Abonnez-vous à Universalis pour 1 euro

ART (Le discours sur l'art) Sémiologie de l'art

Structures élémentaires

Le niveau opératoire sémiologique fondamental est ainsi le niveau « lexical », « syntaxique », ou « phraséologique ». Est-il possible de pousser l'analyse sémiologique au-delà des unités significatives vers un deuxième niveau plus profond qui correspondrait à la deuxième articulation linguistique ? Y a-t-il en peinture des éléments équivalents aux phonèmes, qui n'ont pas de sens par eux-mêmes, mais sont les constituants du sens que les unités de premier niveau obtiennent par leur intégration ? Toutefois, il se peut que ce soit à ce niveau que la validité d'application à des substances non linguistiques du modèle linguistique révèle sa limitation qui fonderait, dans sa différence, la sémiologie non linguistique. Cette différence serait alors la suivante : le tableau ne serait pas la combinaison d'éléments dépourvus de sens qui, à partir d'un certain degré de complexité, par une opération mystérieuse, l'acquerraient. D'emblée, les éléments du sens que dégage l'analyse ont du sens parce qu'ils ne sont saisissables que dans leur articulation signifiante.

Sans construire le système complet des structures élémentaires de signification picturale, il suffit d'indiquer que ce système est possible dans le jeu complexe et articulé de ses catégories sémiques et de ses axes sémantiques, de ses différences et des rapports nombreux qui les lient entre elles.

Dans le passage à l'objet ou à la forme, l'activité productrice choisit dans le système telle ou telle structure, assemble les structures pour s'élever avec elles à un ordre nouveau. L'objet dans sa production est bien l'assemblage de structures significatives choisies, et les dimensions nouvelles qui apparaissent alors sont une création, un ordre nouveau, source d'associations signifiantes, ordre nouveau des contenus, propriétés d'expression spécifiques et bien définies, bref, style.

Ainsi, les niveaux analytiques qui définis-sent les opérations sémiologiques sur la peinture, les champs paradigmatiques ou les codes ne trouvent leur efficacité compréhensive et explicative qu'à la condition d'être intégrés à la fois quant à leurs contenus et à leurs procès, dans l'unicité du tableau-lecture. Ces procès et ce contenu déterminant en dernière analyse peuvent seuls, si l'on parvient à en expliciter les modalités, fonder la sémiologie du visible.

— Louis MARIN

La suite de cet article est accessible aux abonnés

  • Des contenus variés, complets et fiables
  • Accessible sur tous les écrans
  • Pas de publicité

Découvrez nos offres

Déjà abonné ? Se connecter

Écrit par

  • : professeur d'Université, directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • ANTHROPOLOGIE DE L'ART

    • Écrit par Brigitte DERLON, Monique JEUDY-BALLINI
    • 3 610 mots
    • 1 média

    L’anthropologie de l’art désigne le domaine, au sein de l’anthropologie sociale et culturelle, qui se consacre principalement à l’étude des expressions plastiques et picturales. L’architecture, la danse, la musique, la littérature, le théâtre et le cinéma n’y sont abordés que marginalement,...

  • ART (notions de base)

    • Écrit par Philippe GRANAROLO
    • 3 282 mots

    Les liens qui ont longtemps uni l’art et la religion se sont-ils distendus au fil de l’histoire ? L’art s’est-il émancipé de la religion pour devenir une activité culturelle autonome ? Alain (1868-1951) se serait-il trompé en affirmant que « l’art et la religion ne sont pas deux choses,...

  • FINS DE L'ART (esthétique)

    • Écrit par Danièle COHN
    • 2 835 mots

    L'idée des fins de l'art a depuis plus d'un siècle et demi laissé la place à celle d'une fin de l'art. Or, à regarder l'art contemporain, il apparaît que la fin de l'art est aujourd'hui un motif exsangue, et la question de ses fins une urgence. Pourquoi, comment en est-on arrivé là ?

  • ŒUVRE D'ART

    • Écrit par Mikel DUFRENNE
    • 7 938 mots

    La réflexion du philosophe est sans cesse sollicitée par la notion d'œuvre. Nous vivons dans un monde peuplé des produits de l'homo faber. Mais la théologie s'interroge : ce monde et l'homme ne sont-ils pas eux-mêmes les produits d'une démiurgie transcendante ? Et l'homme anxieux d'un...

  • STRUCTURE & ART

    • Écrit par Hubert DAMISCH
    • 2 874 mots

    La métaphore architecturale occupe une place relativement insoupçonnée dans l'archéologie de la pensée structurale qu'elle aura fournie de modèles le plus souvent mécanistes, fondés sur la distinction, héritée de Viollet-le-Duc, entre la structure et la forme. La notion d'ordre, telle que l'impose la...

  • TECHNIQUE ET ART

    • Écrit par Marc LE BOT
    • 5 572 mots
    • 1 média

    La distinction entre art et technique n'est pas une donnée de nature. C'est un fait social : fait qui a valeur institutionnelle et dont l'événement dans l'histoire des idées est d'ailleurs relativement récent. C'est dire qu'on ne saurait non plus considérer cette distinction comme un pur fait de connaissance...

  • 1848 ET L'ART (expositions)

    • Écrit par Jean-François POIRIER
    • 1 189 mots

    Deux expositions qui se sont déroulées respectivement à Paris du 24 février au 31 mai 1998 au musée d'Orsay, 1848, La République et l'art vivant, et du 4 février au 30 mars 1998 à l'Assemblée nationale, Les Révolutions de 1848, l'Europe des images ont proposé une...

  • ACADÉMISME

    • Écrit par Gerald M. ACKERMAN
    • 3 543 mots
    • 2 médias

    Le terme « académisme » se rapporte aux attitudes et principes enseignés dans des écoles d'art dûment organisées, habituellement appelées académies de peinture, ainsi qu'aux œuvres d'art et jugements critiques, produits conformément à ces principes par des académiciens, c'est-à-dire...

  • ALCHIMIE

    • Écrit par René ALLEAU, Universalis
    • 13 642 mots
    • 2 médias
    ...phénomènes perçus par nos sens et par leurs instruments. Cette hypothèse peut sembler aventureuse. Pourtant, le simple bon sens suffit à la justifier. Tout art, en effet, s'il est génial, nous montre que le « beau est la splendeur du vrai » et que les structures « imaginales » existent éminemment puisqu'elles...
  • ARCHAÏQUE MENTALITÉ

    • Écrit par Jean CAZENEUVE
    • 7 048 mots
    ...le succès correspond peut-être à un besoin accru encore par les progrès de la pensée positive et pour ainsi dire en réaction contre elle. D'autre part, on peut trouver dans la vie artistique, sous toutes ses formes, la recherche d'une harmonie entre le subjectif et l'objectif, en même temps qu'un retour...
  • Afficher les 41 références

Voir aussi