DICTIONNAIRE

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Pour l'usager, le dictionnaire de langue se présente comme une suite discontinue d'informations susceptibles de fournir des réponses aux questions qu'il se pose sur les mots, sur leurs sens et leurs usages corrects en particulier.

Pour le lexicographe-dictionnariste, c'est un répertoire à visées didactiques où sont enregistrés, ordonnés, décrits ou définis des mots, sens et emplois, selon des formules affinées au cours de la longue histoire de ce type d'ouvrages.

Plus socialisé que tout autre recueil de données linguistiques, le dictionnaire de langue représente, pour le public, un guide détenteur du code de l'usage légitimé, image et mémoire de la langue, toutes époques et tous domaines réunis. Le spécialiste, lui, le tient pour un projet très contingent de savoirs linguistiques, d'idéologies, de réalités socioculturelles, techniques et économiques de son temps. Ces variables font que nul ouvrage n'est exempt de choix arbitraires.

Tous s'accorderont pourtant à considérer le dictionnaire comme l'une des conquêtes de la civilisation moderne, comme une expression de cultures avancées, à la fois témoin et agent de la démocratisation des connaissances.

Typologie générale

Les premiers essais d'inventaire des dictionnaires français (Durey de Noirville, Table alphabétique des dictionnaires, 1758) et de classification (D'Alembert, article « dictionnaire » dans l'Encyclopédie) ont été établis au xviiie siècle. Mais il faut attendre le milieu du xxe siècle pour disposer des premières typologies et des études systématiques sur les caractéristiques internes et externes des répertoires depuis leur apparition au xvie siècle.

Des critères fondamentaux permettent de distinguer six ouvrages types et leurs sous-variétés : nombre et nature des langues traitées et des langues de traitement (dictionnaires monolingues ou plurilingues) ; nature des informations, l'entrée étant considérée comme un signe (mot), ou comme un accès au référent (concept ou chose), opposant ainsi les dictionnaires de langue aux encyclopédiques ; options retenues pour déterminer l'étendue et la composition de la nomenclature (dictionnaires extensifs ou sélectifs).

Dictionnaires monolingues et dictionnaires plurilingues

Le dictionnaire met en rapport deux ensembles d'unités lexicales ou d'éléments de discours, l'un servant à informer sur l'autre et à l'expliciter. Lorsque ces ensembles appartiennent à des langues différentes, ils peuvent assumer ces fonctions à tour de rôle dans des versions réciproques.

Le premier ensemble est constitué par tous les items de la nomenclature (entrées dictionnairiques, à distinguer des mots vedettes, têtes d'article pouvant regrouper plusieurs entrées ou acceptions). Le second est représenté par les mots ou les énoncés explicitants (métalangage). Nature, sens et emploi de chaque entrée sont ainsi consignés et complétés par des définitions ou équivalences, avec ou sans exemples, citations ou commentaires. Des informations grammaticales et stylistiques peuvent les accompagner. Pour assurer sa fonction métalinguistique, l'ensemble du vocabulaire explicitant doit être plus restreint et mieux structuré que le vocabulaire explicité.

Lorsque la nomenclature, le métalangage, les exemples, citations ou parties explicatives relèvent du même système linguistique, le dictionnaire est dit monolingue (ou unilingue). Dans le cas contraire, il est plurilingue (bilingue ou multilingue) selon le nombre de langues en présence. Les dictionnaires homoglosses mettent en relation des usages issus d'une souche commune (dictionnaires dialectaux), des niveaux sociolinguistiques différents (dictionnaire d'argot), ou des états de la langue distincts (dictionnaire de l'ancien ou du moyen français). L'usage standard moderne sert alors à expliciter la nomenclature suivant les méthodes des répertoires bilingues.

Dictionnaires de langue et dictionnaires encyclopédiques

Selon qu'elles portent sur le signe (mot) ou sur le référent (chose, réalité ou concept auquel le signe renvoie), les informations sont de nature différente. Pour fondamentale qu'elle soit, cette distinction induit des caractères dominants plutôt qu'exclusifs.

