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CHANSON FRANÇAISE

Dans toutes les cultures, la parole chantée est le plus ancien mode d'expression poétique. La musique, expression en soi, constitue aussi un système mnémotechnique qui permet de mieux retenir les paroles, comme la versification ou la rime. La chanson française n'échappe pas à ces règles. Il ne nous reste rien de la culture poétique gauloise. Mais, dès l'époque des serments de Strasbourg (842), un manuscrit, le Carmine juxta rusticorum, aurait conservé les paroles de chansons en langue romane, dans un créole gallo-latin qui deviendra la langue française : dans le chant d'église en latin s'intercalent des variations en langue populaire, les tropes. Pendant tout le Moyen Âge, on observe un va-et-vient permanent entre le profane et le sacré. L'église adopte des airs profanes pour ses cantiques, le populaire s'empare d'airs d'église pour les chansons qui rythment sa vie quotidienne.

Autre va-et-vient, comme l'a remarqué le parolier Étienne Roda-Gil (1941-2004), la chanson circule de la salle à manger du seigneur au champ du paysan, constituant ainsi un puissant facteur d'unification de la langue française. Soulignons cependant que le gros des paroles de la chanson traditionnelle française ne remonte pas « à la nuit des temps » mais aux xviiie et xixe siècles. L'analyse musicale plaide néanmoins en faveur d'origines extrêmement anciennes, médiévales, pour des chansons comme La Légende de saint Nicolas ou J'ai vu le loup, le renard, la belette – encore très populaire au Québec ou en Louisiane.

De la révolution occitane à la chanson populaire

La Chanson de Roland (vers 1100) et d'autres chansons de geste, psalmodiées, accompagnées d'instruments, les lais de Marie de France, poétesse établie en Angleterre (active entre 1160 et 1185), relèvent-ils de la chanson, hors du système couplets-refrain ? Une chose est certaine : la première grande révolution chansonnière se situe en Occitanie, avec l'apparition des troubadours, dans la première moitié du xiie siècle. Dans cette société extrêmement raffinée qui bénéficie des apports de l'Espagne musulmane, la chanson est le véhicule privilégié de l'amour courtois. Avec la répression du catharisme, les armées de Simon de Montfort écrasent aussi le fin'amor mais ramènent dans la langue d'oïl du nord du pays quelques-unes des idées civilisatrices du miracle occitan. Des troubadours d'oc, on passe aux trouvères d'oïl. Le plus souvent, le poète appartient à la noblesse et ne peut chanter en public ; il se fait donc accompagner par un jongleur, qui sera son « porte-voix ».

Pour le Moyen Âge, il n'existe pas de poésie non chantée. Mais, au xiie siècle, une révolution musicale, l'essor de la polyphonie, avec Pérotin-le-Grand et l'école de Notre-Dame, va peu à peu créer une fracture entre musique savante et musique populaire. Au fil des siècles, celle-ci va s'accentuer. Mais, parmi les premiers ouvrages imprimés en langue française figurent des recueils de chansons, pêle-mêle de chansons de ville et de chansons paysannes. Nouveaux va-et-vient entre les cultures urbaines et les cultures rurales, entre les chansons aux mille versions anonymes de la tradition et les chansons de lettrés ou de semi-lettrés. Si un Guillaume de Machaut (1300 environ-1377) est autant auteur-compositeur que poète et musicien, si les poèmes de Ronsard ou ceux qui sont attribués à Louise Labbé, comme ceux de leurs homologues italiens, s'agrémentent de luth et de roulades de voix, la polyphonie de Clément Janequin (1485 environ-1558), dont la complexité rend le texte quasi incompréhensible, consomme le divorce entre chanson savante et chanson populaire. Jusqu'à aujourd'hui, certains lettrés en garderont une nostalgie et, en marge de leurs œuvres « sérieuses », écriront des « petites chansons[...]

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Pour citer cet article

Hélène HAZERA. CHANSON FRANÇAISE [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

Article mis en ligne le et modifié le 14/03/2009

Médias

Maurice Chevalier - crédits : Hulton Archive/ Getty Images

Maurice Chevalier

Mistinguett - crédits : Hulton-Deutsch Collection/ Corbis/ Getty Images

Mistinguett

Joséphine Baker - crédits : Hulton Archive/ Getty Images

Joséphine Baker

Autres références

  • ARRANGEURS DE LA CHANSON FRANÇAISE

    • Écrit par
    • 7 929 mots
    • 3 médias

    Si une chanson est au départ une subtile union de paroles écrites par un auteur et d’un air créé par un compositeur, c’est grâce à un accompagnement musical approprié, fruit du travail d’un arrangeur, qu’elle prend toute sa valeur auprès de son interprète.

    Arrangeurs ! Ce mot étonnant...

  • HIGELIN ARTHUR dit ARTHUR H (1966- )

    • Écrit par et
    • 1 183 mots
    • 1 média

    Saltimbanque de la chanson française qui jongle avec le jazz, le rock, l’électro et la pop, le chanteur et musicien Arthur H a su s’affranchir de l’héritage de son père, Jacques Higelin, pour imposer sa voix caverneuse et ses paroles empreintes de poésie surréaliste.

  • AZNAVOUR CHARLES (1924-2018)

    • Écrit par
    • 1 586 mots
    • 1 média

    Maurice Chevalier a dit de lui : « Il a osé chanter l'amour comme on le ressent, comme on le fait, comme on le souffre. » Pourtant le chemin fut long et difficile et, avant de connaître une gloire internationale, Charles Aznavour a bien failli subir l'échec définitif magnifiquement décrit dans « Je...

  • BAKER JOSÉPHINE (1906-1975)

    • Écrit par et
    • 1 155 mots
    • 4 médias
    À partir de 1927, Joséphine Baker se lance dans la chanson. Sa voix de soprano et son accent américain lui confèrent un charme particulier qui plaît à un large public. En 1930, elle connaît un succès retentissant avec sa chanson « J’ai deux amours » (paroles de Géo Koger et Henri Varna, musique...
  • BARBARA (1930-1997)

    • Écrit par
    • 2 850 mots
    • 2 médias

    L’auteure-compositrice et interprète Barbara est de ces artistes qui ont fait de la chanson l’apanage d’une poésie populaire capable d’effleurer les émotions juste avant qu’elles ne s’évanouissent. Cette œuvre – à moins qu’il ne s’agisse des marges d’une autofiction impossible – a révélé un...

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