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DICTIONNAIRE

Pour l'usager, le dictionnaire de langue se présente comme une suite discontinue d'informations susceptibles de fournir des réponses aux questions qu'il se pose sur les mots, sur leurs sens et leurs usages corrects en particulier.

Pour le lexicographe-dictionnariste, c'est un répertoire à visées didactiques où sont enregistrés, ordonnés, décrits ou définis des mots, sens et emplois, selon des formules affinées au cours de la longue histoire de ce type d'ouvrages.

Plus socialisé que tout autre recueil de données linguistiques, le dictionnaire de langue représente, pour le public, un guide détenteur du code de l'usage légitimé, image et mémoire de la langue, toutes époques et tous domaines réunis. Le spécialiste, lui, le tient pour un projet très contingent de savoirs linguistiques, d'idéologies, de réalités socioculturelles, techniques et économiques de son temps. Ces variables font que nul ouvrage n'est exempt de choix arbitraires.

Robert Estienne

Robert Estienne

Tous s'accorderont pourtant à considérer le dictionnaire comme l'une des conquêtes de la civilisation moderne, comme une expression de cultures avancées, à la fois témoin et agent de la démocratisation des connaissances.

Typologie générale

Les premiers essais d'inventaire des dictionnaires français (Durey de Noirville, Table alphabétique des dictionnaires, 1758) et de classification (D'Alembert, article « dictionnaire » dans l'Encyclopédie) ont été établis au xviiie siècle. Mais il faut attendre le milieu du xxe siècle pour disposer des premières typologies et des études systématiques sur les caractéristiques internes et externes des répertoires depuis leur apparition au xvie siècle.

Des critères fondamentaux permettent de distinguer six ouvrages types et leurs sous-variétés : nombre et nature des langues traitées et des langues de traitement (dictionnaires monolingues ou plurilingues) ; nature des informations, l'entrée étant considérée comme un signe (mot), ou comme un accès au référent (concept ou chose), opposant ainsi les dictionnaires de langue aux encyclopédiques ; options retenues pour déterminer l'étendue et la composition de la nomenclature (dictionnaires extensifs ou sélectifs).

Dictionnaires monolingues et dictionnaires plurilingues

Le dictionnaire met en rapport deux ensembles d'unités lexicales ou d'éléments de discours, l'un servant à informer sur l'autre et à l'expliciter. Lorsque ces ensembles appartiennent à des langues différentes, ils peuvent assumer ces fonctions à tour de rôle dans des versions réciproques.

Le premier ensemble est constitué par tous les items de la nomenclature (entrées dictionnairiques, à distinguer des mots vedettes, têtes d'article pouvant regrouper plusieurs entrées ou acceptions). Le second est représenté par les mots ou les énoncés explicitants (métalangage). Nature, sens et emploi de chaque entrée sont ainsi consignés et complétés par des définitions ou équivalences, avec ou sans exemples, citations ou commentaires. Des informations grammaticales et stylistiques peuvent les accompagner. Pour assurer sa fonction métalinguistique, l'ensemble du vocabulaire explicitant doit être plus restreint et mieux structuré que le vocabulaire explicité.

Lorsque la nomenclature, le métalangage, les exemples, citations ou parties explicatives relèvent du même système linguistique, le dictionnaire est dit monolingue (ou unilingue). Dans le cas contraire, il est plurilingue (bilingue ou multilingue) selon le nombre de langues en présence. Les dictionnaires homoglosses mettent en relation des usages issus d'une souche commune (dictionnaires dialectaux), des niveaux sociolinguistiques différents (dictionnaire d'argot), ou des états de la langue distincts (dictionnaire de l'ancien ou du moyen français). L'usage standard moderne sert alors à expliciter la nomenclature suivant[...]

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Écrit par

  • : directeur de recherche émérite au C.N.R.S., directeur d'études honoraire à l'École pratique des hautes études

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Média

Robert Estienne

Robert Estienne

Autres références

  • ARABE (MONDE) - Littérature

    • Écrit par Jamel Eddine BENCHEIKH, Hachem FODA, André MIQUEL, Charles PELLAT, Hammadi SAMMOUD, Élisabeth VAUTHIER
    • 29 245 mots
    • 2 médias
    ...masque plus le dépérissement d'une connaissance désormais figée et le tribut trop lourd payé au merveilleux. Plus intéressants, et plus sérieux, sont les dictionnaires géographiques, avec al-Bakrī (mort en 1094) – par ailleurs le seul à prolonger, dans un autre ouvrage, quelques-uns des traits de l'école...
  • BAYLE PIERRE (1647-1706)

    • Écrit par Élisabeth LABROUSSE
    • 942 mots

    Le Dictionnaire historique et critique de Bayle (1696) figure très souvent dans les inventaires de bibliothèques privées du xviiie siècle. Bayle fut en effet un des inspirateurs des Lumières. Dans cet ouvrage, l'auteur manifeste une prodigieuse érudition, mais les longues « remarques » personnelles...

  • CHAMBERS EPHRAÏM (1680 env.-1740)

    • Écrit par Louise LAMBRICHS
    • 320 mots

    Publiciste et encyclopédiste anglais, né à Kendal, dans le Westmorland et mort à Islington, dans le Middlesex. D'origine modeste, Ephraïm Chambers fit ses études dans sa ville natale, puis entra comme apprenti chez un cartographe qui le poussa à se cultiver. En 1728, il lança, par souscription, l'ouvrage...

  • DICTIONNAIRE DE L'ACADÉMIE FRANÇAISE

    • Écrit par Bernard VALADE
    • 189 mots

    L'article 26 des premiers statuts de l'Académie française, fondée en 1635, prescrivait que la Compagnie rédigerait un Dictionnaire afin de « donner des règles certaines à notre langue ». La première édition parut en 1694. Ses deux volumes comprennent environ 15 000 mots, classés par...

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Voir aussi