ATTRIBUTION CAUSALE, psychologie sociale

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Afin de mieux comprendre et prédire leur environnement, les individus tentent régulièrement d’identifier les causes responsables d’événements physiques et de comportements sociaux. L’attribution causale concerne les processus psychologiques impliqués dans ce raisonnement. Elle peut également être entendue comme le produit de ce raisonnement (« si Jean a raté son examen, c’est parce qu’il est paresseux »). Suivant les circonstances, l’attribution causale correspondra à un processus largement automatisé ou, au contraire, très élaboré.

L’attribution causale, qui trouve ses origines dans les travaux des philosophes David Hume et John Stuart Mill, a suscité un intense intérêt en psychologie, du fait de ses importantes implications sociales et de sa nature souvent biaisée. Son étude a pour fondateur Fritz Heider, lequel est né à la fin du xixe siècle et a publié en 1958 son ouvrage majeur The Psychology of Interpersonal Relations. Heider n’a pas élaboré une théorie intégrative de l’attribution causale, mais son approche a eu une influence déterminante dans l’étude de ce phénomène. Selon Heider, dans leur raisonnement causal, les individus se réfèrent à deux catégories d’explications : les causes internes et les causes externes. Par exemple, un accident de voiture peut être expliqué par le mauvais état de la chaussée (cause externe) et (ou) par le manque de prudence d’un conducteur (cause interne).

Trois biais ont été largement étudiés en psychologie dans l’intégration des causes internes et externes :

Le biais acteur/observateur : la tendance générale à recourir à des explications internes pour expliquer les comportements observés chez autrui, et à recourir à des explications externes pour expliquer son propre comportement.

Le biais de complaisance : la tendance à expliquer ses réussites par des facteurs internes (ses efforts, son intelligence), mais ses échecs par des facteurs externes (son manque de chance, la difficulté de la situation).

Le biais de disposition (ou erreur fondamentale d’attribution, ou biais de correspondance ou encore de surattribution) : la tendance à expliquer le comportement d’autrui par des facteurs internes même lorsqu’il apparaît que des facteurs externes ont fortement contribué à produire ce comportement.

De manière ironique, l’explication des biais de complaisance et de disposition par les psychologues sociaux a, elle-même, largement favorisé des explications internes, telles que la motivation des individus à assurer une image positive d’eux-mêmes ou à maintenir des croyances positives sur le monde, leur paresse intellectuelle ou encore leur conditionnement idéologique.

Un autre psychologue très influent dans l’étude de l’attribution causale est Harold Kelley, qui a proposé en 1967 une théorie intégrée de l’attribution causale : le modèle de la covariation. Kelley avance que trois dimensions sont utilisées dans le raisonnement causal pour expliquer les réactions ressenties vis-à-vis d’un stimulus :

Le consensus, lequel est faible si une réaction à un stimulus est observée chez une seule personne (Marie est la seule à avoir apprécié X), mais fort si elle est partagée socialement (les gens apprécient généralement X).

La consistance, laquelle est faible si une réaction à un stimulus varie dans le temps (Marie n’a apprécié qu’une seule fois X), mais forte si elle est temporellement stable (Marie a toujours apprécié X).

La différenciation, laquelle est faible si une réaction est indiscriminée (Marie apprécie X, mais aussi W, F, G, Z), mais forte si elle est spécifique (Marie a une préférence très marquée pour X).

Harold Kelley avance que la configuration des valeurs (fortes ou faibles) sur ces trois dimensions permet à un observateur de se prononcer sur la source interne (l’acteur) ou externe (le stimulus ou les circonstances) d’une réaction à un stimulus. L’approche de Kelley a été critiquée pour son excessive rationalité et parce que les observateurs disposent rarement de l’information ou de la motivation nécessaires à ce type de raisonnement.

D’autres approches, plus minoritaires, ont mis en avant le rôle des règles conversationnelles et des contrastes de référence dans l’élaboration de l’explication causale.

Pour les approches conversationnelles, certains biais d’attribution (et singulièrement l’erreur fondamentale d’attribution) trouvent leur origine dans les pressions communicationnelles inhérentes au dispositif d’étude de ce biais. Par exemple, si on demande à un observateur de se prononcer sur la personnalité (cause interne) de Tom alors qu’il est clair par ailleurs que Tom a été contraint de se comporter comme il l’a fait (cause externe), le participant infère qu’il est censé produire un jugement sur Tom.

La notion de contraste de référence renvoie quant à elle au fait que l’attribution causale implique le choix arbitraire d’un contraste de référence pour construire son jugement. Par exemple, s’il s’agit d’expliquer pourquoi Marie rentre chez son copain à 2 heures du matin, le contraste de référence de Marie pourrait être « plutôt que 4 heures » et le contraste de référence de son copain pourrait être « plutôt que directement après sa séance de sport ». Les deux référents stimuleront probablement l’évocation d’explications différentes chez Marie et son copain.

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Écrit par :

  • : docteur en psychologie, professeur, université catholique de Louvain (Belgique)

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Pour citer l’article

Olivier CORNEILLE, « ATTRIBUTION CAUSALE, psychologie sociale », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/attribution-causale-psychologie-sociale/