BAKER JOSÉPHINE (1906-1975)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Médias de l’article

Joséphine Baker à Paris

Joséphine Baker à Paris
Crédits : Walery/ Getty Images

photographie

Joséphine Baker

Joséphine Baker
Crédits : Hulton Archive/ Getty Images

photographie

Remise de la légion d’honneur à Joséphine Baker, 1961

Remise de la légion d’honneur à Joséphine Baker, 1961
Crédits : Reporters Associés/ Gamma-Rapho/ Getty Images

photographie

Afficher les 3 médias de l'article


« Héroïne de guerre, combattante, danseuse, chanteuse, Noire défendant les Noirs, mais d’abord femme défendant les humains, Américaine et Française. » Tels furent les mots du président Emmanuel Macron lors de la cérémonie de panthéonisation, le 30 novembre 2021, pour montrer toutes les facettes de Joséphine Baker, figure des « années folles ».

Une jeunesse américaine

Freda Josephine McDonald naît le 3 juin 1906 à Saint Louis dans le Missouri, aux États-Unis. Ses parents sont musiciens et danseurs. Son père, Eddie Carson, probablement d’origine espagnole, ne la reconnaît pas et quitte la famille en 1907. Sa mère, une Noire américaine nommée Carrie McDonald, se remarie alors avec un ouvrier. Joséphine grandit dans un foyer très pauvre, aux côtés de ses trois frère et sœurs. Afin d’aider sa famille, elle travaille comme domestique, et quitte définitivement l’école en février 1920. À l’âge de seulement treize ans, elle se marie, mais cette union ne dure pas. Elle rejoint alors une troupe de danse et c’est au cours d’une tournée à Philadelphie qu’elle épouse Willie Baker, dont elle conservera le nom pour la scène. Elle le quitte en 1923 et poursuit sa carrière à New York où elle se produit à Broadway.

Une figure du Paris des « années folles »

photographie : Joséphine Baker à Paris

Joséphine Baker à Paris

L'Américaine Joséphine Baker (1906-1975) arrive à Paris avec la Revue nègre, en 1925, et s'impose auprès du public français par le succès et le scandale provoqué par sa ceinture de bananes. 

Afficher

En 1925, l’Américaine Caroline Dudley lui propose de se rendre à Paris pour participer à la Revue nègre, un spectacle qu’elle est en train de monter, dont la création est confiée à des artistes noirs (les Blackbirds), et qui mêle de la musique jazz à des chorégraphies sensuelles et burlesques. Bien qu’elle fasse scandale, la revue, dont les décors et les affiches sont signés Paul Colin, est un succès. La prestation de Joséphine Baker en particulier fait sensation, non seulement en raison de sa manière non conventionnelle de danser – et du fait qu’elle soit quasi nue sur scène –, mais aussi par les rythmes entêtants, jusqu’alors inconnus en France, des musiques interprétées (le charleston notamment). Joséphine Baker s’installe alors en France et se produit au Théâtre des Champs-Élysées puis aux Folies-Bergères. Vêtue d’une simple ceinture de bananes, elle triomphe comme meneuse de revues dans le spectacle La Folie du jour, une satire de la vision colonialiste du « bon sauvage ».

photographie : Joséphine Baker

Joséphine Baker

Joséphine Baker (1906-1975) est arrivée à Paris avec une troupe américaine qui présentait la Revue nègre au théâtre des Champs-Élysées, en 1925. Elle s'établit en France pour y mener sa carrière de meneuse de revue, de chanteuse et d'actrice. 

Afficher

À partir de 1927, Joséphine Baker se lance dans la chanson. Sa voix de soprano et son accent américain lui confèrent un charme particulier qui plaît à un large public. En 1930, elle connaît un succès retentissant avec sa chanson « J’ai deux amours » (paroles de Géo Koger et Henri Varna, musique de Vincent Scotto, créée au Casino de Paris). Reprenant de manière parodique les thèmes chers à l’exotisme colonial, Joséphine Baker devient une figure de l’effervescence culturelle et artistique des années 1920, qu’on nomme « années folles ». En parallèle à sa carrière de danseuse et de chanteuse, elle se produit au cinéma, où elle se voit parfois confier le premier rôle, comme dans Zouzou de Marc Allégret (1934). Elle inspire des écrivains tels qu’Ernest Hemingway ou Francis Scott Fitzgerald, mais aussi des peintres comme Pablo Picasso, ou le couturier Christian Dior.

Forte de cette popularité, elle retourne en 1936 aux États-Unis pour une tournée. Le succès n’est pas au rendez-vous dans ce pays où la ségrégation raciale est toujours aussi violente. De retour en France, elle épouse en 1937 un industriel juif, Jean Lion, et acquiert la nationalité française.

L’engagement dans la Résistance

photographie : Remise de la légion d’honneur à Joséphine Baker, 1961

Remise de la légion d’honneur à Joséphine Baker, 1961

Dans le jardin de son château des Milandes (Dordogne), le 19 août 1961, Joséphine Baker reçoit la Légion d'honneur en récompense de son engagement pour la France durant la Seconde Guerre mondiale. 

