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Les codes picturaux : dénotation, connotation

Si lire un tableau consiste non seulement à le parcourir du regard, mais à le déchiffrer, l'interprétation implique un ou des codes d'interprétation pour en reconnaître et en comprendre le sens. Ainsi, la peinture représentative dispose d'un premier code, le code perceptif, d'autant plus profond que sa mise en œuvre est plus immédiate et plus inconsciente, qu'il semble ne jamais apparaître comme code. Ce code n'est pas innocent. Non seulement dans ses éléments, mais encore dans son existence même, il implique une certaine dépendance culturelle, marquée par la familiarité avec la notion de représentation qui est un trait de culture remarquable. Au niveau de la lisibilité primaire du tableau, c'est ce code de déchiffrement, et celui-là seul, qui est utilisé. Mais, si l'image picturale dans une peinture représentative est signe figuratif, cela signifie qu'outre sa fonction de désignation elle possède une fonction d'expression. La relation référentielle qui définit de part en part l'image picturale doit alors s'intégrer à une relation plus profonde dont elle ne sera qu'un terme, le signifiant. C'est là très précisément la définition que donnent Louis Hjelmslev et Roland Barthes de la connotation et de la sémiologie connotative : le premier système constitue alors le plan de la dénotation (c'est la relation de désignation dans le cas de la peinture « représentative ») et le second système, extensif au premier, le plan de la connotation. On dira donc qu'un système connoté est un système dont le plan d'expression est constitué lui-même par un système de signification.

Aussi n'est-ce point un hasard si Pierre Bourdieu, reprenant la distinction d'Erwin Panofsky entre l'étude préiconographique, l'iconographie et l'iconologie, aboutit à une théorie sociologique de la connaissance adéquate de l'œuvre dans laquelle « les différents niveaux s'articulent en un système hiérarchisé où l'englobant devient à son tour englobé, le signifié, à son tour signifiant » (E. Panofsky), théorie de l'emboîtement des codes de déchiffrement ou introduction à une théorie de l'idéologie si, comme le remarque Barthes, la forme des signifiés de connotation est l'ensemble de représentations à un moment déterminé du monde et de l'histoire. Le code est, en un sens, un principe de constitution des classes de signes figuratifs, que ces classes soient organisées selon le type ou selon le sens. Mais, en outre, c'est le classement lui-même par variations paradigmatiques qui permet de constituer le code. Cette circularité méthodologique n'est pas un cercle logique ; elle correspond à deux phases de la recherche : la phase de recherche sémiologique, par laquelle la constitution des séries virtuelles de signes figuratifs permet d'aboutir à un niveau codé ; la phase de la vérification de la valeur opératoire du code qui autorise l'extension différentielle de la série paradigmatique et conduit éventuellement à distinguer, dans le code, des sous-codes et, dans la série, des sous-classes. Un signe figuratif, une figure a une valeur définie par la situation réciproque des signes dans le système. Si cette comparaison des signes s'instaure sur le plan des réserves virtuelles paradigmatiques ou champs associatifs et si ces champs n'ont pas d'ordre déterminé, on comprendra alors que la valeur d'un signe figuratif ou d'une figure puisse se modifier à chaque lecture profonde, varier lorsque variera la situation réciproque des signes dans le système, et que le concept de valeur que l'on trouve également chez Panofsky soit un des concepts clefs pour l'élaboration des codes picturaux, comme pour l'analyse compréhensive des évolutions, des changements ou des mutations dans les styles.

Autrement dit, si chaque parcours de lecture est relativement aléatoire, cela signifie que dans le système des lectures les figures manifestent une essentielle labilité : elles s'y font, s'y défont et s'y refont sans cesse. Les accents que chaque lecture y dépose se déplacent, certains signes surgissent alors, sur lesquels la lecture s'appuie successivement, en y transférant, à chaque moment, de nouvelles énergies. Dans cette perspective, chaque figure du tableau est la condensation d'une série de paradigmes ; chaque figure ne prend sens que dans cette surdétermination qu'elle reçoit du champ associatif. Du même coup est révélé le sens de la labilité de la figure dans l'étendue de lecture. Elle prend sa source dans la surdétermination qui pèse sur chaque figure, dans la multiplicité des sens qui l'affectent et qu'elle évoque et manifeste en les actualisant. Et par là sans cesse se modifiera dans le syntagme pictural la position de la figure. Ainsi donc, la lecture ne peut jamais faire du tableau un panorama de sens, un synopsis de significations. La lecture n'est pas une statique, mais une dynamique, un système ouvert de forces en constante et perpétuelle recomposition.

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Écrit par :

  • : professeur d'Université, directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales

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Pour citer l’article

Louis MARIN, « ART (Le discours sur l'art) - Sémiologie de l'art », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 27 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/art-le-discours-sur-l-art-semiologie-de-l-art/