CONSENSUS

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« Comment se forme un concours unanime parmi des individus séparés ? » Envisagée de cette façon, la notion de consensus implique l'analyse des mécanismes et des procédures qui font naître la décision collective.

Mais, derrière cette scène apparente – scène politique où s'instruit et se construit la volonté commune –, existe un autre ordre, plus profond, dissimulé aux agents sociaux et qui fait qu'on parlera de consensus même lorsqu'il y aura désaccords et conflits au sein d'une société. « Comment une collection d'individus peut-elle constituer une société ? » Telle est l'autre question à laquelle voulaient répondre les théoriciens du droit naturel lorsqu'ils supposaient un acte primordial – acte mythique, sans existence historique et toujours « déjà là » – par lequel un peuple se fait peuple.

La notion de consensus permet d'englober ces deux niveaux d'interrogation. Elle renvoie en premier lieu à ce lien social implicite qui explique que, par-delà ce qui les oppose, les membres d'une communauté se reconnaissent une affiliation et une fraternité culturelle qui font d'eux des « concitoyens ». Elle renvoie ensuite aux formes des débats et aux règles des affrontements légitimes qui organisent la vie politique. On peut, dès lors, définir le consensus. C'est cet accord général minimal qui fait qu'une société est une société, que les individus qui en sont membres reconnaissent les mêmes valeurs, se conforment aux mêmes normes et s'interdisent mutuellement l'usage privé de la violence dans la solution de leurs conflits.

Le consensus tend ainsi à produire l'ordre où ne serait que le désordre et à instituer la paix où n'existerait que la guerre de tous contre tous. Certes, le degré de consensus peut varier d'une société à une autre, mais il ne saurait y [...]


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Écrit par :

  • : professeur émérite, université de Paris-V-Sorbonne

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Pour citer l’article

André AKOUN, « CONSENSUS », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 14 novembre 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/consensus/