Afficher

Durant la Seconde Guerre mondiale, Joséphine Baker s’engage au sein de la Croix-Rouge. Dès septembre 1939, elle est recrutée par le 2e bureau des Forces françaises libres (FFL). Elle devient agent de renseignements et sert de couverture au capitaine Jacques Abtey (chef du contre-espionnage militaire à Paris). Son travail lui permet en effet de se déplacer fréquemment et lui donne ainsi l’occasion de transmettre des informations sans attirer l’attention. Des messages codés sont par exemple dissimulés dans ses partitions de musique. Envoyée en mission au Maroc de 1941 à 1944, elle chante devant les troupes françaises et alliées en Afrique du Nord et au Moyen-Orient. En 1942, elle est promue sous-lieutenant dans l’aviation des FFL. En 1946, son engagement pour la France lui vaut la médaille de la Résistance, puis en 1961 lui seront décernées la Légion d’honneur à titre civil et la croix de guerre avec palme.

Un idéal de paix et de fraternité

En 1947, alors qu’elle a repris sa carrière internationale sans que son succès se soit démenti, Joséphine Baker épouse un chef d’orchestre de renom, Jo Bouillon, et s’installe avec lui au domaine des Milandes, en Dordogne. Ils ont un idéal commun : fonder un « village du monde », « capitale de la fraternité universelle ». Leur projet est de montrer au monde entier que des enfants de nationalités et de religions différentes peuvent vivre ensemble dans la paix. À partir de 1955, ils adoptent douze enfants originaires de divers pays (Corée, Japon, Finlande, Colombie, France, Algérie, Côte d’Ivoire, Venezuela, Maroc). Malgré le divorce du couple en 1961, Joséphine Baker préserve sa « tribu arc-en-ciel ».

Dès les années 1950, elle rejoint le Mouvement afro-américain des droits civiques, écrit des articles et intervient publiquement, dénonçant le racisme et la ségrégation aux États-Unis, dont elle a elle-même souffert. Le 28 août 1963, elle participe à la Marche sur Washington pour l’emploi et la liberté, vêtue de l'uniforme des Forces françaises libres. Elle est alors la seule femme à s’exprimer au côté de Martin Luther King, rendant hommage à l’activiste Rosa Parks.

Très endettée, Joséphine Baker doit vendre le château des Milandes en 1968. Elle s’installe alors sur la Côte d’Azur, soutenue par la princesse Grace de Monaco. Pour rembourser ses dettes, elle remonte sur scène au début des années 1970 puis triomphe dans une rétrospective de sa carrière au théâtre Bobino, à Paris, en 1975. Frappée par la maladie après trois semaines de revue, elle meurt des suites d’une hémorragie cérébrale le 12 avril 1975.

Le 30 novembre 2021, sur décision du président de la République Emmanuel Macron, Joséphine Baker est intronisée au Panthéon, en tant que figure de l’esprit de résistance, de liberté et de fraternité. C’est la première femme noire à recevoir cet honneur. Toutefois, sa famille a tenu à ce que son corps reste inhumé à Monaco.

—  Mélanie WEYL, Universalis

Écrit par :

  • : professeure certifiée classe exceptionnelle d'histoire géographie

Classification

Autres références

«  BAKER JOSÉPHINE (1906-1975)  » est également traité dans :

BAKER JOSÉPHINE (1906-1975)

  • Écrit par 
  • Louis-Jean CALVET
  •  • 508 mots
  •  • 2 médias

Après avoir effectué ses débuts dans la comédie musicale à Broadway et à Philadelphie, Joséphine Baker participe à une tournée en France des Black Birds (1925) : c'est la Revue nègre présentée au théâtre des Champs-Élysées, et dont les décors et l'affiche sont signés par Paul Colin. Pratiquement nue (ses reins sont entourés d'une corolle de bananes), Joséphine Baker danse sur d […] Lire la suite

LE MODÈLE NOIR DE GÉRICAULT À MATISSE (exposition)

  • Écrit par 
  • Julie RAMOS
  •  • 1 325 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Rendre visible et nommer »  : […] Le « modèle » du titre doit s’entendre dans le double sens du sujet anonyme posant pour les artistes et de la personnalité médiatique, mais souvent caricaturée, qu’elle soit politique (Jean-Baptiste Belley, Toussaint Louverture), littéraire (Alexandre Dumas), qu’elle appartienne au monde du spectacle (Ira Aldridge, Maria Martinez, Tom Wiggins) ou à celui des arts visuels (Théodore Chassériau, Guil […] Lire la suite

RENAISSANCE DE HARLEM

  • Écrit par 
  • George HUTCHINSON
  • , Universalis
  •  • 8 930 mots

Dans le chapitre « La question de l'« art nègre » »  : […] La fascination internationale pour le jazz, ses liens avec la vie quotidienne noire et la virtuosité exceptionnelle de ses musiciens encouragèrent les intellectuels noirs relevant d'autres domaines à se tourner de plus en plus vers des formes esthétiques spécifiquement « nègres » afin d'y trouver l'innovation et une nouvelle expression de soi. Cette tendance apparut dans les concerts, les chorales […] Lire la suite

Voir aussi

Les derniers événements

23 août 2021 France. Annonce de l'entrée au Panthéon de Joséphine Baker et d'un hommage national à Gisèle Halimi.

Le 23, l’Élysée annonce l’entrée au Panthéon, en novembre, des cendres de la Franco-Américaine Joséphine Baker, femme noire, militante antiraciste, résistante durant la Seconde Guerre mondiale et artiste de music-hall. Ce choix est présenté comme une illustration de la volonté du chef de l’État de bâtir une « France réconciliée ». « Incarnation de l’esprit français », Joséphine Baker sera la deuxième femme qu’Emmanuel Macron fait entrer au Panthéon après Simone Veil en juillet 2018. […] Lire la suite

Pour citer l’article

Mélanie WEYL, « BAKER JOSÉPHINE - (1906-1975) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/josephine-baker/