AZNAVOUR CHARLES (1924-2018)

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Maurice Chevalier a dit de lui : « Il a osé chanter l'amour comme on le ressent, comme on le fait, comme on le souffre. » Pourtant le chemin fut long et difficile et, avant de connaître une gloire internationale, Charles Aznavour a bien failli subir l'échec définitif magnifiquement décrit dans « Je m'voyais déjà » (1961), bouleversant portrait hyperréaliste d'un artiste aux illusions déçues. De 1946 à 1959, rien ne pouvait laisser présager du destin de celui que les critiques surnommaient « l'enroué vers l'or ».

Charles Aznavour

Photographie : Charles Aznavour

« Formi formidable » chanteur populaire qui a su se tailler un destin à la hauteur de ses rêves, Charles Aznavour a évoqué ses illusions et ses désillusions dans nombre de ses chansons : « Je m'voyais déjà » (1960), « Hier encore » (1964), « La Bohème » (1965), « Mes... 

Crédits : Henri Bureau/ Corbis/ VCG/ Getty Images

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L'histoire de la famille de Charles Aznavour se confond avec celle du peuple d'Arménie. Sa mère, Knar (« lyre », en arménien) Baghdassarian, née en 1902 à Izmit, en Turquie, devient comédienne et chanteuse. Tout en poursuivant ses études, elle tient la rubrique spectacle d'un journal et c'est en l'interviewant qu'elle rencontre Misha Aznavourian, baryton d'opérette, qu'elle épouse à Constantinople en 1923. Les massacres turcs contre les Arméniens ayant repris – huit ans après 1915 –, le couple fuit vers la Grèce. Lors d'une escale à Salonique, où naît Aïda, la sœur aînée de Charles, ils décident de s'installer en France et de rejoindre Missak, le grand-père paternel de Charles, qui a ouvert à Paris un restaurant, Le Caucase, rue Champollion, fréquenté par la diaspora arménienne.

C'est le 22 mai 1924, rue d'Assas à Paris, que naît Shahnourh Aznavourian. La sage-femme n'arrivant pas à épeler son prénom, le francise d'autorité en Charles. L'enfant grandit entouré de chanteurs, de danseurs, d'acteurs, de musiciens, écoute tous les jours de nouveaux disques et va plusieurs fois par semaine au cinéma. À neuf ans, il tient son premier rôle dans Un bon petit diable, au Théâtre du Petit Monde. Véritable enfant de la balle, il joue un petit Noir dans Émile et les détectives au studio des Champs-Élysées, avant d'interprèter Henri IV enfant dans La Reine Margot d'Édouard Bourdet, aux côtés de Pierre Fresnay et d'Yvonne Printemps, sur la scène du Théâtre Marigny. On le verra également dans Beaucoup de bruit pour rien à la Madeleine et dans L'Enfant, de Victor Margueritte, à l'Odéon. Après une participation remarquée dans une troupe marseillaise, Piotr et ses Cigalounettes, il est engagé à l'Alcazar de Paris dans Vive Marseille, une revue menée par Berval. Il court les radio-crochets et fait, à quatorze ans, une brève apparition dans Les disparus de Saint-Agil de Christian-Jaque, où il rencontre le jeune Mouloudji.

Lorsque la guerre est déclarée, Misha et Knar essayent tant bien que mal de subvenir aux besoins de la famille. Ils acceptent tous les emplois qui se présentent tandis que leurs enfants les aident du mieux qu'ils peuvent. Charles s'improvise marchand de journaux sur les grands boulevards. « Ma voix, je me la suis forgée en vendant des journaux à la criée », dira-t-il plus tard. Il réussit à se faire admettre comme auditeur libre au Conservatoire dans la classe de Georges Leroy, sociétaire de la Comédie-Française et auteur d'une Grammaire de la diction. Il y côtoie des élèves qui connaîtront un parcours prestigieux : Gérard Philipe, Maria Casarès, Robert Dhéry, Colette Brosset, Jacques Charron, Alice Sapritch... Il tient le rôle principal dans Arlequin magicien, mis en scène par Jean Dasté. Il a dix-sept ans et écrit chaque matin une chanson. Il rencontre Pierre Roche, pianiste et compositeur, avec qui il monte un duo. Ils mettent au point un répertoire à base de jeux de mots, d'onomatopées, très inspiré par le swing et le jazz. En 1946, lors d'une émission de radio, Francis Blanche présente Roche et Aznavour à Édith Piaf. Séduite, celle-ci les engage pour une tournée franco-suisse avec les Compagnons de la chanson. Elle est intéressée par les textes de Charles, qui sont, dit-elle, « remplis de trucs qu'on ne peut pas dire sur une scène ». Elle le surnomme le « génie con » et, jusqu'en 1954, il vivra dans son ombre, l'accompagnant au piano sur scène.

En 1947, Georges Ulmer obtient le grand prix du disque avec « J'ai bu », signé Roche et Aznavour. Malgré ce succès, le duo se sépare en 1950. Pierre Roche s'installe au Québec et Aznavour rejoint les prestigieuses éditions Raoul Breton (dont il deviendra copropriétaire avec Gérard Davoust en juin 1992), où sont publiées, notamment, les œuvres de Charles Trenet et de Mireille. Il se met au travail et propose « Je hais les dimanches » à Édith Piaf, qui refuse la chanson ; c'est Juliette Gréco qui l'enregistrera. Suivent des titres pour Eddie Constantine (« Et bâiller et dormir », 1951), Gilbert Bécaud (« Viens », « Donne-moi », 1951), Édith Piaf (« Jezebel », « Il pleut »), Maurice Chevalier (« Mômes de mon quartier »), puis les Compagnons de la chanson, Jean-Claude Pascal, Johnny Hallyday (« Retiens la nuit »), Sylvie Vartan (« La Plus Belle pour aller danser »).

Malgré son succès de parolier, Aznavour tient à s'imposer comme chanteur. Il enregistre chez Selmer, mais les ventes de ses disques ne décollent pas. C'est en 1953, au Maroc, qu'il va voir ses efforts récompensés. Casablanca puis les autres villes du royaume chérifien ne tardent pas à succomber aux charmes du « petit » Charles, qui obtiendra jusqu'à dix-sept rappels. De retour à Paris, il reste trois mois à l'affiche du Moulin-Rouge. Bruno Coquatrix lui ouvre l'Olympia du 1er au 21 juin 1955, dans le même programme que Sydney Bechet. Il crée « Sur ma vie », une chanson qui sera enregistrée la même année couplée avec un autre succès, « Après l'amour », un titre qui fait entrer l'auditeur dans l'intimité d'une chambre à coucher et qui vaudra à Charles Aznavour un nouveau sobriquet, « le crucifié du traversin ».

Eddie Barclay l'engage dans sa maison de disques et lui fait enregistrer de nouvelles chansons qu'il signe avec son beau-frère Georges Garvarenz. Les succès s'enchaînent : « Sa jeunesse », « Je ne veux pas rentrer chez moi », « Tu te laisses aller », « Je m'voyais déjà », « La Mamma »...

Jusqu'au début des années 1970, Charles Aznavour traverse une période faste où ses chansons entrent directement dans la mémoire collective : « Les Plaisirs démodés », « Hier encore », « Que c'est triste Venise », « For me Formidable », « Désormais, « Paris au mois d'août », « Comme ils disent », « Emmenez-moi » ou [...]

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ARRANGEURS DE LA CHANSON FRANÇAISE

  • Écrit par 
  • Serge ELHAÏK
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Pour citer l’article

Alain POULANGES, « AZNAVOUR CHARLES - (1924-2018) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 08 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/charles-aznavour/