COMMERCE INTERNATIONALDivision internationale du travail

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À l'image de la célèbre manufacture d'épingles dépeinte par Adam Smith (La Richesse des nations, 1776), dans laquelle chaque ouvrier se voyait affecté à une tâche précise participant à la production de l'atelier, la notion de division internationale du travail (D.I.T.) fait référence à la spécialisation des économies nationales dans des activités particulières, laquelle donne lieu à des échanges commerciaux. La participation à la D.I.T. implique, en effet, dans un pays, l'abandon (total ou partiel) des activités les moins efficaces économiquement, qui sont concurrencées par les importations, et l'affectation des ressources ainsi libérées (hommes, capitaux, ressources naturelles) aux activités les plus efficaces, dont le produit sera exporté. La variété des « Made in » indiqués sur les produits que nous consommons quotidiennement offre un raccourci saisissant de la très forte interdépendance des économies. Il est d'usage de parler de « nouvelle division internationale du travail », à propos des modalités actuelles de partage international des tâches, un phénomène qui a connu une accélération récente.

L'échange international porte également sur les services : ces échanges sont toutefois beaucoup moins libéralisés que ceux qui portent sur les biens et s'appuient pour l'essentiel sur la présence à l'étranger (une banque installe une filiale à l'étranger et distribue sur place des services financiers), ou a contrario sur le déplacement du consommateur (un cafetier parisien servant une eau gazeuse à un touriste étranger exporte un service). Il s'agit donc d'une logique très différente de la D.I.T. telle qu'elle est envisagée dans cet article.

Matières premières du Sud contre production industrielle du Nord

L'échange international apparaît dès les toutes premières civilisations, comme en témoigne la mise au jour de poteries ou de monnaies anciennes bien loin de leur lieu de production. C'est que l'échange, dont les économistes montrent le caractère mutuellement avantageux, est aussi ancien que l'industrie humaine. L'échange est la rencontre de deux raretés relatives : ce qui est plus rare dans un pays l'est moins dans un autre, et chaque pays est prêt à abandonner une certaine quantité de ce dont il dispose en abondance relative pour se procurer ce dont l'autre pays dispose abondamment. Les bases de la D.I.T. ne sont pas différentes aujourd'hui : les différences relatives de dotations en ressources et les écarts de productivité et de technologie entre les pays permettent effectivement de rendre compte du contenu du panier de biens importés et exportés par ces pays. Ce qui est nouveau, en revanche, a trait à l'étendue de cette D.I.T., aux formes qu'elle prend, et à la profonde interdépendance de nos économies.

La spécialisation des productions suppose des contacts réguliers, des moyens de transport efficaces, l'existence de marchés structurés, une ouverture des frontières (par la négociation ou le canon, selon les circonstances). À l'échelle historique, toutes ces conditions n'ont été vraiment réunies que très récemment. Les grandes plaines de la Russie déversent au xixe siècle leurs grains sur une Europe de l'Ouest qui développe alors des productions industrielles. L'Angleterre bloque le développement du textile-habillement dans sa grande colonie des Indes et exporte les « indiennes », tissées chez elle. L'Allemagne exporte des locomotives... Le « long xixe siècle », que les historiens économiques comme Eric Hobsbawm prolongent jusqu'à la Première Guerre mondiale, est caractérisé par un premier mouvement de mondialisation. Chemins de fer, bateaux à vapeur détrônant les clippers, câbles sous-marins transatlantiques pour le télégraphe, développement de l'industrie et mécanisation de l'agriculture, libre-échange britannique, émergence de nouveaux pays industriels (les États-Unis), tout est en place pour que l'interdépendance des économies s'accroisse fortement. Et effectivement, l'intensité des échanges entre pays industriels, au déclenchement de la Première Guerre mondiale, atteint un niveau qui ne sera retrouvé que dans les années 1970, à la fin des Trente Glorieuses.

À cette occasion se met en place une D.I.T. que l'on qualifie de « traditionnelle ». Aux pays pauvres la spécialisation dans les matières premières ou agricoles, aux riches la production industrielle. Les gains de productivité, issus de l'application du progrès technique, apparaissent de façon privilégiée dans les usines ; le niveau de vie d'un pays dépendant grosso modo de son niveau de productivité, la question de l'enfoncement des pays exportateurs de produits primaires dans le sous-développement a logiquement constitué un argument de poids en faveur des politiques « autocentrées » visant, après la décolonisation, à tout produire sur une base autonome afin d'éviter de participer à ce qui a pu être appelé à l'époque un « échange inégal », selon le titre d'un ouvrage d'Arghiri Emmanuel (1969). Cette politique, qui a lamentablement échoué, a mis en évidence l'existence de rendements d'échelle croissants (les grandes unités de production sont plus efficaces que les petites : en augmentant l'échelle de la production, on réduit le coût par unité produite), et donc l'intérêt de participer au commerce mondial, ne serait-ce que pour pouvoir développer des unités de production de taille suffisante, dont une partie de la production pourra être exportée. En retour, l'importation de biens fabriqués de façon efficace et intégrant les technologies étrangères est à la fois moins coûteuse que la production sur place et source de déversement (spill over) technologique.

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Pour citer l’article

Lionel FONTAGNÉ, « COMMERCE INTERNATIONAL - Division internationale du travail », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 08 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/commerce-international-division-internationale-du-travail/