Le dictionnaire de langue, dénommé aussi « dictionnaire de mots » de D'Alembert à Pierre Larousse, amplifie la catégorie ouverte par les premiers glossaires latins du Moyen Âge destinés à faciliter la lecture des textes anciens. Il donne des informations de type linguistique : nature grammaticale, genre, forme graphique et sonore du mot, significations, valeurs d'emploi et spécialisations dans les divers niveaux de langue, relations structurales ou fonctionnelles avec les autres éléments du lexique, origine, histoire, etc.

Relèvent de cette catégorie :

– les dictionnaires de langue généraux dont la nomenclature regroupe un ensemble pondéré représentatif de l'usage ou de la norme collective de référence ;

– les glossaires, lexiques et vocabulaires thématiques dont les entrées sont déterminées par des critères descriptifs ou fonctionnels (dictionnaires de domaines spécialisés) ;

– les dictionnaires de langue spéciaux qui regroupent les unités lexicales à partir d'un caractère commun pouvant être morphologique (dictionnaire de racines, dérivés, familles de mots) ; grammatical (dictionnaires de particules, verbes, épithètes, genres) ; formel (dictionnaires d'orthographe, sigles, prononciation, rimes, homonymes, paronymes, inverses) ; sémantique (dictionnaires de synonymes, antonymes, ou idéologiques, analogiques) ; phraséologique (dictionnaires de locutions, proverbes), etc.

Le dictionnaire encyclopédique, ou « dictionnaire de choses », informe sur les choses désignées par les mots et non, comme les précédents, qui traitent les mots en tant que signes. Les entrées principales du dictionnaire de langue y sont souvent reprises avec un traitement spécifique (description et commentaire des réalités auxquelles elles renvoient) qui peut représenter de courtes monographies extralinguistiques. Alors que les mots grammaticaux y sont sommairement décrits en tant que signes fonctionnels, les termes des arts et des sciences y sont largement représentés. Le dictionnaire de langue les évite en raison du discours encyclopédique requis pour les définir, et il ignore de même les noms propres exclus du système lexical de la langue avec les données géographiques, biographiques, historiques qui leur sont attachées. Le cas échéant, il les traite à part, tandis que le dictionnaire encyclopédique les accueille sans réserve et les mêle aux autres.

Le dictionnaire encyclopédique ne se confond pas avec l'« encyclopédie alphabétique », même si l'emploi d'adresses-vedettes, la composition par articles et l'ordr [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 13 pages


Écrit par :

  • : directeur de recherche émérite au C.N.R.S., directeur d'études honoraire à l'École pratique des hautes études

Classification

Autres références

«  DICTIONNAIRE  » est également traité dans :

ARABE (MONDE) - Littérature

  • Écrit par 
  • Jamel Eddine BENCHEIKH, 
  • Hachem FODA, 
  • André MIQUEL, 
  • Charles PELLAT, 
  • Hammadi SAMMOUD, 
  • Élisabeth VAUTHIER
  •  • 29 288 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « Formes éparses d'une connaissance éclatée »  : […] Il était normal que la géographie de la mamlaka payât le prix des catastrophes intervenues : le Domaine disparu comme entité politique, sa description le suivait dans sa perte. Normal, aussi, que d'autres formes de la géographie, non engagées dans cette aventure, connussent alors un regain d'intérêt. Aux premiers rangs, la ṣūrat al-arḍ , la peinture du globe terrestre, avec quelques-uns de ses pl […] Lire la suite

BAYLE PIERRE (1647-1706)

  • Écrit par 
  • Élisabeth LABROUSSE
  •  • 945 mots

Le Dictionnaire historique et critique de Bayle (1696) figure très souvent dans les inventaires de bibliothèques privées du xviii e  siècle. Bayle fut en effet un des inspirateurs des Lumières. Dans cet ouvrage, l'auteur manifeste une prodigieuse érudition, mais les longues « remarques » personnelles dont il agrémente ces quatre volumes in-folio font d'eux une œuvre hautement originale et même si […] Lire la suite

CHAMBERS EPHRAÏM (1680 env.-1740)

  • Écrit par 
  • Louise LAMBRICHS
  •  • 322 mots

Publiciste et encyclopédiste anglais, né à Kendal, dans le Westmorland et mort à Islington, dans le Middlesex. D'origine modeste, Ephraïm Chambers fit ses études dans sa ville natale, puis entra comme apprenti chez un cartographe qui le poussa à se cultiver. En 1728, il lança, par souscription, l'ouvrage qui le rendit célèbre, son encyclopédie, à laquelle il devait consacrer sa vie entière : Cycl […] Lire la suite

