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CATHOLICISME Histoire de l'Église catholique des origines au pontificat de Jean-Paul II

L'hégémonie de l'Église romaine en Occident

Dans la première partie du xie siècle, les empereurs d'Allemagne ont reconquis assez d'autorité à Rome pour y désigner eux-mêmes les successeurs de saint Pierre. Libérée du jeu avilissant des factions politiques locales, la papauté ne tarde pas à vouloir se dégager également de la tutelle impériale. Le pas est franchi lorsqu'un décret de Nicolas II, en 1059, réserve en priorité le choix du pape aux principaux dignitaires ecclésiastiques de la cité, évêques ou prêtres appelés cardinaux. Bientôt saint Grégoire VII (1073-1085) imprime à l'ensemble de l'Église d'Occident une nouvelle orientation par une affirmation intransigeante de l'autorité du Siège romain, en tout domaine, sur les évêques et les rois. Les principes d'un nouvel équilibre des pouvoirs sont simultanément énoncés et mis en œuvre. Un conflit particulièrement aigu oppose le pape à l'empereur Henri IV, contraint à s'humilier comme un pénitent à Canossa.

La réforme grégorienne s'engage au moment où des forces de renouveau se manifestent de toutes parts. La rencontre de ce dynamisme et de cette direction prépare la réussite de la Chrétienté, dont l'heureux équilibre ne se maintiendra pas au-delà du xiiie siècle.

Réformes monastiques et ambiguïté des mouvements évangéliques

L'essor démographique et économique qui marque le développement de l'Occident du xie au xiiie siècle s'accompagne d'un foisonnement d'initiatives religieuses. Partout des abbayes se fondent ou se réforment, groupées en ordres différents, dont les plus importants (Cluny, Cîteaux) étendent sur l'Europe entière le réseau très dense de leurs constructions romanes. La vie terrestre ne semble prendre tout son sens, pour beaucoup d'hommes de ce temps, que grâce à ces déserts (comme la Chartreuse) ou à ces cités de prière où tout est référé à Dieu. Ceux-là qui ne poussent pas le mépris du monde jusqu'à se faire moines donnent volontiers aux monastères leur protection, leurs biens, leur travail ; ou bien, quittant provisoirement ce qui leur est le plus cher, ils partent sur les routes, pèlerins de Saint-Jacques-de Compostelle ou de Jérusalem. La puissance effective des indulgences, pour susciter dévouement, voire héroïsme personnel ou générosité financière, sera pendant longtemps le signe des dispositions intimes de tout un peuple préoccupé de l'au-delà. En même temps que monte la richesse, des prédicateurs font revivre l'image d'une Église primitive où l'on mettait tout en commun ; clercs et laïques se rejoignent volontiers pour des expériences de « vie apostolique » qui, en plus d'un cas, se stabilisent en des institutions durables (chanoines réguliers). L'Évangile retrouve fraîcheur et virulence ; mais des laïques en viennent à l'opposer à l'Église – ainsi le marchand lyonnais Pierre Valdo. Mêlées parfois à l'insatisfaction politique et sociale, les requêtes d'authenticité évangélique offrent alors un terrain favorable à la diffusion de l' hérésie ; le catharisme s'implante de cette manière dans le midi de la France et le nord de l'Italie.

À travers les tensions où parfois s'opposent écoles monastiques et écoles épiscopales auprès des cathédrales, recherche de Dieu et désir humain du savoir, lecture symbolique et analyse critique de l'Écriture (l'affrontement de saint Bernard et d'Abélard est caractéristique), c'est une véritable renaissance littéraire et théologique qui se déploie au xiie siècle.

Rôle prédominant de l'Église romaine

« Le pontife romain, qui seul mérite d'être appelé universel, à tout pouvoir sur les évêques, qu'il peut à son gré déposer. » Ces affirmations de Grégoire VII[...]

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Pour citer cet article

Jean DANIÉLOU et André DUVAL. CATHOLICISME - Histoire de l'Église catholique des origines au pontificat de Jean-Paul II [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

Médias

Boniface VIII - crédits : Hulton Archive/ Getty Images

Boniface VIII

-200 à 200 apr. J.-C. La loi romaine - crédits : Encyclopædia Universalis France

-200 à 200 apr. J.-C. La loi romaine

Pie IX - crédits : Hulton Archive/ Getty Images

Pie IX

Autres références

  • ABBÉ PIERRE HENRI GROUÈS dit L' (1912-2007)

    • Écrit par Jean-Claude PETIT
    • 1 094 mots

    L'abbé Pierre, de son vrai nom Henri Grouès, voit le jour à Lyon le 5 août 1912. Il est le cinquième d'une famille de huit enfants qu'il qualifie lui-même de bourgeoise. Cette famille nombreuse lui vaudra d'avoir cent vingt-trois neveux et nièces, tous âges, tous degrés et toutes conditions confondus,...

  • ACTION CATHOLIQUE

    • Écrit par Charles BALADIER
    • 1 474 mots

    Trop multiforme et trop étendue pour constituer une véritable organisation, l'Action catholique est plutôt un ensemble de mouvements obéissant à une sorte d'idée-force ou de loi-cadre qui consiste, dans l'Église contemporaine, à faire participer les laïcs à l'apostolat dont...

  • AMÉRICANISME, catholicisme

    • Écrit par Émile POULAT
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    Doctrine ou attitude condamnée en 1899 par Léon XIII dans sa lettre Testem benevolentiae. « Hérésie fantôme », diront ceux qui étaient ou se sentaient visés. Opinions nouvelles qui amalgament les vertus américaines avec de vieilles erreurs et font le jeu du protestantisme anglo-saxon, expliqueront...

  • AMÉRIQUE LATINE, économie et société

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    L'Amérique latine est avant tout un continentcatholique : elle porte près de la moitié des fidèles de l'Église de Rome, un tiers de ses évêques. La population est chrétienne à 90 p. 100, et les protestants, en progression, en représentent 20 p. 100, essentiellement au sein des différentes...
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