CATHOLICISMEHistoire de l'Église catholique des origines au pontificat de Jean-Paul II

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Vers la dislocation de la Chrétienté

Vicissitudes du pouvoir pontifical

Dans le conflit qui l'oppose à Philippe le Bel, Boniface VIII (1294-1303) n'affirme avec tant de dogmatisme ses prérogatives de pontife romain que parce qu'il les pressent radicalement mises en question par la doctrine – déjà moderne – de l'État, dont se réclament le roi de France et ses légistes. L'équilibre des forces politiques et spirituelles qui constituait la Chrétienté est menacé dans son principe même.

Pour échapper aux factions qui, dans leurs propres possessions italiennes, paralysent leur pouvoir, les successeurs de Boniface VIII viennent s'installer à Avignon, se plaçant ainsi dans la mouvance française. Philippe le Bel domine le concile de Vienne (1311) et lui fait avaliser sa politique de destruction des Templiers. Poussée jusqu'au schisme, la lutte entre Louis de Bavière et Jean XXII s'appuie elle aussi sur une véritable propagande doctrinale ; l'interprétation averroïste d'Aristote par Marsile de Padoue, la critique nominaliste de Guillaume d'Ockham se développent dans une philosophie politique qui, non contente de soutenir l'autonomie de l'État, s'en prend aussi à la structure monarchique de l'Église. Le retour du pape à Rome (1377) ne fait qu'aviver les intrigues partisanes, et en 1378 la Chrétienté se déchire en deux. Il y a schisme, mais qui est schismatique ? Personne bientôt ne le sait plus. À Rome comme à Avignon, chacun des papes trouve un saint auprès de lui – ici saint Vincent Ferrier, là sainte Catherine de Sienne – pour le fortifier dans sa bonne conscience ; rois et princes accordent ou reprennent leur obédience à l'un ou à l'autre au mieux de leurs intérêts nationaux ; de part et d'autre, de nouveaux conclaves prolongent la situation ; un jour, il y a même trois papes à la fois. Comment les tentatives pratiques pour réduire le schisme n'auraient-elles pas une répercussion profonde sur l'idée même qu'on se fait de l'Église ? Si le concile de Constance réussit à rétablir l'unité (1418), ne serait-ce pas le signe que dans l'Église de Jésus-Christ le pouvoir suprême appartient au concile général, autorité supérieure à celle du pape ? Cette conception conciliariste de l'Église semble triompher au concile de Bâle (1431-1449), mais s'y compromet par les excès auxquels conduit alors la rébellion contre Eugène IV. Celui-ci sait exploiter ces fautes et restaure le prestige de l'autorité pontificale par la manière dont il conduit et fait aboutir le concile de Florence (1438-1445), le premier des conciles occidentaux à se déclarer « œcuménique ».

Des évêques byzantins, en effet, autour de leur empereur, participent à ce concile d'union. La menace grandissante des Turcs sur l'empire, qui a motivé ce désir de rapprochement, ne suffit pas à en expliquer le succès immédiat, qui procède d'une très sérieuse confrontation sur les problèmes théologiques en litige depuis des siècles. Même à Florence, une certaine opposition byzantine – minoritaire au sein même du groupe oriental – n'a jamais désarmé ; dès le retour en Asie, elle rallie le plus grand nombre. L'union aura été une fois de plus éphémère ; la prise de Constantinople par les Turcs en 1453 bouche pour longtemps toutes les perspectives. Mais l'Occident était-il lui-même alors vraiment mûr pour un rapprochement ?

La réforme, nécessaire et difficile

Le thème d'une nécessaire réforme de l'Église « dans sa tête et dans ses membres » est à l'ordre du jour depuis le concile de Vienne (1311). Mais en cette période de déséquilibre les forces de rénovation sont assez souvent aussi des forces de rupture.

Ainsi que les États modernes en formation, la papauté d'Avignon met en place un certain nombre d'organismes administratifs et judiciaires. Mais le financement de cet appareil, celui aussi de tant d'entreprises somptuaires (palais des papes, etc.), entraînent le développement d'une fiscalité dont le poids se répercute sur tous les points de la Chrétienté ; les ressentiments nationaux contre la curie s'en trouvent fortifiés, spécialement en Angleterre et en Allemagne ; conséquence plus grave, le rapport se fausse entre les responsabilités pastorales et les ressources destinées à en permettre l'exercice ; le système bénéficial, avec les abus auxquels co [...]

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Boniface VIII

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-200 à 200 apr. J.-C. La loi romaine

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Pour citer l’article

Jean DANIÉLOU, André DUVAL, « CATHOLICISME - Histoire de l'Église catholique des origines au pontificat de Jean-Paul II », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 23 septembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/catholicisme-histoire-de-l-eglise-catholique-des-origines-au-pontificat-de-jean-paul-ii/