'illustre Gottsched et ses amis ; puis il partagea le sort des jeunes gens sans fortune de son temps et devint précepteur chez le comte de Schomberg, qui l'emmena avec lui à Paris en 1748. Là il devint « lecteur » du duc de Saxe-Gotha (et que « lisait »-on alors, sinon le français, parlé et écrit par tous les princes de l'Europe ?), puis secrétaire du comte Friesen et du duc d'Orléans.

Sa plume agile se fit connaître à l'occasion de la querelle des Bouffons : Grimm prit le parti de la musique italienne dans un opuscule intitulé : Le Petit Prophète de Boehmischbroda (1753) et connut ainsi un grand succès. Mme d'Épinay rapporte que Voltaire s'écria : « De quoi s'avise ce Bohémien-là ? d'avoir plus d'esprit qu'on en a à Paris ? »

La chance de sa vie fut moins de supplanter Rousseau (qui s'en vengea dans les Confessions) auprès de Mme d'Épinay que de succéder en 1753 à l'abbé de Raynal (1713-1796) comme éditeur de la Correspondance littéraire, cahiers privés destinés dans un premier temps uniquement à la maison de Saxe-Gotha, puis distribués à plus d'un prince européen, y compris la tsarine Catherine, qui invita Grimm deux fois à Saint-Pétersbourg et le nomma colonel de son armée. Devenu de la sorte, comme l'a dit Sainte-Beuve, « secrétaire perpétuel de l'esprit français auprès des puissances européennes », Grimm renseignait tous les quinze jours ces personnalités sur les lettres et le théâtre, et en particulier, à cause de son amitié ancienne avec Diderot, sur l'Encyclopédie ; sa philosophie (athéisme et morale « naturelle ») est celle de Diderot, tandis que Voltaire et son déisme sont jugés tièdes.

Pour ce qui concerne le théâtre, Grimm ne voit de salut que dans le drame bourgeois de son ami Diderot, dont il publie volontiers les œuvres.

Outre les informations, qui s'étendaient aux littératures étrangères (l'allemande comprise), aux sciences naturelles, à l'économie, à la médecine, à la technique (Montgolfier), les éminents lecteurs appréciaient assurément l'alacrité du style, preste et péremptoire, les jugements spirituels et sommaires, qu'ils soient négatifs (à propos d'une actrice : « Mlle Dumesnil, qui est presque toujours mauvaise quand elle n'est pas sublime, et qui commence à être rarement sublime, fut détestable ce jour-là. ») ou qu'ils tournent à l'éloge : « Il n'appartient qu'aux Italiens de languir sous l'empire des prêtres, d'être éparpillés sous le gouvernement d'une multitude de petits tyrans, et d'exceller malgré cela dans tout ce que le génie peut produire de sublime et de plus admirable. »

Fait baron du Saint-Empire en 1776 par Joseph II, ministre de la ville de Francfort près la cour de France, Grimm, ruiné par la Révolution, quitta Paris, devint ministre de la tsarine à Hambourg en 1795 et reçut d'elle sa pension jusqu'à sa mort. La Correspondance n'était pas destinée à être publiée. Mais à l'insu de Meister (successeur de Grimm depuis 1775), des extraits, fortement censurés, parurent en 1812. L'édition définitive de Maurice Tourneux (1877-1882) comprend seize gros volumes.

— André BANULS

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Écrit par

  • : agrégé, docteur ès lettres, professeur à la faculté des lettres de l'université de la Sarre

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Pour citer cet article

André BANULS. GRIMM FRIEDRICH MELCHIOR baron de (1723-1807) [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

Article mis en ligne le et modifié le 10/02/2009

Autres références

  • BOUFFONS QUERELLE DES

    • Écrit par
    • 1 976 mots
    ...ainsi le premier coup au style solennel et un peu conventionnel de l'opéra français, pourtant admirablement défendu par Jean-Philippe Rameau. Le baron Grimm, jeune philosophe récemment arrivé d'Allemagne, venait de publier une lettre qui avait fait grand bruit, à propos de la reprise à l'Opéra d'une tragédie...
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