HIGELIN JACQUES (1940-2018)

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Le parcours de l'auteur-compositeur et interprète Jacques Higelin est atypique et exemplaire. Alors que le disque était tout puissant, il fut l'un des rares à avoir construit son succès sur scène.

Jacques Higelin

Photographie : Jacques Higelin

Chanteur fou émerveillé dès son plus jeune âge par la joie de vivre et le swing de Charles Trenet, Jacques Higelin (photographié ici en 1988) faisait de ses concerts des moments de communion intense avec son public. 

Crédits : Annie Goudeneiche/ SIPA

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C'est dans un village de l'est parisien, Brou-sur-Chantereine, que naît Jacques Joseph Victor Higelin, le 18 octobre 1940. Son enfance est marquée par la guerre et les bombardements. Élevé avec son frère Paul dans une famille modeste, il est bercé par le piano de son père, cheminot. Après guerre, Jacques découvre le jazz, qu'il avait discerné dans les chansons de Charles Trenet. Encouragé par son père, il commence à chanter dans les cinémas, pendant les entractes, puis dans des radio-crochets. Plus intéressé par le spectacle que par les études, il quitte l'école à quatorze ans, devient cascadeur, se fait engager dans une comédie musicale, Nouvelle-Orléans, au côté de Sidney Bechet, et apparaît dans de nombreux petits rôles au cinéma. Henri Crolla, le guitariste d'Édith Piaf et d'Yves Montand, le prend en sympathie et lui apprend à jouer de son instrument. Il s'inscrit aux cours d'art dramatique de René Simon. Élève brillant, il reçoit le prix François-Périer. En 1961, Jacques Higelin est incorporé dans l'armée. Après l'Allemagne, il part pour l'Algérie, où il reste six mois. Il y rencontre le musicien algérien Areski Belkacem, avec qui il se lie d'amitié. À son retour, en 1963, Higelin joue dans Bébert et l'omnibus d'Yves Robert. Il rencontre Bulle Ogier et Jean-Pierre Kalfon dans la troupe de Marc'O, accompagne Georges Moustaki, chante Boris Vian aux Trois Baudets. À la fin de 1964, à la Vieille Grille, il joue Mélancaustique et Maman j'ai peur avec Rufus et Brigitte Fontaine. Jacques Canetti repère le duo Higelin-Fontaine et leur fait enregistrer Douze chansons d'avant le déluge suivi de Quinze chansons d'avant le déluge (1965). Le comédien Jacques Higelin commence à percevoir le potentiel que recèle la chanson. Il se fabrique un répertoire politique et se rapproche de Catherine Ribeiro et de François Béranger. En mai 1968, il est naturellement du côté des contestataires. Il refuse de répondre aux médias officiels et devient la coqueluche des étudiants.

Higelin retrouve son ami Areski et lui présente Brigitte Fontaine. Le trio rejoint le tout jeune label Saravah de Pierre Barouh et enregistre son premier album, Higelin & Areski (1969). L'époque est propice aux initiatives les plus folles. Higelin improvise ainsi avec les musiciens de l'Art Ensemble de Chicago, avec Wild Angels ou Pretty Things. Il joue, au petit théâtre du Lucernaire, Niok, avec Fontaine et Areski. Suivent les albums Jacques Crabouif Higelin (1971), BBH 75 (1974), Alertez les bébés (1976).

Jacques Higelin est un passionné. Il aborde toutes les disciplines artistiques, s'engage dans des combats humanistes, crie sa colère et fait de l'œil aux objectifs. Un public fidèle et de plus en plus ample vient applaudir ses délires en espérant ses caprices. Il donne des spectacles à durée variable selon l'humeur, demande à plusieurs milliers de spectateurs de venir à son concert avec une fleur de tournesol, fraternise avec ses admirateurs et s'impose sur scène comme un artiste impressionnant et physique. Aucun de ses concerts ne ressemble au précédent, il se travestit et se maquille, ses mises en scène sont fastueuses et toujours originales. En 1977, il enregistre Pars, son premier succès discographique. Le double album Champagne pour tout le monde et Caviar pour les autres (1979) l'installe en tant que valeur sûre. Il enchaîne alors les créations, chante à Mogador (Higelin à Mogador, 1981), au Cirque d'Hiver, au Grand Rex (Le Rex, 1992), au Casino de Paris, à Bercy, collectionne les disques d'or et se produit dans tout le monde francophone. En 1990, alors qu’Higelin est déjà père de deux garçons (Arthur et Kên), sa fille Izia voit le jour.

Mais, dans la seconde moitié des années 1990, les ventes de ses disques baissent considérablement. Jacques Higelin est contraint de changer de maison de disques. L'album réalisé alors, sous le label Tôt ou Tard, Paradis païen, n'est pas à la hauteur des espérances. Il ref [...]

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Pour citer l’article

Alain POULANGES, « HIGELIN JACQUES - (1940-2018) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 14 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jacques-higelin/