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CATHOLICISME Histoire de l'Église catholique des origines au pontificat de Jean-Paul II

Le catholicisme à la recherche de sa mission dans le monde

Le pontificat de Léon XIII

Léon XIII - crédits : London Stereoscopic Company/ Hulton Archive/ Getty Images

Léon XIII

Succédant à Pie IX (1878), Léon XIII se montre aussi intransigeant dans son refus de la solution imposée par l'Italie à la question romaine. Il critique aussi sévèrement la société moderne et dénonce à son tour les méfaits du libéralisme, du socialisme et de la franc-maçonnerie. Son pontificat marque néanmoins un certain changement d'attitude vis-à-vis du monde. L'influence catholique peut bien s'étendre sans cesse, grâce aux missions, à de nouveaux territoires, elle peut bien animer de fortes minorités là où auparavant elle était inexistante (Angleterre, Pays-Bas, États-Unis), on n'en perçoit pas moins son recul progressif ; les gouvernements sont souvent anticléricaux (Italie, France, Espagne, Portugal), l'incroyance progresse en même temps que la science, le prolétariat urbain se développe – en Europe du moins – en dehors de l'Église. Avertis des dangers qui les menacent, mais forts de la supériorité de ceux qui possèdent la vérité, les catholiques ne doivent-ils pas alors, semblables en cela aux premiers chrétiens, « entrer courageusement partout où s'ouvre un accès » (encyclique Immortale Dei, 1885) ?

Qu'ils entrent dans la vie publique, mais au moment et selon les modalités que le pape lui-même décide ; en Italie, cela veut dire : pas au-delà des affaires communales ; en France, Albert de Mun se voit interdire la création d'un parti catholique (1885), les catholiques sont invités à se rallier sans réticence au régime républicain (1890), la démocratie chrétienne ne saurait être un parti (1901).

Attentif au mouvement des idées et aux initiatives, le Saint-Siège intervient en différents domaines pour encourager, développer, guider. La confrontation des diverses conceptions et expériences du christianisme social dans les congrès annuels de l'Union de Fribourg, à partir de 1884, permet l'élaboration d'une doctrine sur les problèmes modernes du travail que développe en 1891 l'encyclique Rerum novarum. Si le savoir catholique fait généralement pauvre figure devant les développements de la science, de la réflexion philosophique, des méthodes critiques, n'est-ce pas faute de magnanimité dans l'exploitation des trésors de vérité que détient l'Église ? Léon XIII préconise l'étude de la philosophie de saint Thomas, ouvre dès 1885 les Archives vaticanes à tous les chercheurs, encourage la fondation de l'École biblique de Jérusalem (1890), précise la nature de l'inspiration scripturaire (1893), crée à Rome la Commission biblique (1902).

Partisan, non de la séparation, mais de la coopération de l'Église avec les États dont il respecte la souveraineté en leur propre domaine (encyclique Immortale Dei, 1885), Léon XIII s'efforce effectivement de collaborer avec tous, même en l'absence de relations diplomatiques officielles, comme c'est le cas avec la Russie. La préoccupation de l'unité de l'Église est fortement exprimée en 1894 dans la lettre Praeclara gratulationis ; l'invitation très précise qu'elle comporte à l'égard de l'Église d'Orient provoque une réponse brutale du patriarche de Constantinople. En se prononçant négativement sur la nullité des ordinations anglicanes (1896), le pape à son tour semble bloquer tout espoir de réunion en corps de l'Église d'Angleterre. Il y a déjà une manière catholique de poser les problèmes de l'unité.

Tenant ferme à son autorité, mais l'appliquant à pousser clergé et laïque dans une participation plus directe aux combats de la justice comme à ceux de la foi, Léon XIII a engagé l'Église dans une nouvelle dialectique d'ouverture et de conservatisme, d'initiatives et de dirigisme, de sécularisation et de cléricalisme, de pluralisme[...]

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Écrit par

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Médias

Boniface VIII - crédits : Hulton Archive/ Getty Images

Boniface VIII

-200 à 200 apr. J.-C. La loi romaine - crédits : Encyclopædia Universalis France

-200 à 200 apr. J.-C. La loi romaine

Pie IX - crédits : Hulton Archive/ Getty Images

Pie IX

Autres références

  • ABBÉ PIERRE HENRI GROUÈS dit L' (1912-2007)

    • Écrit par Jean-Claude PETIT
    • 1 094 mots

    L'abbé Pierre, de son vrai nom Henri Grouès, voit le jour à Lyon le 5 août 1912. Il est le cinquième d'une famille de huit enfants qu'il qualifie lui-même de bourgeoise. Cette famille nombreuse lui vaudra d'avoir cent vingt-trois neveux et nièces, tous âges, tous degrés et toutes conditions confondus,...

  • ACTION CATHOLIQUE

    • Écrit par Charles BALADIER
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    Trop multiforme et trop étendue pour constituer une véritable organisation, l'Action catholique est plutôt un ensemble de mouvements obéissant à une sorte d'idée-force ou de loi-cadre qui consiste, dans l'Église contemporaine, à faire participer les laïcs à l'apostolat dont...

  • AMÉRICANISME, catholicisme

    • Écrit par Émile POULAT
    • 375 mots

    Doctrine ou attitude condamnée en 1899 par Léon XIII dans sa lettre Testem benevolentiae. « Hérésie fantôme », diront ceux qui étaient ou se sentaient visés. Opinions nouvelles qui amalgament les vertus américaines avec de vieilles erreurs et font le jeu du protestantisme anglo-saxon, expliqueront...

  • AMÉRIQUE LATINE, économie et société

    • Écrit par Jacques BRASSEUL
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    L'Amérique latine est avant tout un continentcatholique : elle porte près de la moitié des fidèles de l'Église de Rome, un tiers de ses évêques. La population est chrétienne à 90 p. 100, et les protestants, en progression, en représentent 20 p. 100, essentiellement au sein des différentes...
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