DICTIONNAIRE DE L'ACADÉMIE FRANÇAISE

  • Écrit par 
  • Bernard VALADE
  •  • 188 mots

L'article 26 des premiers statuts de l'Académie française, fondée en 1635, prescrivait que la Compagnie rédigerait un Dictionnaire afin de « donner des règles certaines à notre langue ». La première édition parut en 1694. Ses deux volumes comprennent environ 15 000 mots, classés par familles de même racine pour rendre sensibles les rapports étymologiques. L'ordre alphabétique fut adopté dans la de […] Lire la suite

DICTIONNAIRE DU XIXe SIÈCLE EUROPÉEN (dir. M. Ambrière) - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • Bernard VALADE
  •  • 1 350 mots

Faire renaître « notre avant-mémoire européenne et française » en révisant les jugements trop souvent injustes (le « stupide xix e  siècle » de Léon Daudet) portés sur ce dont elle est formée : tel est l'objectif que s'est proposé d'atteindre Madeleine Ambrière, maître d'œuvre du Dictionnaire du XIX e   siècle européen , publié aux Presses universitaires de France. Dans tous les domaines pris en c […] Lire la suite

ENCYCLOPÉDIE

  • Écrit par 
  • Alain REY
  •  • 5 701 mots
  •  • 6 médias

Dans le chapitre « De la Renaissance aux Lumières »  : […] Stimulées par la redécouverte de la pensée antique, par l'inventaire du Nouveau Monde que déclenchent l'expansion de l'Europe et le contact avec des lieux et des sociétés inconnus, préparées par des réflexions sur un ordre logique substituable à l'ordre théologique (avec Ramón Llull, par exemple), les deux composantes du projet encyclopédique, l'accumulation des savoirs par les textes (une philolo […] Lire la suite

ENCYCLOPÉDIE (D. Diderot et J. Le Rond d'Alembert) - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • Jean Marie GOULEMOT
  •  • 1 141 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Une archéologie, une histoire, une postérité »  : […] Le xviii e  siècle n'a pas inventé l' Encyclopédie . Il y a dans son projet une pensée de l'homme et de la connaissance déjà présente dans la philosophie de la Renaissance, par exemple chez un Pic de la Mirandole. Et bien des tentatives l'ont précédée : en 1694, Thomas Corneille publie un Dictionnaire des arts et des sciences . En débattant de la notion d'antiquité, la querelle des Anciens et des […] Lire la suite

ENCYCLOPÉDIE DE DIDEROT (1751-1772)

  • Écrit par 
  • Yvon BELAVAL
  •  • 2 377 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Le contenu »  : […] Que renferme le monument ? Une Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers , mise en ordre et publiée par Diderot et, quant à la partie mathématique, par d'Alembert ; donc le cercle de connaissances qui devraient instruire l'« honnête homme » et tout professionnel au xviii e siècle ; en d'autres termes, un recueil de savoirs et de méthodes concernant les sciences, […] Lire la suite

ERYA [EUL-YA]

  • Écrit par 
  • Kristofer SCHIPPER
  •  • 182 mots

Le plus ancien des dictionnaires chinois, un des treize classiques du confucianisme. Le Erya n'est pas un dictionnaire de caractères, mais un vocabulaire avec des explications. Ce vocabulaire paraît surtout emprunté au Livre des odes ou Shi jing , dont les expressions dialectales nécessitent une « interprétation en langue courtoise » (tel est le sens du titre). D'abord attribué au duc de Zhou, i […] Lire la suite

ESTIENNE ou ÉTIENNE LES

  • Écrit par 
  • Anne BEN KHEMIS
  •  • 712 mots

Au xvi e siècle, les Estienne forment une famille d'imprimeurs et d'érudits. Célèbres en leur temps, ils le sont demeurés pour la qualité des travaux auxquels ils se sont attachés. Leur marque, un olivier, évoque Laure de Montolivet, mère d'Henri I er Estienne. Henri I er , collaborant avec Hopyl, un Allemand, imprime au début du siècle plus de cent vingt ouvrages en latin. Peu de temps après sa […] Lire la suite

Voir aussi

Pour citer l’article

Bernard QUEMADA, « DICTIONNAIRE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 08 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/dictionnaire/